LE CHÊNE DE HERNE
J’ai lu pour la première fois Shakespeare dans la forêt de Windsor. Le demi-dieu de la terreur et surtout de la pitié, le père lamentable d’Ophélie, de Juliette, de Desdémone, le doux et grand Shakespeare (je ne l’écris pas sans émotion), s’est assis peut-être, maint soir d’été, au pied de ce vieux chêne que j’ai là sous les yeux, et dont je vais vous dire l’histoire.
Ouvrez Shakespeare. — C’est une belle nuit de juin, comme les aime le poète : les reflets de la lune coulent mollement sur l’herbe tendre et les blondes gerbes, et ce silence, cette solitude où tout respire le sommeil langoureux et les rêves éthérés, vont servir de scène aux ridicules aventures de l’amoureux Falstatf poursuivi par les joyeuses commères de Windsor, la belle mistress Page et la piquante mistress Ford. Cette soirée doit voir le
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bouquet du feu d’artifice de mystification allumé en l’honneur de FalstafT-Don Juan. La première fois, c’est un panier de vieux linge qui a abrité, contre la vengeance d’un mari plus soupçonneux qu’offensé, ce Falstaff qui s’enfuyait instinctivement comme il le dit lui-même. Un jour, les habits d’une vieille ne le sauvent pas d’une vigoureuse bourrade de coups de poing. Aujourd’hui il s’agit, pour terminer, d’une sorte d’incantation, d’une scène de revenants et de sorciers; c’est au pied du chêne de Herne que l’action doit se passer, et même le rôle principal, celui de Herne-le- Chasseur, est destiné à Falstaff. Avant la ronde qui doit clore la cérémonie, la charmante fille de mistress Page, miss Anna Page, se livre à une tirade de circonstance qui se termine par ces deux vers :
« Allez, dispersez-vous; mais, avant que l’heure qui suit minuit ne vienne à sonner, n’oublions pas de danser notre danse accoutumée autour du chêne de Ilerne-le-Chasseur. »
Au pied de cette partie du célèbre château de Windsor, — qui comprend « les appartements de la reine et les appartements d’État », — s’étend sur un espace de plusieurs milles la portion du parc plus spécialement réservée aux promenades de la famille royale, et qu’on appelle le Home- Park. C’est un vrai paradis : j’ai essayé de le décrire plus haut. Sur la droite de la route dite de Frogmore qui coupe le parc dans la direction du village actuel de Datchet, s’élève, ou plutôt ne
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s’élève pas, un vieil arbre mutilé et solitaire, une dépouille mortelle d’arbre, dressant en l’air son dernier lambeau de branche flétrie, à la façon d’un manchot qui menacerait le ciel.
C’est là, dit-on, ce fameux chêne de Herne, que la tradition vulgaire a jadis environné de terreur, et que peut-être le nom de Shakespeare protège seul aujourd’hui contre les revirements de l’émotion du peuple. Supprimez les deux vers du poète que j’ai cités plus haut, on eût depuis longtemps renversé l’arbre à titre d’inutile au moins et sans souci des colères éteintes de Herne-le-Chasseur.
Du reste, il y en a qui prétendent que c’est fait depuis longtemps. Le moment serait mal choisi pour risquer un pareil aveu, si dans ma pensée le fait allégué d’une destruction de l’arbre opérée à une ou à plusieurs époques, confronté avec son existence actuelle, n’ajoutait encore au merveilleux de cette histoire. Je donnerais beaucoup pour l’avoir apprise soit du grand-père de mon hôte au coin du foyer de l’arrière-cuisine, soit au clair de la lune, de la bouche d’un vieux berger, soit encore, pour être plus fidèle à la couleur locale, d’un garde centenaire. Hélas! il n’en est rien; je n’ai pas même réussi à m’aider du moindre manuscrit poudreux. Shakespeare, lui, se borne à citer le nom de Herne.
