‹ Chez les Cannibales de l'Afrique CentraleChapitre 10 sur 59 · FUNÉRAILLES D’UN CHEF AFRICAIN · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES D’UN CHEF AFRICAIN

Les nécessités du service m’avaient amené à visiter le district de Bolobo, composé d’une série de villages florissants et très peuplés, situés sur la rive sud du Congo, à environ six cents milles de la côte de l’Atlantique.

Les indigènes s’y livrent activement au commerce, trafiquant surtout des produits naturels, et se servant comme monnaie courante, d’ivoire, d’étoffe, de fer et d’esclaves.

Ils ne sont pas anthropophages, mais sont cruels et torturent fréquemment leurs esclaves de la façon la plus barbare. Physiquement, les gens de Bolobo représentent une forme quelque peu élevée du type nègre Bantou.

Ils sont connus pour leur avarice et réputés comme les commerçants les plus riches et les plus experts du Moyen Congo.

Quelques jours avant mon arrivée, le grand chef des Bolobos était mort et je trouvai le pays fort agité. Ce jour-là même on devait enterrer le défunt en grand apparat avec les atroces et baroques rites qui caractérisent les solennités de ce genre chez les sauvages d’Afrique.

Emmenant avec moi quatre soldats nègres armés, je parcourus les étroites rues du village sous de luxuriantes avenues de palmiers et de bananiers, et me dirigeai vers le palabre qui se tenait dans un espace libre, devant la case du chef défunt.

Les lugubres gémissements des femmes guidaient mes pas. En route, je croisai plusieurs groupes de sauvages aux visages sombres, armés de coutelas et de lances, des panaches de plume sur la tête, et la face enduite de charbon de bois et d’huile de palme. Ils avaient l’air agité et s’absorbaient à ce point dans leur conversation qu’ils répondaient à peine à mon salut.

En approchant du lieu d’où partaient les cris des pleureuses, je remarquai plusieurs hommes et femmes presque nus dont les bras et les jambes étaient liés et dont le cou était pris dans de lourdes perches fourchues. C’étaient les esclaves et les épouses du mort. Quelques pas plus loin j’eus sous les yeux le plus extraordinaire spectacle.

Au milieu d’un espace libre, entouré de cases, qui s’adossaient en partie à un bois de palmiers élevés, trois cents femmes à demi nues, le visage et le corps barbouillés de craie blanche et rouge , étaient à genoux et balançaient leurs torses d’avant en arrière, comme pour marquer la cadence de leurs gémissements funèbres.

Au centre de cette curieuse assemblée, le corps du chef avait été installé, assis sur un trône de bois à dais. Sur la tête se dressait un immense panache de

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