I.ONGFELLOW
Tout Anglais dilettante a composé un air sur Excelsior. On apprenait à lire aux enfants dans la Ville assiégée. Les jeunes gens exultaient au Psaume de Vie; les veuves dont le fils unique venait de mourir pleuraient à Résignation. Triomphe suprême du poète, il était lu par les femmes, j’entends les vraies femmes, c’est-à-dire les mères, les sœurs et les épouses. Bonheur que n’eurentdeleur vivant ni Molière ni Shakespeare, tout le monde le savait par cœur.
Au temps dont je parle, un succès ne nuisait pas à l’autre. Les derniers volumes de l 'Histoire de l’Angleterre, par lord Macaulay, qu’une mort prochaine allait ravir à l’Europe affligée, venaient de paraître. Dès l’aurore les portes du libraire étaient assiégées, sans que rien pût faire tort à l’inépuisable vogue de Charles Dickens, dont la Petite Dorritt paraissait alors en livraisons mensuelles, et suscitait, dans certains groupes, d’ardentes récriminations étrangères à la critique littéraire.
Henry Wadsworth Longfellow est né le 27 février 1807, à Portland, ville du Maine américain. Son père appartenait au barreau de cette ville. Ainsi que celui de Boileau,
... vit-il en gémissant
Dans la poudre du greffe un poète naissant?...
LONGFELLOW
l’auteur d 'Èvangèline ne nous dit rien là-dessus, mais nous savons que Longfellow fit d’excellentes études au collège Baudoin, dans le Nouveau- Brunswick, et qu’avant d’en sortir, comblé d'honneurs universitaires et entouré de l’estime et de l’affection générales, il s’était déjà révélé par de remarquables vers disséminés dans les principales Reviews du pays. Depuis, le travail et les voyages se sont partagé sa vie.
Il passa quelque temps, durant l’année 1825, dans l’office paternel, et fut appelé bientôt à occuper une chaire de littérature et de langues modernes, dans ce collège Baudoin, dont il avait été l’orgueil. Pour justifier cet imposant honneur, il résolut d’étendre, de la façon la plus complète et la plus authentique possible, les connaissances réclamées par l’objet spécial de son enseignement. De là sa première visite sympathique, bien préparée’ intelligente, à notre vieux continent.
Il ne resta pas moins d’un an à Paris, habitant alors les rues Racine et Monsieur-le-Prince. 11 fit également des séjours prolongés dans le midi de la France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Suisse, en Hollande et en Belgique.
Il regagna l’Amérique et inaugura ses fonctions seulement en 1829.
Certaines de nos villes d’Europe lui ont inspiré quelques-unes des pièces les plus originales et les plus poétiques de son premier recueil : ainsi,
LONGFELLOW
Nuremberg et surtout Bruges qu’il a chanté deux fois dans des vers éloquents.
Bruges paraît l’avoir touché profondément. Quelle meilleure occasion de vous faire apprécier le poète, que de vous le montrer célébrant une cité voisine des nôtres, et presque une sœur vénérable de quelques grandes villes devenues françaises, dans les lointains de notre commune histoire! Les annales, la légende et la physionomie de cette ville illustre, très connue et très goûtée de la plupart d entre nous, -- Bruges, en un mot, tient tout entier, monuments, murmure héroïque du passé, cloches d’autrefois, tambours d’aujourd’hui, dans soixante vers, qui ont, en outre, le mérite d’exprimer à merveille le sentiment et la manière du poète.