Dans la dernière moitié du xive„ siècle régnait sur l’Angleterre Richard — non pas ce Cœur de
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Lion dont le baronnet Walter a fait une si héroïque peinture, et qui nous apparaît toujours sous la forme d’un guerrier bardé de fer, traversant le premier venu d’outre en outre d’un seul coup d’épée, — mais tout simplement Richard le second du nom, et dont le règne, malgré de longs troubles intérieurs, 'peut être regardé comme ayant servi d’intervalle paisible à deux phases bruyantes et sanglantes des annales anglaises, c’est-à-dire le règne conquérant d’Édouard III et les conflits meurtriers des Lancastre et des York.
Richard le second, prince au caractère tour à tour fixe et flottant, énergique et faible, gracieux et maussade, était au demeurant, sinon le meilleur fils du monde, du moins grand ami des chevaux de noble race et des daims au poil fauve. J’entends grand ami dans ce sens qu’il n’aimaitrien tant que de voir dompter l’orgueil des uns et de voir percer les autres d’une flèche habile. Combien d’amitiés en ce monde!... mais ce ne sont pas là nos affaires. La faveur du roi était sûrement acquise aux écuyers et aux archers les plus consommés dans leur art.
En ce temps-là, dans la suite ordinaire du roi Richard, quand il partait pour la chasse, on voyait un jeune homme de bel avenir dans sa profession, et cela à la grande honte des chevaux indociles qu’il finissait toujours par réduire à l’obéissance, et au grand malheur des daims et des cerfs que leur agilité incomparable — à cette époque où l’on
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n’avait encore inventé ni les trains de grande vitesse ni les fusils raye’s — ne pouvait sauver de ses flèches. Le monarque avait remarqué avec satisfaction l’ardeur du jeune garde, et chaque fois qu’il revenait de Londres à Windsor pour s’y livrer au plaisir de la chasse, c’était autant d’occasions pour le jeune Herne d’être comblé d’attentions honorables... et d’autres choses encore.
Bref, l’emploi de garde principal ne pouvait manquer de lui échoir bientôt, s’il fallait en croire les dispositions de plus en plus favorables du roi à son égard et les ravages de la jalousie chez tous les confrères et compagnons du jeune e hardi chasseur. Néanmoins, ces derniers refoulaient au fond de leur cœur leurs intentions hostiles, car avec le bois de son arc et ses chiens noirs, Herne les aurait tous réduits à implorer merci, n’eût été son caractère doux et affectueux.
Un jour de grande chasse, le roi, qui s’était avancé à une assez grande distance de son cortège, vit soudain débusquer d’un massif un cerf d’une taille et d’une vigueur telles, que la forêt de Windsor n’en possédait pas un autre de cet aspect... et soudain voilà que ce grand poltron de cerf se met à détaler d’une course diabolique. Le roi, soit qu’il prît un plaisir extraordinaire à suivre mondit cerf, soit qu’il fût emporté par son cheval, galopait, galopait toujours... Et bientôt se retournant, il se trouva abandonné de toute sa suite, à l’exception de Herne, qui l’eut bientôt rejoint et se
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mit à dévorer l’espace à la suite de son maître. Le cerf, en se retournant comme le roi avait fait, reconnut également Herne, et eut une sorte de pressentiment de l’inutilité de sa fuite. Mais, décidé à vendre chèrement son bois, il fit une brusque volte, bondit au devant du coursier royal, qui, terrifié, se cabra et renversa sa précieuse charge sur le gazon, sans plus de cérémonie que si c’eût été un vilain. Au moment où le cerf, également insensible au prestige de la royauté, allait fondre sur Richard, l’intrépide Herne, sautant à bas de son cheval, s’élança entre son maître et l’endiablé ruminant, reçut en pleine poitrine le coup destiné au roi, et, en tombant, plongea son coutelas jusqu’à la garde dans le poitrail du cerf.
Tous deux allèrent rejoindre sur le gazon, Richard, encore étourdi de sa chute, dont il ne tarda pourtant pas à se remettre, tandis que Herne semblait ne plus devoir se relever. Le cerf, auquel nous n’avons, pas les mêmes raisons de nous intéresser, était bel et bien en train de rendre son âme de cerf.
