‹ Chez Lénine et Trotski, Moscou, 1921Chapitre 12 sur 18 · TR0TSKI. — L'ARMÉE ROUGE · texte numérisé non relu

TR0TSKI. — L'ARMÉE ROUGE

l'équipée de 1917, qui tenta sous Kerenski, d'accord avec lui et Savinkov, une marche militaire sur Petrograd — se suicide. Celles du cinquième forment le premier noyau de la future armée de Dénikine.

Les soulèvements de 19 18 ont été fomentés et soudoyés par les socialistes-révolutionnaires et les agents officiels des Alliés, en particulier M. Noulens, ambassadeur de France, réfugié à Vologda. Ceux-ci ont en outre préparé et dans plusieurs cas accompli des attentats de droit commun dans le but de désorganiser les transports et le ravitaillement (1).

Le gouvernement russe a même déclaré qu'il possède la preuve qu'un complot ourdi par leurs soins dans le but d'arrêter les Commissaires du Peuple devait éclater à Moscou vers le 10 septembre. Une Haute-Cour révolutionnaire, après avoir instruit cette affaire, a condamné à mort, le 3 décembre, MM. Lokhart, ex-chef de la mission anglaise, Grenard, ex-consul général de France à Moscou, Raylay, lieutenant de l'armée anglaise, Vertamont, citoyen français et Calamantino, citoyen américain.

1919 est l'année des grandes expéditions contrerévolutionnaires.

Elles se multiplient sur tous les fronts et progressent jusqu'à la fin de septembre :

i° Au nord, le gouvernement blanc de Tchaikowski se maintient à Arkangel avec l'appui des Anglais (général Ironside), des Américains (général Pool), des Italiens et des vSerbes, qui descendent jusqu'à Chenkursk, à mi-chemin de Vologda.

En Carélie, les « Volontaires Caréliens » sou-

(1) Voir le chap. sur L'Europe et la famine. Voir aussi la Lettre à M. Raymond Poincaré, président de la République française, par René Marchand, correspondant du Figaro (s. \. n- d. — En vente à L'Humanité).

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tenus par Mannerheim, chef du gouvernement blanc de Finlande, viennent jusqu'aux portes de Petrograd et maintiennent tout l'été, entre les lacs Ladoga et Onega, un gouvernement contre-révolutionnaire à Olonietz.

2° A V Ouest, des chefs de bandes russes, Rodzianko et Balakhovitch, opèrent en s'appuyant sur l'Esthonie.

Iudénitch dirige de Réval deux expéditions sur Petrograd. La première (mai- juin) s'empare par trahison du fort de Krasnaïa Gorka, dans la grande banlieue de la capitale, mais ne peut s'y maintenir malgré l'appui de la flotte anglaise embossée devant Cronstadt. La deuxième atteint, à la fin de septembre, les faubourgs de la capitale.

3° A Vest, l'amiral Koltchak, ancien commandant de la flotte de la mer Noire, a renversé le 18 novembre 1918 le Directoire d'Omsk avec l'appui des Anglais et s'est proclamé « Gouverneur suprême de toutes les Russies ». Il tient toute la Sibérie -et des missions officielles des pays alliés le secondent.

En avril, une grande offensive lui donne Iékâterinburg, Perm et l'amène d'Omsk à 50 kilomètres de la Volga. En mai, la contre-offensive dirigée par Vatsetis l'oblige à une retraite précipitée. En septembre, il avance de nouveau vers l'ouest.

Au sud de Koltchak, Dutov et ses Cosaques tiennent l'Oural méridional et assiègent Orenburg.

4° Au sud, Dénikine, partant d'Iekaterinodar dans le Kouban, commence en juillet la conquête de l'Ukraine, prend Kursk, Voronèje, Orel et menace Tula, centre des fabrications de guerre, à moins de 200 kilomètres de Moscou.

A sa droite, son lieutenant Vrangel remonte la Volga et prend Tsaritsyne.

A sa gauche l'ataman Petliura, dont le quartier général est à Vinnitza en Podolie, ravage la région de Kiev et multiplie les pogroms.

Le ier octobre, la situation semble désespérée.

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Il est question d'abandonner Petrograd, mais Trotski s'y refuse. On envisagé le transfert du gouvernement dans l'Oural.

Du Ier au 7 octobre, pendant la « semaine tragique », alors que tous les journaux d'occident sonnent l'hallali, le « miracle » se produit.

i° Iudénitch, battu à Pulkovo, battu à Narva, se sauve en Esthonie.

2° Dénikine, battu au nord d'Orel et dont les communications sont coupées par la cavalerie de Budienni et par P « armée verte » (les bandes de Makkno et les paysans) s'effondre et fuit jusqu'en Crimée, où il passe son armée à Vrangel.

30 Koltchak, battu, commence une retraite qui ne s'arrêtera plus. Il proclame « la Patrie en danger » au milieu d'un peuple qui se soulève contre ses exactions et ses cruautés, et qui constitue à Irkutsk un gouvernement provisoire socialisterévolutionnaire. Coupé de Vladivostok, où se trouvent ses derniers fidèles, abandonné par les missions alliées, il est livré par les Tchéco-Slovaques au gouvernement provisoire, qui le fera fusiller le 7 février 1920 à l'approche des premiers éléments de l'armée sibérienne en retraite.

La "liquidation des derniers aventuriers s'achève. Dans le nord, les Alliés ont évacué Arkangel et l'ordre s'y rétablit aussitôt.

