STANLEY
Stanley était ce qu’on est convenu d’appeler un homme fort, doué d’un cerveau remarquable, d’une grande puissance de décision, avec un dédain absolu des conséquences.
Il y avait en Stanley le voyageur africain et... l’autre, le Stanley européen. Je n’ai connu que le voyageur, que je vis pour la première fois en 1884, année où je pénétrai en Afrique sous ses auspices.
Il me fit l’impression d’un homme dont l’existence fut abreuvée d’amertume et il semblait croire que tout le monde était ligué contre lui.
Au cours d’une conversation, en Afrique, je m’enhardis à lui dire :
— On prétend que vous êtes dur, M. Stanley.
— Dur! répliqua-t-il. Il faut bien l’être, sinon, on est faible, il n’y a pas de milieu!
On ne conçoit guère que quelqu’un d’autre ait pu accomplir avec succès les explorations auxquelles s’attachent le nom de Stanley. Son indomptable volonté l’entraînait en avant, son physique robuste résistait à la maladie, sa diplomatie astucieuse tranformait en amis ses adversaires, et sa chance ne l’abandonna jamais.
A coup sûr, son caractère avait été fortement influencé par la vie qu’il mena en Afrique. Sa longue expérience de l’Africain lui avait révélé d’une façon trop exclusive le côté faible de l’homme et de la vie. En conséquence, il était devenu méfiant et professait un mépris excessif de l’humanité en général.
Ses discours s’ornaient d'expressions idiomatiques, rappelant le langage fleuri des noirs. En toutes choses, il adoptait l’attitude d’un homme qui se tient pour supérieur à tout ce qui l’entoure, et pendant de longues années ses Zanzibaris l’avait proclamé « le Grand Maître » et l’appelaient respectueusement « le Père ».
Dans les relations avec l’Africain, l’autorité est un élément indispensable, et cette qualité était non seulement visible sur les traits de Stanley, mais aussi dans tous ses gestes. Il se montrait impitoyable dans ses critiques des hommes et de leurs actions, mais, dans la plupart des cas, il avait soin de borner ses jugements à des sujets qui rentraient dans le cadre de ses occupations habituelles et de son observation, et il s’efforçait toujours d’être juste.
La valeur de Stanley comme explorateur était universellement reconnue, et l’on trouve sur les rayons de toutes les bibliothèques les volumes où sont narrés ses exploits et ses aventures. Mais combien la réalité est différente du froid récit de l’œuvre accomplie !
Après avoir, en 1871, retrouvé Livingstone, Stanley retourna en Afrique en 1874, pour résoudre la question du fleuve Loualaba, problème qui, quelques années avant qu’il mourût, avait absorbé l’attention et stimulé
l’ambition du docteur Livingstone. Parti de Zanzibar, Stanley explora le lac Nyanza et fit un voyage de circumnavigation sur le lac Tanganyika. D’Oudjidji, sur les bords de ce dernier lac, il s’avança vers Nyangwé, le quartier général des Arabes trafiquants d’esclaves, situé sur le mystérieux fleuve Loualaba. Embarquant son monde dans des pirogues, il descendit le courant sur une distance de plus de deux mille milles, parvenant ainsi à identifier le Loualaba avec le Congo.
Le voyage, qui dura neuf cent quatre-vingt-dix-neuf jours, fut une longue suite de privations et de souffrances. Stanley vit périr en grand nombre les noirs qui formaient sa caravane et il perdit même ses trois compagnons blancs, dont l'un, Franck Pocok se noya accidentellement, alors qu’ils n’étaient plus qu’à dix jours de marche de l’Atlantique.
Par cette audacieuse traversée du continent noir, Stanley avait pénétré l’un des plus obstinés mystères de l’Afrique. Pour la première fois, le cours du Congo était déterminé, le problème était résolu qui avait occupé tous les géographes depuis que Diego Cam avait, en 1482, relevé l’embouchure de ce fleuve.
