COSTUMES ET ORNEMENTS
Hommes et femmes, au Congo, réduisent leur vêtement à un minimum à peine suffisant, dans bien des cas, pour cacher leur nudité, et chez certaines tribus, les Bopoto, par exemple, une nudité complète est de règle pour les femmes. Et pourtant, en tant que race, les indigènes ne demeurent en aucune façon insensibles au charme des ornements. Il semble que le vêtement ait été adopté comme un moyen de se parer plutôt que pour des raisons de décence. Néanmoins, les Congolais sont accessibles à un sentiment de pudeur et de honte.
Chez les habitants du bas Congo, le costume et les ornements des hommes consistent en une bande de tissu d’herbe passée autour des reins. Les femmes portent, devant et derrière, un petit tablier suspendu à une ceinture de corde, faite d'herbe tressée; elles ont des ornements de bois et de métal. Le plus grand nombre se passe dans le cartilage intérieur du nez un bâtonnet long de six pouces.
Parmi les indigènes du haut Congo, le costume et les ornements offrent une variété plus grande. Les hommes suspendent à une ceinture une bande faite d’écorce fraîche battue pour en extraire la sève et lui conserver sa souplesse. Ils se font fréquemment sur le corps des lignes et des dessins colorés; le charbon de
bois pilé, la glaise, l’ocre, le calcaire, la chaux et le bois de cam constituent la base de leurs mélanges colorants.
Us rasent leur chevelure et leur barbe ou ils les tressent en nattes ou en pointes selon la coutume en vogue dans la tribu, et tous, hommes et femmes, s’extirpent invariablement les cils et les sourcils, coutume en pratique jadis chez les Grecs et les Romains. Un indigène banbanghi qui n’a pas soin de sa personne ou dont les sourcils ne sont pas arrachés se voit désigné par le sobriquet de « Mosou n’Konghéa » (yeux poilus). Les ongles des doigts sont parés et grattés jusqu’au vif. Parmi les tribus cannibales les incisives de chaque mâchoire sont taillées en pointe au moyen d’un ciseau de fer.
Hommes et femmes portent volontiers des anneaux de fer pesants, aux bras et aux chevilles. Dans les villages cannibales on trouve fréquemment des colliers et des bracelets de dents humaines, de doigts séchés et d’omoplates.
Outre qu’ils ont chevillés des anneaux d’un alliage de fer et de cuivre, les tribus babanghis s’ornent d’un collier massif de ce même métal, qu’ils appellent « moloua », pesant de quinze à vingt livres, et dépassant même ce poids. Il n’est pas rare de voir une femme s’allonger à terre, pour se soulager du fardeau qu’est son collier : fréquemment d’ailleurs le frottement de pareilles masses provoquent sur les épaules des blessures qui deviennent ulcéreuses et se couvrent de mouches ; mais ces ornements de métal augmentent considérablement la valeur d’une femme.
JEUNE FILLE DE LUKOLELA, PORTEUSE DE BOIS Statuette en bronze par l’auteur.
DE L’AFRIQUE CENTRALE
Je m’enquis une fois auprès d’un chef indigène, à Bapoto, de la raison pour laquelle les femmes ne portaient pas de costume dans son district. Sa réponse en dialecte, est difficile à rendre, mais elle avait ce sens :
— Si l’on cache quelque chose, ceux qui sont curieux le deviennent davantage.
Le fait de s’oindre le corps avec une préparation d’huile de palme et de poudre de cam, qui colore la peau en rouge, paraît une très ancienne coutume. Cet enduit protège, jusqu’à un certain point, contre les refroidissements.. En temps de guerre , les hommes dans les tribus du haut Congo noircissent leur visage et leur cou avec de l’huile de palme et du charbon de bois en poudre qui les fait ressembler ainsi à une espèce de singe, le soko. Ils expliquent que par ce moyen ils obtiennent « une finesse de singe ».
Le comble de l’élégance est de porter une bande de cotonnade européenne, si sale soit-elle, au lieu de ces ceintures d’herbe si merveilleusement tressées. Chez les tribus riveraines, les hommes se coiffent de chapeaux ronds ou coniques, faits de peau de singe ou de léopard, et l’on trouve aussi cette mode chez les peuplades de l’Arouimi. Les indigènes qui résident sur les rives du Congo, à l’embouchure du Lomani, entre Stanley-Falls et l’Arouimi, barbouillent leurs cheveux, leur front et leur gorge avec une sorte de substance gluante composée d’huile de palme et de poudre de charbon de bois, et ils s’insèrent dans la lèvre supérieure une pièce d’ivoire d’un pouce de diamètre.