La guerre avec la Pologne sauve quelque temps Vrangel et Petliura. En mai, les Polonais entrent en Ukraine et prennent Kiev. Refoulés en août jusqu'aux portes de Varsovie, sauvés par l'intervention de la France, ils repoussent à leur tour Parmée rouge.

La paix aussitôt conclue, Vrangel, qui s'était permis de sortir de Crimée, est écrasé du 15 octobre au 15 novembre et obligé de s'embarquer sur la flotte française â Odessa. Petliura se réfugie en

Pologne, d'où il lance de temps à autre une incursion.

En Sibérie orientale, l'ataman Semenov, qui depuis 1919 terrorisait la Transbaïkalie, disparaît en octobre. Le baron Ungern et le général Bakitch, qui essaient en Mongolie de relever l'étendard de Koltchak, vivoteront un peu plus longtemps. Leurs bandes ne seront anéanties que dans l'été de 192 1.

Quelques rares articles ou brochures peuvent être consultés sur certains des épisodes de ces quatre années de guerre.

Pour les complots de 1918, V Internationale, revue mensuelle de la IIIe Internationale, éditée à Moscou en russe, en français et en allemand, a donné dans son n° 16 un article détaillé de G. Moroz : « La guerre civile en Russie ».

Sur la première offensive de Iudenitch, la Bibliothèque du Travail (144 rue Pelleport, Paris 20e) a publié une brochure vivante de Victor Serge : Pendant la guerre civile, Petto grad, mai-juin 1919.

Des articles parus dans les journaux russes et des documents officiels relatifs à la seconde offensive de Iudenitch ont été réunis dans ha Défense et la Victoire de Petrograd, 15 octobre-6 novembre

19 19 (éditions de l'Internationale Communiste, Petrograd-Smolni, trad. franc.).

En ce qui concerne Koltchak, le livre, que j'ai déjà cité, de M. Lasies, contient peu de choses, mais La Revue de Paris a donné le 15 novembre

1920 un excellent article, non signé, que j'ai déjà indiqué : «Le Gouvernement Koltchak en Sibérie».

Je mentionne 'pour mémoire, puisqu'on ne le trouve pas dans le commerce, le compte-rendu officiel des opérations de l'armée rouge, imprimé par les soins de l'état-major russe, qui contient seul une relation complète illustrée de quantité de cartes.

En fin} pour trouver des renseignements précis sur

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les massacres effroyables accomplis par les armées blanches, on consultera avec fruit la brochure éditée en français par l'Internationale Communiste : Comment on tente d'assassiner la Commune russe, par Un Communiste qui n'est autre que Victor Serge.

On y trouvera le récit des assassinats commis par ludenitch, (650 personnes fusillées ou pendues dans la seule ville de Iamburg, en août 1919 — j'ai personnellement recueilli sur place le récit de ces exécutions — ); par les bandes baltes et les Allemands de von der Goltz, à Riga (4.000 victimes environ); par les légionnaires polonais à Vilna et à Minsk ; par les officiers français à Odessa, sur les personnes de Pinstitutrioe française Jeanne Labourde et de quatre autres femmes; par les Anglais à Mourmansk et Arkangel ; pai Koltchak (un millier de soldats rouges brûlés vifs à Perm lors de sa retraite, quantité d'autres fusillés sans jugement en divers endroits, pêle-mêle avec des mencheviks d'ailleurs); par Dénikine, qu'aidait de ses lumières notre glorieux Mangin.

On y trouvera aussi l'indication d'un certain nombre des pogroms accomplis dans les villes d'Ukraine par les bandes de Petliura, pogroms au cours desquels, d'après les Isviestia, 70.000 juifs et juives ont péri, la plupart après avoir été torturés ou violées.

Les faits relevés dans cette brochure portent sur la seule période de mars à novembre 1919. I^eur énumération permettra peut-être à certains de se rendre compte que la fameuse « terreur rouge » doit, comme dans toutes les révolutions, être considérée comme inexistante au regard des terreurs blanches organisées par les champions de la « civilisation ».

Kalinine, président de la République.

Combien, même parmi les communistes, savent de Kalinine autre chose que son nom ? Et qui soupçonne d'ailleurs qu'il existe, dans cette Russie soviétiste où le prestige de Lénine éclipse tout, une fonction supérieure à la sienne, un personnage plus élevé que lui dans la hiérarchie ?

Je n'en avais, je l'avoue, nulle idée. A différentes reprises, dans les réunions publiques, auxquelles nous fûmes conviés dès notre arrivée, j'avais aperçu Kalinine au bureau. Je l'avais entendu, au meeting d'ouverture du Congrès des Femmes, prononcer un discours en parcourant la tribune de ce pas pesant qui décèle généralement l'homme de la terre.

Mais, comme il ne parlait qu'en russe, au contraire de tous ses camarades qui ne s'adressaient jamais à nous qu'en français, en allemand ou en anglais, je n'avais — pas plus qu'aucun de mes co-délégués d'ailleurs — distingué particulièrement cet homme d'extérieur tout à fait sympathique sans doute, mais qui présentait peu de relief et semblait volontairement s'effacer.

Je le prenais pour un de ces vieux militants, respectés autant que respectables, auxquels on confie les tâches honorifiques et faciles, et j'ignorais complètement que j'avais sous les yeux le premier personnage de l'Etat et la personnalité la plus originale peut-être, la plus spécifiquement russe en tout cas, de l'état-major moscovite.

« C'est notre Président de la République », me dit un jour un camarade. Tout surpris, je réclamai des explications et profitai de l'occasion pour rafraîchir et compléter mes notions de droit constitu tionnel.

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