SUR ÉLISABETH ET MARIE STUART
Notre littérature a toujours considéré avec une prédilection marquée certains personnages et certaines dates de l’histoire d’Angleterre, suivant ainsi le glorieux exemple des Shakespeare et des Walter Scott, avec cette réserve que nous ramenons aux documents et aux archives leurs drames et leurs épopées. Il faut ranger parmi les meilleurs travaux de ce genre celui que M. Wiesener, ancien professeur d’histoire de l’Université, vient de consacrer à la Jeunesse d’Élisabelli (1533-1558). Nous avons parlé autrefois de M. Wiesener, à propos de son volume sur Marie Stuart et le comte de Bolhivell. C’était un ouvrage de mérite, mais celui-ci nous paraît digne de plus hautes louanges, et dans son genre tout à fait remarquable. Lorsque l’on aura lu la Marie Stuart et la Jane Grey, de M. Dargaud (un peu trop dogmatique et affirmatif) ; l’Élisabeth et Henri IV, de M. Prévost-Paradol; la Queen Mary, de Tennysson, et la Jeunesse d’Élisabeth, de M. Wiesener, on aura sur ces temps-là une idée juste et des informations sérieuses. Disons d’abord un mot du gros volume que M. Wiesener a intitulé : Marie Stuart et le comte de BolhwelL On en a parlé quelque peu. C’est ordinairement écrit, mais l’intention du livre est généreuse et l’ensemble témoigne de laborieuses recherches.
HISTOIRES DANGLETERRE.
M. Wiesener se fait l’avocat de Marie Stuart. Tout avocat suppose non seulement un client, mais une partie adverse. La partie adverse de M. Wiesener, c’est M. Mignet. Au palais, lorsqu’un brave homme d’avocat obscur a contre lui un grand adversaire, il ne manque jamais de l’appeler illustre maître, en s’attachant par-dessus tout à prouver que l'illustre maître est à côté de la question. Il en est de même du plaidoyer de M. Wiesener. Il veut innocenter Marie Stuart sur tous les points, et sur tous les points aussi prendre en défaut M. Mignet, l’accusateur de la belle reine. M. Wiesener a bien mérité de l’Écosse, mais plus encore de l’éditeur Didier, en nous inspirant un très grand désir de relire M. Mignet.
M. Mignet, sans tout cet étalage de dialectique, sans ces collines de preuves étiquetées comme les pics sur une carte du mont Blanc à l’usage des Anglais, a fait de son réquisitoire une œuvre vivante dont les bonnes intentions de M. Wiesener ont fait encore ressortir le charme. Il faut dire aussi que, de nos jours, les avocats et les professeurs ont trop affecté de vouloir prendre le pas sur les faiseurs de livres, en écrivant eux-mêmes dans leurs moments de loisir. C’est l’œuvre de toute une vie d’écrivain, qu’un livre qui reste. Il ne suffit pas pour cela d’être un homme de cœur, comme l’est, à n’en pas douter, le nouvel historien : il faut y joindre aussi l 'influence céleste.
M. Wiesener nous a paru en grand progrès dans
HISTOIRES D’ANGLETERRE
la Jeunesse d’ Élisabeth. 11 prend Élisabeth à partir du jour de sa naissance, le 15 septembre 1533; il raconte ses premières années de disgrâce entre sa sœur Marie et son frère Édouard, puis sa retraite chez la veuve de Henri VIII, Catherine Parr ; celleci était remariée à Thomas Seymour, dont les assiduités auprès de la jeune Élisabeth ont donné lieu à des rumeurs de paternité mystérieuse et à des récits extrêmement libres. M. Wiesener publie de fort intéressants détails sur les premières études d'Élisabeth et sur l’enseignement à celte époque.
Il raconte la position inquiète d’Élisabeth pendant le règne de Marie Tudor, les négociations relatives au mariage de cette reine avec Philippe, fils de Charles-Quint, le complot de Wyatt, l’internement d’Élisabeth à la Tour de Londres, puis à Woodstock, l’immense et enthousiaste popularité qui entoure sa personne, la prétendue passion du roi d’Espagne pour elle, les projets de mariage formés en son nom, la mort de Marie en 1558 et l’avénement de sa sœur. Ce livre met parfaitement en lumière les épreuves et les incertitudes, d’où devait sortir le caractère d’Élisabeth avec les qualités spèciales qui ont fait de cette reine dans les temps modernes l’image la plus parfaite de la personne royale, avec Henri IV et Frédéric II; j’entends par là ceux qui n’occupent pas le trône en vertu de la seule naissance, mais aussi de la vocation, du génie et de la prédestination.
WINDSOR