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PORTEURS EN MARCHE

DE L’AFRIQUE CENTRALE

lequel il disait que pendant la nuit lui et ses gens avaient dérobé, dans le vapeur qui faisait escale devant son village, un grand nombre d’objets, qu’ils possédaient maintenant des chemises et des pantalons comme en porte l’homme blanc, mais qu’ils n’avaient pas réussi à voler des bottes. Si donc l’homme blanc n’envoyait pas des bottes avant que le soleil fût haut dans le ciel, il lui déclarerait la guerre.

Les naturels bakongos ont coutume de terminer leurs discours par le mot Wanga qui signifie : comprenez-vous.

Un jeune noir, élevé par la mission, demandait, dans une longue prière, d’avoir toujours de quoi manger abondamment, de ne jamais avoir aucun travail à faire, de porter toujours de beaux habits, et, quand il serait grand, de parvenir à la position sociale d’un homme blanc. Et il terminait sa fervente prière par ces mots : Wanga Nzambi, Wanga? c’est-à-dire : Comprenezvous, Dieu, comprenez-vous?

Ce même gamin, conversant avec un autre noir, nommé Loremba, originaire de la région des cataractes du Congo inférieur, s'exprimait ainsi :

— J’ai travaillé pour les hommes blancs et j’ai enduré beaucoup de fatigues. J’ai reçu le fouet, on m'a supprimé mon salaire et j’ai subi bien des tourments. Maintenant, je vais adorer Dieu et vivre tranquillement auprès de la mission; j’écouterai le missionnaire qui dit qu’il importe peu que nous soyons riches

ou pauvres, car les riches et les pauvres ont les mêmeschances d’aller au ciel. A quoi me servirait de travailler? A rien. Alors je dormirai tout le temps.

L’arrivée de la première machine à coudre dans la région du Congo que j’habitais produisit un effet inattendu. Aussitôt qu’elle fut mise en marche, les naturels se rassemblèrent à l’entour, et se mirent à danser, tournant en cercle et sautant, au rythme de ce qu’ils croyaient être un instrument de musique.

Mabrouki, un jeune Zanzibarite, avait servi comme aide de cuisine sur un navire anglais, où il avait appris quelques mots, en éprouvant cependant une grande difficulté à prononcer la lettre R. Quand on lui demandait le menu du dîner, il répondait, par exemple : du liz et du loti, pour du riz et du rôti.

A l’embouchure de la rivière Lomani les indigènes portent de larges plaques rondes en ivoire serties dans la lèvre supérieure. A ce propos, le noir Sequabo, parlant d’une tribu du Zambèze qui portait des ornements similaires, fit cette remarque :

— Ces gens veulent que leur bouche ressemblent à un bec de canard.

Pour dire à quelqu’un de se taire, les naturels de Soukoléla lui disent : « Attache ta bouche. »

— Nous ne voulons pas d’étoffes, nous répondirent

une fois des indigènes habitant les bords de la rivière Malinga. Donne-nous quelque chose pour nous habiller... des colliers de perles, par exemple.

Un Arabe me demanda un jour de lui expliquer ce qu’était le contenu d’une petite boîte de fer-blanc que Weissman lui donna au cours du mémorable voyage que l'explorateur fit à travers l’Afrique. De mon mieux, je lui fis comprendre que la boîte contenait de l’extrait de viande de bœuf préparée de telle manière que le maximum de substance nutritive était concentré sous un minimum de volume.

— Vous m’étonnez, dit-il, car j’avais été amené à croire que cette boîte contenait un onguent, et, en fait, je m’en suis servi pour soigner l’ulcère de ma jambe.

Je remarquai, une fois, une sorte de cloche d’alarme suspendue au-dessus de la brèche par laquelle on entrait dans un village. C’était un objet si grossièrement construit que seul un éléphant égaré eût pu le mettre en branle.

Les indigènes considèrent qu’un long cou est un signe de beauté chez la femme. Deux indigènes parlaient un jour devant moi d’une femme que l’un d’eux avait récemment achetée. Celui-ci, fier de son acquisition, plaça ses mains horizontalement l’une au-dessus de l'autre pour indiquer que la belle avait un cou aussi long que la hauteur qui séparait ses deux mains.

Aux obsèques d’un chef, on allait, comme sacrifice au mort, décapiter un esclave. Un parent du défunt engagea une grande conversation avec le malheureux qui avait les pieds et les poings liés. En m’approchant, je compris que la victime était chargée de transmettre à l’esprit du chef un message dont la conclusion était à peu près comme suit :

— Et dis-lui, quand tu le retrouveras, que le grand canot de guerre qu’il m’a laissé en héritage est pourri.

Accompagné de son fils, un noir vint me trouver et entama un long discours. A cette époque je n’avais qu’une connaissance assez sommaire du dialecte kikongo. Mais je suivis avec la plus grande attention les propos de l’homme, dans l’espoir de saisir quelques mots qui me permettraient de deviner le sens de son discours. Deux mots seulement, dans tout ce verbiage, m’étaient familiers : malade et tête.

J’en conclus naturellement que l’homme avait des maux de tête et qu’il était venu me demander un remède, ma réputation de guérisseur s’étant répandue dans la contrée environnante.

Je fis fondre une forte dose de sels d’Epsom, et je tendis l’écuelle au noir, lui enjoignant par signes d’avaler la drogue et qu’immédiatement son mal cesserait. Il tendit l’écuelle au gamin qui la porta avidement à ses lèvres. J’intervins aussitôt, expliquant que le breuvage n’avait aucune propriété mystique, et j’insistai pour qu’il le bût lui-même, ce qu'il fit d’assez mauvais gré.

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