Après un bref repos, Stanley se remit encore à son œuvre africaine et, sous le patronnage de Léopold II, roi des Belges, il contribua à la fondation de l’Etat indépendant du Congo, immense territoire d’une superficie de plus de neuf cent mille milles carrés, avec une population approximative de vingt à trente millions d’indigènes.
Pour la quatrième et dernière fois, Stanley revint,
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en 1886, en Afrique, à la tête de l’expédition chargée de retrouver Emin- pacha gouverneur de l’Afrique équatoriale, dont la situation était devenue précaire. Stanley accomplit sa mission, mais en endurant des fatigues et des privations plus rudes qu’en aucune de ses précédentes explorations, et en perdant quatre cents hommes sur les six cent cinquante qu’il avait emmenés avec lui.
Neuf officiers anglais faisaient partie de son personnel, dont aujourd’hui deux seulement survivent : M. John Rose Troup et moi-même (1).
Le voyage dura trois ans. Au nombre des résultats géographiques de l’expédition, on compte la découverte du mont Ruwenzori dont la hauteur est de dix-sept mille pieds; celle du lac Albert et de la partie sudouest du lac Victoria. Le lac Albert Edward forme la source première du Nil Blanc, et par le Semliki ses eaux communiquent avec celles du lac Albert Nyanza.
En gagnant l'intérieur, avec l'expédition Emin-pacha, nous fîmes halte à Stanley Pool, et les chefs indigènes eurent maints motifs de se plaindre du personnel noir de Stanley.
Un chef, plus hardi que les autres, vint dénoncer les déprédations commises dans ses plantations et la
(1) Voir My Life isiith Stanley’ s Rear Gnard, par Herbert Wakd, Chatto and Windus, Londres.
façon dont l’harmonie domestique de son village avait été troublée.
L’attitude du chef était pleine de dignité et je fus grandement frappé de sa grâce naturelle et de son éloquence.
Assis sur un pliant, Stanley écoutait flegmatiquement l’interprète qui répétait les doléances, et il gardait ses yeux gris fixés sur le visage du chef. Si perçant et si puissamment hypnotique était son regard que le chef en manifesta bientôt un certain malaise.
Soudain Stanley ordonna à un clairon de sonner le rassemblement. Puis, accompagné de l’indigène, il passa sans hâte devant les six ou sept cents hommes qui s’étaient mis en rangs, et de temps en temps il disait :
— Est-ce celui-ci qui t’a volé, ô chef? Est-ce celuilà qui a porté le trouble dans les foyers?
Complètement déconcerté, le chef secouait tristement la tête, et, à la fin, il murmura :
— Tous ces hommes se ressemblent! Comment reconnaîtrais-je les coupables?
Alors, sur un ton bienveillant, Stanley posant sa main sur l’épaule du chef lui dit :
— Si des méfaits de ce genre se reproduisent, ô chef, fais une marque au délinquant. Marque-le. Ensuite on rassemblera tout le monde et nous pourrons facilement retrouver le coupable.
Pour tranquilliser les Arabes qui autrement auraient fait obstacle au projet de Stanley de remonter le Congo
'auteur, a paris
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pour rejoindre Emin-pacha, Stanley conclut avec Tippo Tib un traité par lequel il l'instituait gouverneur de Stanley Falls.
Comme quelqu’un émettait un doute sur le fait de se fier à un trafiquant aussi sanguinaire que Tippo Tib, Stanley, avec son calme immuable, répondit : avec la placidité d’un révérend missionnaire.
— Ne savez-vous pas qu'il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent !...
A bord du vapeur de la mission qui partait de Stanley Pool pour remonter le fleuve, j’eus la chance de faire route seul avec Stanley jusqu’à Bolobo. Et au début du voyage, un accident survint qui aurait pu nous être fatal à tous.
