‹ Chez Lénine et Trotski, Moscou, 1921Chapitre 11 sur 18 · TROTSKI. — L ARMEE ROUGE HO · texte numérisé non relu

TROTSKI. — L ARMEE ROUGE HO

sentiment de la population, mécontente de ce que le ravitaillement fonctionnait mal.

« L'organisateur du mouvement, Lebedev, ancien ministre de Kerenski, était officier français. Lui, moLet un troisième, nous occupions le ministère de la guerre dans le gouvernement, entièrement composé de socialistes-révolutionnaires.. Nous voulions organiser une armée démocratique, formée de volontaires, mais nous fûmes contraints de recourir à la mobilisation, et nous réunîmes environ 6o.oco hommes.

« Surtout, nous voulions former une armée russe et enlever le commandement au général tchèque Shohorov pour le confier à Retchkov, que notre Comité Central avait désigné. Mais le temps manqua, car les rouges arrivaient, et nous décidâmes de fusionner avec l'armée monarchiste de Sibérie pour créer une armée russe nationale.

« Nous remîmes donc nos pouvoirs en septembre 18 au Directoire d'Omsk, issu du gouvernement de Samara, que constituaient Avksentiev, Zenzinov, Vologodski, Boldirev et Vinogradov. Le 18 novembre, un complot fomenté par les Anglais le renversa et le ministre de la guerre, Koltchak, devint dictateur.

« Koltchak, réactionnaire, nous haïssait. Il me haïssait personnellement parce que j'avais appliqué dans notre armée les mêmes mesures que les bolcheviks : suppression des marques extérieures de respect et des insignes de grade. Je crus être fusillé, d'abord, mais on se contenta de me surveiller.

« En mars 19, il m'envoya, sans fonctions, dans un district éloigné de l'Oural, mais quand les ronges approchèrent, il m'improvisa commandant du XIe corps d'armée et m'ordonna de retraiter vers le Turkestan. Je refusai, démissionnai et fus mis hors la loi. Je dis à mes soldats qu'ils étaient libres d'attendre les rouges, non que j'eusse de la sympathie pour ceux-ci, mais parce que j'étais complètement désabusé,

« Nous pensions, mes amis et moi, que notre rôle était de servir de tampon entre le gouvernement des Soviets et le nôtre, dont nous sentions la fin venue puisque les masses nous avaient abandonnés. Nos unités fondaient. Je ne voulus pas lâcher ce qui restait de mes hommes et je partis avec eux vers l'Est en octobre.

« De tous côtés, des débris de nos troupes, formant des bandes indisciplinées, hostiles même entre elles, refluaient vers Irkutsk. Malade, avec une blessure ancienne au pied droit rouverte, je fus porté par quelques fidèles sur une chaise. Nous parcourûmes ainsi 3.000 verstes et finalement, épuisés, nous nous rendîmes à des partisans ».

Cette lamentable déroute des koltchakistes devant l'armée que commandait le généralissime actuel Kamenev, la livraison de leur misérable chef par les Tchèques à l'instigation du général français Janin, son procès, son exécution, tous ces faits que notre bonne presse a « oublié » de faire connaître à l'époque, ne touchent pas directement à l'histoire de Galkine, ou du moins à ce qui en est intéressant pour nous (1).

Je les laisse de côté, ainsi que les abominables récits de la réoression blanche en Sibérie et les exploits des « Compagnies de la Mort » du général Annenkov que le tribunal demanda à Galkine, qui affirma n'avoir pas participé aux assassinats contrerévolutionnaires.

Ce qui, dans son histoire, me paraît devoir être retenu, c'est sa moralité.

Lorsque notre homme eut terminé sa confession, tout entière débitée avec un accent de complète franchise et sans le moindre souci de rien atténuer, la controverse entre les juges et lui commença.