Le premier usage que le roi fit de sa sensibilité, revenue, fut de gémir amèrement sur le malheur arrivé à son fidèle suivant; puis il souffla à deux ou trois reprises dans son cor retentissant, et soudain la' plaine silencieuse et déserte fut envahie par un grand fracas d’armes, par une grande rumeur d’hommes et de chevaux.
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Tous ceux qui avaient montré une si honteuse timidité à l’heure du danger et de la fatigue se pressaient maintenant, ardents, effarés, jurant qu’ils étaient depuis une heure en quête du roi et dans une peine terrible à cause de lui; et tous aussi avaient grand’ peine à cacher sous une feinte compassion l’atroce joie qu’inspirait à leurs cœurs envieux le désastre de Herne.
Le roi ne voulut rien entendre qu’on ne fût allé au plus pressé, c’est-à-dire au soulagement de Herne : « Ma faveur à qui le guérira ! s’écria-t-il avec anxiété... Nul de vous ne va-t-il me le guérir? » ajouta-t-il d’un air terrible.
Tous restèrent silencieux.
— Je le guérirai, monseigneur le roi, répondit, chose étrange! la voix d’un personnage invisible, mais qui ne le demeura pas longtemps ; car, avant que le roi fût revenu de sa surprise, il vit devant lui, sans pouvoir s’imaginer d’où il était venu, un cavalier de haute taille, étranger à sa suite, sombre d’habit et de ligure. Son cheval était noir comme la nuit, menaçant comme la tempête. Ses yeux brillaient comme deux étoiles rouges.
Ceux qui ont lu Ivanhoè , cet admirable livre et le roi des romans de chevalerie, ont déjà deviné la position sociale du nouvel arrivant; c’était un outlaw. Les membres de cette classe proscrite avaient réussi à s’organiser, dans l’intérieur même de la forêt, en une confrérie mystérieuse qui, par l’adresse avec laquelle elle déjouait la surveillance
des officiersdu roi, s’était acquis par tout le pays un prestige diabolique, fortement nuancé de terreur.
Le roi Richard vit cle suite à qui il avait affaire; mais l’intérêt de la guérison de Herne, parlant plus haut chez lui que les rancunes de son autorité offensée, et l’étranger lui promettant cette guérison avec une persuasive assurance, le monarque se surprit à lui faire bon accueil ; il s’engagea même à lui accorder, à son libre choix, les grâces qu’il désignerait, pourvu qu’il rendît le fidèle garde-chasse à la vie. L’inconnu n’en demanda pas davantage. En moins de temps que je n’en' mets à le raconter, il trancha la tête du cerf, et la fixa encore tiède des effluves récents de la vie sur le chef de Herne toujours insensible ; puis il demanda qu’on transportât à sa cabane le corps de l’infortuné, promettant qu’au bout d’un mois il lui aurait rendu la santé. Le roi approuva tout et ordonna à quelques-uns de ses gardes d’accompagner l’étranger et de lui obéir. Ceux-ci, furieux de voir leur odieux triomphe leur échapper,, se contraignirent tant qu’ils furent à la portée de l’œil du roi; mais arrivés à la porte du mystérieux guérisseur, le chef de la bande lui dit :
— Vous nous revaudrez cela, l’ami. Sans vous, nous étions débarrassés pour toujours de ce petit drôle, mais tout se retrouve. La paix, avec nous, qui sommes chargés de régler vos comptes, c’était pour vous la fortune et l’impunité. Vous avez préféré la guerre, vous l’aurez.
