MASQUE INDIGÈNE, RUA DOSSIER-APPUI, BOIS D'UN SEUL MORCEAU
DE L’AFRIQUE CENTRALE
la bouche ouverte en soufflant en même temps, indique le règlement de tout contrat. Chez certaines tribus du haut Congo, un geste similaire souligne la sincérité des propos tenus.
Au lieu de rire ouvertement des ridicules d’un compagnon, les naturels du Congo émettent un cri moqueur en tapant sur leur bouche avec leur paume ouverte. Quels que soient les mouvements intimes de leur cœur, ils ne témoignent guère de sentiments sympathiques ou désintéressés, et, pour l'homme ou la femme, toute manifestation d’émotion est considérée comme un signe de faiblesse...
La fraternité du sang, « ti n’déko », comme on l’appelle à Bangala, est une cérémonie qui se pratique dans la majeure partie du Congo et plus spécialement chez les tribus de la région supérieure. Elle a pour objet de cimenter l’amitié et de garantir la bonne foi entre les chefs, et les moins scrupuleux s’y conforment. Il s’attache même à cette cérémonie une signification religieuse. Sur le bras droit de chaque partie, une incision est faite, et, aussitôt que le sang coule, de la potasse en poudre est versée sur la blessure. En même temps, l’officiant prononce un discours dans lequel il proclame l’importance de ce mélange de sang et la nécessité d’observer la sainteté de ce contrat sacré. Pour que le sang se mélange, on frotte les deux bras l’un contre l'autre, et les deux parties sont alors déclarées publiquement frères d’un unique et même sang. Dans certaines tribus, le sang de chaque homme est recueilli sur une feuille; on y verse une poudre mysté-
rieuse, la feuille est roulée en forme de cigare, coupée en deux parties que chacun des « frères » doit manger.
La vue du sang, qu’il soit humain ou animal, donne toujours aux naturels une excitation violente.