(1) La Revue de Paris a publié, dans son numéro du 15 novembre 1920, un article anonyme, objectif et sévère SUT Le Gouvernement de Koltchak en Sibérie^

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Ives faits n'étant pas contestés, elle porta surtout sur les raisons dont Galkine s'était inspiré pour agir. Et voici le résumé de ses réponses, tel que mon traducteur me l'a dicté :

a J'ai toujours été d'accord avec les bolcheviks au point de vue économique. Si, politiquement, je me suis séparé d'eux au point de les combattre par les armes, ce n'est pas que je sympathise avec les blancs que je déteste. La paix de Brest seule en est cause. Comme tous les socialistes-révolutionnaires qui ont pactisé avec Koltchak, ce sont des raisons nationales seules qui m'ont poussé. Nous ne croyions pas, en 1918, que les bolcheviks pourraient refaire la Russie.

« Depuis, comme beaucoup de mes camarades, j'ai dû m'incliner devant la réalité. Je vois se créer une grande Russie. Cela me suffît et je veux la servir. Je ne dis pas ceci parce que je suis poursuivi. Voilà longtemps déjà que je m'étais rallié au nouveau régime. Après que je m'étais rendu, les Soviets sibériens m'avaient libéré.' Je m'étais rapproché d'eux et ils m'avaient confié un emploi de juge de paix. Il ne tenait qu'à moi de ne pas venir à Moscou me faire connaître. Mais un nouveau danger national s'était oroduit. Vous avez appelé les anciens officiers. Fidèle à mon passé, je suis accouru... »

L'arrêt du tribunal révolutionnaire a été rendu quelques semaines plus tard, au moment où nous quittions la Russie.

Galkine a, je crois, été condamné à une peine d'emprisonnement légère. Mais personne ne doutait de l'intervention d'une grâce très prochaine et de l'entrée de l'ancien lieutenant de Koltchak dans l'armée rouge. ,

Il y a vraisemblablement rejoint aujourd'hui ceux qu'il n'aurait jamais dû quitter.

Quatre années de Guerres Civiles,

Nulle histoire du gouvernement bolchevik n'a paru jusqu'ici. Aucun ouvrage n'existe où l'on puisse suivre les aventures qu'a traversées depuis quatre ans la Révolution russe.

On ne peut l'étudier cependant sans rencontrer à chaque pas les souvenirs sanglants des expéditions blanches soutenues par l'Entente que l'armée rouge a, les unes après les autres, repoussées.

Pour qui cherche à se rendre compte de quoi que ce soit qui se passe en Russie, c'est une gêne continuelle que de s'entendre répéter à tout bout de champ : Iudénitch arrivait alors, ou : Nous étions à ce moment aux prises avec Petliura, sans savoir exactement à quoi correspondent ces phrases.

Peu de temps après que j'avais commencé à Moscou mes enquêtes, je me suis pour ma part senti si embarrassé de mon ignorance des faits militaires dont les quatre années dernières ont été encombrées que j'ai prié l'un de nos camarades de vouloir bien consacrer une soirée à me "donner une leçon d'histoire.

La liste chronologique que j'ai dressée sur ses indications m'a bien souvent aidé dans le travail de classification méthodique auquel je m'efforçais de plier mon cerveau.

Le lecteur ne sera donc pas fâché, je pense, en l'absence de tout répertoire plus complet, de trouver en ce chapitre consacré à l'armée rouge un résumé rapide des batailles que la Révolution a dû livrer,

Au lendemain de la Révolution d'octobre, une seule tentative de contre-révolution immédiate : Le général Krasnov, avec quelques régiments

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de cavalerie, tente de reprendre Pétrograd, que défend le socialiste-révolutionnaire Muraviev, qui l'année suivante, abandonné par ses troupes quand il essaiera de se joindre aux Tchéco-Slovaques, se brûlera la cervelle. Krasnov, pris, puis mis en liberté, gagne le sud-est.