— Permettez, fit l’autre, auquel ce peu de mots avaient donné à penser... vous arrivez un peu tard, convenez-en; si je n’avais point engagé ma parole vis-à-vis du roi... je ne dis pas... Ah! fit-il se ravisant soudain, je viens de trouver un moyen qui concilie les exigences de mon serment et les intérêts de votre jalousie; n’allons pas par quatre chemins. Hé! j’ai promis de guérir Herne, je le guérirai, mais je le tuerai dans la faveur du roi... vous n’en demandez pas davantage. Supposez Herne une fois dépouillé de son adresse à dompter un cheval et à lancer une flèche, le roi n’en fera pas plus de cas désormais que d’un viel arc êt beaucoup moins que d’un chien. Dans le cours du traitement qu’il va subir, il deviendra incapable de se tenir sur le cheval le plus docile, et le gibier ne sera nulle part plus en sûreté qu’à dix pas de ses flèches; cela vous va-t-il?
— Tope!
— Mais vous-mêmes de votre côté... vous m’entendez...
— Nous n’avons qu’une parole.
L’inconnu tint la sienne. Herne revint à la vie. Le roi couvrit de cadeaux son étrange sauveur, et de caresses et d’honneurs le pauvre garde sur la figure amaigrie duquel flottait je ne sais quel reflet livide et fantastique. Hélas! peu de temps après ce jour de triomphe, le roi, furieux, dépossédait l’inhabile, le maladroit Herne, d’une faveur dont il n’était plus digne, ayant perdu son ancienne
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adresse. Celte disgrâce plongea Herne dans un morne désespoir qu’il allait confier aux échos du mélancolique Home-Park. Un soir, on ne le vit pas revenir à l’heure accoutumée; un voyageur attardé prétendit avoir vu son cadavre suspendu aux branches de l’arbre que l’on a depuis appelé le Chêne de Herne. Tous les bourreaux de la pauvre victime d’accourir en foule pour voir le mort, mais il ne trouvèrent qu’un fragment de corde flottant entre les rameaux.
Herne fut introuvable; les conjectures allèrent leur train, comme bien on pense, et l’on ne manqua pas d’accabler d’exécrations le mécréant qui venait de s’ôter la vie, et dont le diable avait sans nul doute enlevé la dépouille. Et là-dessus ils s’en allèrent coucher tranquillement. Mais, au milieu de la nuit, un orage épouvantable éclata sur la forêt, — moi qui vous parle, j’en ai vu de terribles à cette même place, — et la foudre s’abattit avec un fracas qui dut retentir au fond des consciences les plus sourdes — sur l’arbre où Herne avait trouvé la mort.
Quinze ou vingt jours après cette catastrophe, le roi envoya dire de Londres aux meneurs et aux gardes-chasse de- Windsor, que le château devant bientôt s’emplir d’hôtes illustres et nombreux, ils fissent sans retard les préparatifs d’une expédition formidable à travers la forêt, et qu’ils se tinssent prêts à donner des marques de leur adresse aux
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visiteurs et aux amis de leur seigneur. Cette nouvelle les mit tous en révolution; le garde principal, celui dont Herne avait un jour occupé la place, se faisait vieux, et il était permis de penser que la façon dont on se tiendrait à la chasse royale aurait un résultat décisif à cet égard.
Le premier jour, ils s’exercèrent tous individuellement et 'dans le secret. Quand ils s’abordèrent le soir, la figure de chacun d’eux était blême et exprimait une profonde stupeur.
— Compère, dit tout bas le plus franc d'entre eux à son voisin, ce n’est pourtant pas encore l’âge qui m’obscurcit les yeux et me glace le bras ; aujourd’hui j’ai manqué un cerf qui passait à dix mètres de moi.
— Je ne vous l’aurais peut-être pas dit, l’ami... eh bien , Toby, ce vieux cheval que vous savez et que le fermier laisse monter par tous les enfants du village, aujourd’hui j’en ai eu besoin pour faire une course jusqu’à Vieux-Windsor, il m’a jeté deux fois par terre.
