PONT DE LIANES, BAS CONGO
Dessin de l’auteur.
DE L’AFRIQUE CENTRALE
Le lendemain, en traversant le village, je reconnus mon visiteur couché devant sa hutte, l'air triste et abattu. J’exprimai ma surprise de le voir dans cet état, ajoutant, dans la mesure où mes connaissances linguistiques me le permettaient, que j’avais espéré que le remède était suffisamment puissant pour l’avoir guéri.
L’homme se leva, et secoua mélancoliquement la tète.
— Je n'avais aucune maladie moi, expliqua-t-il. avec le secours de l’interprète. C’est mon fils qui souffrait. Tu m’as fait prendre la médecine et, à présent, c’est moi qui suis malade.
Mes efforts pour guérir un marmot, me valurent un singulier témoignage de gratitude. Quelques mois plus tard, je fus surpris, au milieu de la nuit de voir une ombre barrer l’entrée de ma tente. Une voix de femme articula à mi-voix, ces mots :
— Tiens, homme blanc, prends cet œuf. Il y a bien des lunes, mon enfant souffrait. Tu lui as donné un remède et maintenant il est en bonne santé. Je ne suis qu'une pauvre femme, je ne possède rien, mais, tiens, prend cet œuf.
Très touché d’un pareil sentiment, je me levai, acceptai l’œuf et le plaçai dans l'une de mes boîtes pour qu’il ne soit pas cassé.
Le lendemain, pendant que ma caravane se préparait au départ, je donnai l’œuf à mon cuisinier, en lui demandant de me le faire cuire pour mon déjeuner.
Quelques minutes après, le cuisinier reparut, tenant à la main la coquille brisée :
— Maître, cet œuf était pourri...
Afin de donner un air de civilisation à la contrée sauvage, où nous vivions, Alfred Parminter eut l’idée de vêtir tous ses serviteurs d’un costume uniforme. Pour mettre son plan à exécution, il trouva un moyen très simple. Il étendit par terre une pièce de cotonnade, fit s’allonger dessus chacun de ses hommes, et muni d’un charbon, pris dans les restes d'un feu, il dessina la forme de chaque homme. Il n’eut plus qu’à doubler l'étoffe, à la tailler, et à faire coudre chaque moitié.
Armé de mon fusil à répétition, je me dirigeais en hâte vers un vallon assez éloigné où l’on m’avait signalé la présence d’un troupeau d’éléphants. En route, je rencontrai cinq ou six nègres, armés de longs fusils à pierre et amplement pourvus de poires à poudre et de bissacs contenant des projectiles.
— Où allez-vous, en si grande hâte? me demandèrent-ils.
— Tirer sur les éléphants, répondis-je. Et vous, où allez-vous?
— Oh ! nous descendons à la vallée pour tirer sur des rats.
Les troupes houssas qui étaient au service de l’État indépendant du Congo, se rencontraient dans la région du Niger. La plupart avaient servi, sur la côte occiden-
DE L’AFRIQUE CENTRALE
taie, sous le commandement d’officiers anglais. Les hommes étaient presque tous de solides gaillards, dévoués et loyaux, courageux et honnêtes. Ils étaient d’excellents « boute-en-train » pour les Zanzibaris, et fort précieux pour maintenir l'ordre dans les colonnes.
Le Houssa est un type silencieux et robuste, sans faculté pour s’adapter aux façons des autres, lent à apprendre les dialectes congolais, et rebelle à toute fraternisation avec les indigènes. Les Zanzibaris sont gais, versatils, prompts à saisir de nouveaux dialectes et à se gagner la confiance des naturels, capricieux et volages avec les femmes, et généralement indifférents à l’avenir.
Un jour de Noël, notre sergent-major houssa vint nous offrir ses souhaits et incidemment nous informa que dans son pays, à la fête de Noël, ils mangeaient du bœuf jusqu’à ce que « leurs dents leur fissent mal ».