Nous étions depuis fort peu de temps en route, quand le gouvernail fut emporté par le courant très rapide contre lequel nous naviguions. Ce fut un instant critique d’autant plus que le courant nous entraînait rapidement contre un îlot rocheux. On laissa immédiatement tomber toutes les ancres qui tout d’abord ne furent d’aucun secours ; pourtant elles s’accrochèrent, enfin le petit vapeur vira complètement et manqua de chavirer.
Malgré le danger, il n’y eut aucune panique. Stanley, debout à l'avant, surveillant l’effet de notre brusque arrêt, cria : Attention ! sur un ton qui en imposa à tout l’équipage. Les noirs, tremblants, attendirent sans bouger et nous finîmes, non sans de grandes difficultés, à tirer le navire de sa position périlleuse. En faisant
tourner alternativement les deux hélices, nous avançâmes jusqu’au prochain poste, situé à un demi-mille du lieu où l’accident s’était produit, et nous y demeurâmes jusqu’au lendemain pour procéder aux réparations.
Ce même soir, en dépit de notre mésaventure, Stanley fut d’excellente humeur, et il raconta de façon très dramatique, divers incidents de ses rapports avec les Africains. Entre autres, il relata l’histoire de Barouti, un jeune nègre de Basoko, qui appartenait à une tribu cannibale. Stanley se prit d’affection pour lui, l’emmena en Europe et l’attacha à son service. Les instincts sauvages du noir étaient indéracinables, et malgré l’affection avec laquelle on le traitait il conserva la plupart des instincts violents de sa race. Un soir, à Londres pendant une absence de Stanley, Barouti essaya d’obtenir de la femme de charge qu’elle lui donnât les restes d’un plat favori enfermé dans le garde-manger. Sur le refus qu’on lui opposa, Barouti se mit en colère, et, s’emparant du bébé de la femme de charge, il s’enfuit en grimpant l’escalier quatre à quatre. Parvenu au dernier palier, Barouti tint l’enfant suspendu au-dessus de la cage et menaça de le lâcher si on ne lui accordait pas ce qu’il demandait.
Pendant ce voyage, un travail d’importance capitale se présentait quotidiennement. Pour alimenter de combustible la machine, il fallait chaque soir couper du bois, ce qui obligeait parfois de travailler fort avant dans la nuit. Et même, en certaines occasions, on
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passait la nuit entière dans la forêt à abattre des arbres et à couper les bûches de la longueur requise.
Une fois, la besogne fut particulèrement pénible, et pendant deux jours et deux nuits, consécutivement, je n’eus guère le temps de me reposer. A l’encontre de mon habitude, je passai ces quarante-huit heures sans me raser. A la fin d’une conversation que j’eus avec lui, Stanley jeta un regard sur mon menton et me dit :
— Vous savez que le docteur Livingstone ne manquait jamais de se raser chaque matin.
Un matin, à l’aube, Stanley appela ses Zanzibaris, mais ceux-ci étaient absolument épuisés par la veille et fort rares furent ceux qui répondirent.
Et Stanley alors, leur cria de toutes ses forces en kiswahili :
— Voulez-vous me suivre à la mort?
Immédiatement, il lui fut répondu de toutes parts :
— Ewallah, bwana!... Oui, oui, nous te suivons, maître.
Je me souviens d'une autre soirée passée avec Stanley à bord du petit vapeur de la mission. C’était l'escale. Sur la rive, les hommes, groupés autour des feux, dormaient. Le ciel nocturne était sans nuages et une paix profonde régnait.
Stanley était assis sur l’écoutille, les jambes croisées, dans son attitude familière et caractéristique, et il y avait là aussi, avec nous, deux missionnaires, M. Darby et un autre, qui faisaient à bord l’office de mécaniciens.
Nous avions passé toute la soirée à parler de la Bible. Les missionnaires et Stanley paraissaient être parfaitement d’accord, et je prenais grand plaisir à leurs discussions théologiques.
Quand nous nous séparâmes pour la nuit, Stanley, à ma grande surprise, fit cette réflexion inopinée :
— Il y a un miracle que je n’ai jamais pu accepter littéralement. C’est quand l’ange Gabriel sonne de la trompette, et que s’écroulent les murs de Jéricho.
