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SUPERSTITIONS

La superstition est un élément fort important dans l’existence des tribus indigènes. Dans la région non boisée des cataractes, surtout, les indigènes sont adonnés au fétichisme et au culte propitiatoire du Mauvais Esprit, en qui ils voient la mystérieuse puissance du mal, l’ennemi mortel de l’homme. Les rites et les cérémonies accomplis en vue d’apaiser les puissances surnaturelles sont observés moins rigoureusement par les tribus habitant la région forestière de l’intérieur.

Ignorant des lois de la nature, qui reste pour lui une source constante de mystère, le naturel congolais attribue à l’influence des mauvais esprits les maladies et les mésaventures de toute sorte. 11 passe sa vie dans un état d’effroi perpétuel. Tout ce qui est inexplicable est aussitôt enveloppé de propriétés magiques, et tous les maux et les infortunes proviennent du Mauvais Esprit.

L’existence quotidienne de ces tribus est assombrie par des terreurs inconnues des races moins superstitieuses.

On peut dire du naturel congolais qu’il a des conceptions religieuses sans avoir de religion. Ses divinités actives sont toutes malfaisantes. C’est un adorateur du

Mauvais Esprit, un « adorateur du diable ». Il admet l’existence d’un Esprit bon, « Nzambi », mais le pouvoir de celui-ci est entièrement passif.

Dans les rites superstitieux pratiqués par les indigènes, nous avons un exemple de cette sorcellerie primitive qu’on prétend être le reste d’un antique culte de la nature, datant des premiers temps de l’humanité.

Il existe au Congo une foi universelle en une vie future, les circonstances de cette vie varient suivant les croyances locales des tribus.

La mort est envisagée comme une migration.

Somme toute, les croyances de l’indigène sont en harmonie avec son intelligence inquiète des mystères de la vie, il accepte sans hésitation les plus fantasques théories pour expliquer des événements naturels.

Dans chaque tribu, le sorcier exerce une tyrannie absolue. Les règles extravagantes qu’il faut observer, les prescriptions absurdes auxquelles il faut se soumettre, sont introduites dans toutes les occasions de la vie par les sorciers professionnels, désireux de mystitifier leurs crédules fidèles, et pour mieux dissimuler les limites de leur prétendu pouvoir sur les influences mauvaises.

L’ascendant du sorcier provient surtout du sentiment de respect et de crainte avec lequel les indigènes considèrent sa puissance mystique, qui fait de lui l’intermédiaire entre les mortels ordinaires et les esprits.

L’influence des sorciers est contraire à tout principe de progrès. Si, par exemple, grâce à ses facultés natu-

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relies ou à son énergie personnelle, un indigène accumule des richesses sous forme de fusils, d’esclaves ou de cotonnades , le sorcier l’accuse publiquement de complicité avec les esprits mauvais. La conséquence probable est que le malheureux sera massacré et ses biens partagés.

Lorsque dans le bas Congo, survient la mort d’un personnage important, le sorcier est chargé de découvrir la personne coupable d’avoir, en l’occurrence, exercé une influence néfaste, car la mort n’est jamais considérée comme un événement naturel. Le plus souvent, le sorcier accuse un esclave ou un membre âgé de la tribu, homme ou femme. On s’empare aussitôt de l’infortuné qui, à jour et heure fixés, est soumis à l’ordalie du poison. Une décoction préparée avec l’écorce vénéneuse d’un arbre est administrée, dès l’aube, à la victime. Si, dans le cours de la journée, la drogue agit comme un émétique, c’est là une preuve d’innocence; si, au contraire, le poison agit comme une purgation, la victime est étranglée et son corps est jeté dans la rivière. Dans ce dernier cas, le résultat de l’épreuve est accepté comme une preuve de culpabilité, et les naturels, en tuant la victime, sont convaincus qu’un Esprit mauvais a été exterminé.

Les Babanghi et les tribus similaires du haut Congo croient que les individus doués d’esprit malfaisant ont le pouvoir de se changer en reptiles, en animaux sauvages, pour commettre des méfaits et des meurtres.

Un rite particulier, que pratiquent exclusivement les tribus habitant la région des cataractes, s’appelle le

« N’Kimba » ou « Foua-Kongo ». Quand les anciens d’un village estiment que les femmes ne portent pas la proportion habituelle d’enfants, ils proclament un « N’Kimba ». Les sorciers et les autres participants du rite vont s’installer dans un bois isolé ou les rejoignent bientôt les initiés volontaires. On admet les adolescents et les adolescentes, les hommes de tout âge et les femmes qui n’ont pas encore été mères.

Quand l’initié est entré dans le « N’Kimba », on lui peint le corps à la chaux, et il doit adopter une forme compliquée de langage. On suppose qu’il meurt et qu’il ressuscite pour commencer une vie nouvelle.

A l’achèvement du « N’Kimba », qui dure habituellement de cinq à six ans, les membres de la congrégation prennent un autre nom, feignent d’avoir oublié leur vie ancienne et ne reconnaissent ni leurs parents ni leurs amis. Un lien persiste jusqu’au delà de l’existence entre les individus qui ont été membres de cette singulière et secrète confrérie.

Dans le dialecte du bas Congo, la santé s’exprime par le mot « moyo », esprit, et dans le cas de maladie dangereuse, on suppose que le « moyo » a déserté le patient pour aller vagabonder au dehors. Alors, une expédition conduite par le sorcier part à sa recherche et ramasse des branches, des coquillages, des pierres; entre ces objets et le malade, le sorcier accomplit une série de passes et de simagrées. La cérémonie s’appelle « foutouîanga moyo », le retour de l’esprit.

Dans cette même région, on croit communément que le « moyo » d’un homme, son esprit, peut lui être

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