C'est dans cette région, sur le Don, parce qu'ils espèrent y soulever les Cosaques, que se réfugient la plupart des Junkers qui ont combattu à Pétrograd et à Moscou la révolution d'octobre.

1918 est l'année des complots des socialistesrévolutionnaires et des agents officiels de l'Entente demeurés en Russie.

Jusqu'en juin, la contre-révolution s'organise et tâtonne.

De petits groupes intitulés « L'Union pour le Salut de la Patrie », « L'Union pour l'Assemblée Constituante », « La Ligue Militaire », sont découverts par la Tché-ka et liquidés avant d'avoir agi.

Le plus important, « L'Union pour la défense de la Patrie et de la Liberté », subsiste. Il semble avoir voulu opérer d'abord à Moscou, mais son chef, Savinkov, averti que les Alliés préparent une descente à Arkangel et Murmansk et que les Tchéco-Slovaques vont se soulever sur la Volga, transporte son activité à l'est des deux capitales et y suscite une série d'insurrrections :

i° A laroslav, où le chemin de fer d' Arkangel rejoint le réseau russe, dans la nuit du 5 au 6 juin, le colonel Perkhurov, avec une troupe d'officiers blancs, s'empare de la ville, qui ne sera reprise qu'après un long bombardement.

Des tentatives semblables échouent à Rybinsk, à Murom, à Nijni-Novgorod, à Arzamas.

20 A Arkangel, que les Anglais occupent au début d'août, les blancs installent un « Gouvernement provisoire du Nord ».

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3° Dans le Gouvernement de Viatka, en août, les colonels Iuriev et Vlassov s'emparent d'Ijevsk, Sarapul, Votkinsk, Ourjum, Nolinsk. Au bout de quelques semaines, les débris de leurs bandes finissent par gagner Kazan.

4° Les Tchéco-Slovaques commencent le 28 mai à Penza un mouvement qui se prolongera jusqu'à la fin de 1919. Cantonnés sur la Volga depuis qu'ils ont en masse déserté de l'armée autrichienne, ils partaient par fractions, par le transsibérien, pour être rapatriés par Vladivostok. Soulevés à ce moment comme je l'ai raconté dans les chapitres précédents, ils s'emparent de Kazan, Simbirsk et Samara, d'où l'armée rouge les chasse, les obligeant à battre en retraite vers l'Oural et la Sibérie (1).

En septembre, une conférence tenue à Oufa tente d'unifier les « Gouvernements » qui se sont créés partout : à Samara, à Arkangel, dans l'Oural, sur le Don, en Sibérie. Elle ne réusssit qu'à former l'éphémère « Directoire d'Omsk » (Président : Avksentiev; membres : général Boldirev, Vinogradov, Zenzinov, Vologodski) auquel Koltehak se substitue quelques semaines plus tard.

,S° Sur le Don et dans l'Oural méridional, les généraux Krasnov, Dutov, Kornilov, Kaledine, Alexeiev ont formé des bandes qui s'agitent à l'époque du soulèvement tchéco-slovaque. Celles des quatre premiers sont assez facilement dispersées ou tenues en respect et Kornilov — le héros de

(1) C'est vraisemblablement ce mouvement de retraite qui décida du sort de Nicolas II et de sa famille. Le gouvernement les avait internés à Iekaterinburg, dans l'Oural. Les autorités soviétiques locales les firent fusiller le 17 juillet 1018, de peur sans doute de les voir délivrer par ceux qui devaient entrer dans la ville le 25. Cet épisode insignifiant dans l'histoire de la Révolution russe a fait couler presque autant d'encre que les débauches de l'intéressant Raspoutine. Ceux qu'il passionne pourront consulter les souvenirs domestiques de M. Gilliard, précepteur du feu tsarévitch et lire dans La Tragédie sibérienne de M. J. Lasies, le récit de l'enquête à laquelle l'ancien député de Paris s'est livré sur place.

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