A bord du vapeur de la mission, je passais les aprèsmidi assis, à l’avant, à côté de Stanley, tandis que nous avancions lentement contre le courant, entre des îles et des rives boisées. Le soleil accablant jetait des reflets aveuglants sur le fleuve. L’huile de ricin employée pour graisser la machine répandait une odeur empestée qui se mêlait aux âcres relents des corps des nègres qui transpiraient serrés les uns contre les autres. Le bruit de l’hélice dans l’eau tourbillonnante accompagnait le murmure incessant des voix des hommes.
Stanley me questionnait longuement sur Bornéo où j’avais voyagé pendant un an seul dans l’intérieur, et il prenait intérêt à comparer les développements possibles des deux pays, ayant soin de n’omettre aucun trait favorable qui pût être à l’avantage de l’Afrique centrale, cette immense contrée avec laquelle il s’était si intimement identifié.
Un campement temporaire avait été établi à Bolobo, et j’en eus le commandement. Avant de partir, Stanley
PORTEUR CONGOLAIS Croquis de l’auteur.
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eut une entrevue avec les principaux chefs des environs. Assis comme de coutume sur un pliant, Stanley, les bras croisés regardait s’approcher tour à tour chacun des chefs. L’un deux, un gaillard superbe, paré d'ornements indigènes, portait dans sa main droite une lance, et dans la gauche un long bouclier étroit. Il s'avança crânement devant Stanley la tête haute et le buste droit. Avec un geste majestueux, il souleva sa lance, la planta dans le sol, et jeta auprès son bouclier.
Il commença seul son discours, mais bientôt il eut recours à l’interprète.
Il protestait contre l’installation du camp de l’homme blanc à proximité de son village.
Stanley restait assis, immobile, les yeux fixés sur le visage du chef, et ne prononçait pas un mot. Peu après l’attitude du chef se modifia. Il semblait diminuer de stature. En vain portait-il ses regards de droite à gauche. Le regard perçant des yeux gris de Stanley paraissait le déconcerter intolérablement.
Bientôt, tout penaud, le chef ramassa son bouclier, arracha sa lance, dont il laissait traîner le manche à terre en s’en allant.
Et, devant l’issue de l’incident, je remarquai sur le visage de Stanley un bizarre sourire.
Au cours d’une conversation avec Stanley, je fis allusion au mystère extraordinaire que devait paraître notre arrivée aux yeux des indigènes. J’essayai de décrire l’impression que nous devions produire sur les
naturels, avec notre nombreuse escorte de Zanzibaris, de Soudanais et d’Arabes.
Sur un ton quelque peu impatienté, Stanley m’interrompit :
— Mon cher, en ce monde, nous ne pouvons nous attarder à songer aux impressions que nous produisons. On n’a pas le loisir de s’offrir cette sorte de fantaisie.
En quittant le camp de Bolobo, dont il me laissait la charge, Stanley me serra chaleureusement la main et me dit :
— Allons, Ward, surveillez bien vos hommes. Évitez toutes les hostilités. Restez en bons termes avec les gens d’alentour. Mais, notez bien ceci. S’il faut vous battre, battez-vous . Au revoir et à la grâce de Dieu!
Pendant le transport des bagages de Stanley, une grande caisse suspendue à une forte perche et nécessitant deux porteurs me causa toutes sortes de difficultés dans les villages que nous traversâmes.
Chez les Africains, l’étiquette exige qu’on ne pose aucune question au visiteur sur ses occupations ou sur l’objet de sa visite. Cependant, en la circonstance, la curiosité l’emportait, et ils en arrivaient à se départir de la règle. Ils s’imaginaient que la grande caisse contenait un cadavre. En deux ou trois occasions, nous fûmes sur le point d’avoir à faire face à de grands ennuis , car , dans certains villages , des tentatives furent faites pour m’empêcher d’aller plus loin. Les indigènes refusaient de me vendre des aliments ou de
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me permettre de camper dans le voisinage. Je leur affirmai que la caisse ne contenait assurément rien qui ressemblât à un cadavre.