Alors de tous les côtés du groupe, on s’échangea de terribles confidences. Il n’v avait plus à se cacher les uns les autres, la situation était trop grave. Bref, pour employer un mot moderne, une main invisible venait de leur infliger la peine du talion, et ils se trouvaient tous réduits au point où leur jalousie avait abaissé le chasseur Herne. Leur perplexité redoublait à mesure qu’ils se rappelaient les ordres du roi; soudain le chef de la
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Lande s’écria d’une voix tonnante : « Si vous ne vouiez pas être perdus, suivez-moi ! »
Ils lui obéirent, ne sachant plus où ils en étaient et, après une heure d’une course désordonnée, ils atteignirent la cabane du mystérieux cavalier auquel avait été confiée la guérison de Herne. Cet étrange personnage les reçut comme des chiens et leur dit brutalement que ce n’était pas à sa protection qu’ils devaient s’adresser, mais à la merci de ce pauvre Herne dont ils avaient rempli la vie de douleur, et pour ce, qu’ils eussent à se réuni à l’endroit où Herne avait paru pour la dernière fois vivant, c’est-à-dire au pied du chêne où il s’était pendu. Ce conseil n’était pas trop de leur goût, mais ils le suivirent de point en point, et au dernier coup de minuit, ils tombèrent tous terrifiés, plus morts que vifs. Le tronc du chêne foudroyé s’éclaira d’une flamme infernale au milieu de laquelle Herne leur apparut haletant d’une soif de vengeance. Il se borna cette fois à les appeler de hideux mécréants et à leur ordonner de se trouver le lendemain à la même heure, au pied de l’arbre avec les meilleurs chiens, les meilleurs arcs et les meilleurs chevaux du roi Richard, afin de passer la nuit à tuer son meilleur gibier.
Les gardes n’y manquèrent pas, et pendant toute la nuit suivante, la forêt retentit d’horribles clameurs, et le sol fut couvert des cadavres des plus beaux cerfs du roi. Les misérables serviteurs de Richard reçurent encore pour le lendemain et
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toutes les nuits suivantes rendez-vous du même genre au pied du chêne, et sous la conduite de Herne, ils dévastaient la forêt et remplissaient de * terreur les villages voisins. Chaque nuit pourtant, avant de rejoindre leur chef mystérieux, ils s’affublaient de costumes bizarres qui les rendaient méconnaissables, car ils craignaient presque autant que la vengeance de Herne la découverte de leur complicité dans ces équipées diaboliques, dont le bruit ne tarda pas à arriver aux oreilles du roi,
Richard entra dans une furieuse colère et ordonna qu’on fit une battue dans la forêt; lui-même à la têle de ses courtisans et de ses hôtes parut comme minuit sonnait au pied de l’arbre ensorcelé. Malgré sa majesté et son intrépidité, il frémit à la vue du fantôme flamboyant qui se dressa devant lui. Le résultat de l’entretien du roi avec son ancien serviteur fut que tous, les auteurs de la ruine de Herne se virent sur-le-champ saisis et pendus aux arbres de la forêt. Herne avait réclamé cette satisfaction de son ancien maître, avec promesse de son côté de ne plus reparaître de tout le règne de Richard, et il tint sa parole. Celui des successeurs de Richard qui eut le moins à se louer des procédés de Herne-le-Revenant, ce fut Henri VIII, s’il faut en croire M. Ainsvvorth.
Mais, au temps d’Élisabeth, le prestige du fantôme avait bien pâli, s’il n’élait complètement effacé, puisque Shakespeare osa faire du tronc
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diabolique le siège d’une facétie. Je n’ai fait que vous citer, ne l’oubliez pas, une version et un épisode de la légende de Herne; elle domine en réalité toute la période merveilleuse en Angleterre, et peut-être ailleurs, du xive au xvi® siècle. A l’heure où j’écris le spectre de Herne n’intimide plus les gardes-chasse de la reine Victoria ; mais le temps n’est pas loin où son nom servait encore d’épouvantail aux enfants désobéissants et aux bûcherons attardés.
Comme je vous parle de fantômes et de visions nocturnes, l’aurore se lève radieuse, le soleil m’éclaire de ses plus jeunes rayons et m’échauffe de ses feux les plus doux ; le chant infatigable du coq raisonne comme un clairon dans les fermes d’alentour; la fraîche haleine des roses nouvelles souffle sur la plaine de Windsor une atmosphère de parfums.