— Eh! bien, alors, montre-nous ce qu’il y a dedans, disaient-ils.
La caisse était fermée et je n'avais pas la clef des serrures, je ne pouvais donc donner la preuve irréfutable de la véracité de mes assertions.
— Alors, va-t'en, retourne en arrière, répondaientils. Quitte notre pays. Nous ne te permettons pas de passer par ici.
Aux premiers temps de la formation de l’Etat indépendant du Congo, quelques compagnons de Stanley se plaignirent à lui de manquer de nourriture convenable. Flegmatiquement, il leur répondit :
— J’en suis bien fâché, messieurs, mais les chèvres sont mal nourries depuis quelque temps.
A l’occasion d’une plainte du même genre faite par une délégation d’employés du quartier général , Stanley, après avoir écouté avec beaucoup d’attention, dit gravement : « Prions le Seigneur. »
Au poste de la mission qu’avait établi Ingham, Stanley remarqua un gamin indigène, vif et épanoui. Il lui caressa la tête et dit au missionnaire :
— Je ne serais nullement surpris, Ingham, si quelque jour ce petit bonhomme devenait évêque.
— Je ne le pense pas, répliqua Ingham, car il est parfois très désagréable.
— Raison de plus, rétorqua Stanley.
La chasse au gros gibier ne paraît pas avoir eu d’attrait pour Stanley. S’entretenant de chasse avec Glave, Stanley observa :
— Supposons qu’on nous signale en ce moment un éléphant dans le voisinage, je resterais ici, confortablement et en sécurité et je vous dirais : « Glave, il y a un éléphant aux environs, pourquoi ne prenez-vous pas votre fusil pour aller l’abattre? »
Pendant qu’on élevait les bâtiments de Vivi, le docteur Rolf Leslie, le major principal, mit, comme tout le monde, la main à la pâte et s'adonna particulièrement à la charpente.
- — Vous voyez, dit-il un jour à Stanley qui passait, me voilà devenu charpentier.
— Pourquoi pas, répondit Stanley, notre Sauveur l’a bien été.
C’est en 1881, à Issanghila que Stanley reçut son sobriquet de Boula Matadi. A cette date, Stanley faisait transporter par terre les diverses parties d’une chaloupe à vapeur, et en certains endroits il fut nécessaire de faire sauter à la dynamite des blocs de roches qui obstruaient le passage. En 1884, le chef d’un petit village siué derrière Issanghila, me relata l’incident qui indique, selon toute évidence, l’origine de ce surnom fameux.
— Il y a longtemps, dit le chef, un gamin est accouru
Collection de l’auteur.
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vers moi et il m’annonça que l’étrange homme blanc était en train de casser les roches.
L’esprit des indigènes fut impressionné par l'idée qu’un homme essayait de s'en prendre à la nature. Les noirs acceptent les choses telles qu’elles existent. Si un arbre choit en travers d’un sentier, ils en font le tour : « C’est la nature qui a voulu qu’il tombât, se disent-ils, et ce n’est pas notre affaire de nous en mêler. »
La véritable orthographe du surnom de Stanley est « Boula Matadi », de boula, briser, et ?natadi, pierres (au singulier : Ntadi, une pierre dans le dialecte kikongo). Dans l’intérieur de l’Afrique et parmi les Zanzibaris, la lettre r est fréquemment substituée au d, et cette particularité explique la différence d’orthographe : Boula Matari, au lieu de la forme originale Boula Matadi.
Stanley est mort il y a six ans, le io mai 1904. Pendant que j’assistais au service funèbre, dans l’abbaye de Westminster, mon sentiment était le même que celui des noirs du Congo, qui, à l’annonce de la disparition du grand explorateur, disaient, j’en suis certain :
— Ce n’est pas vrai! Boula Matadi n’est pas mort.