LES MARCHÉS
Dans le Congo, les indigènes se montrent très sévères pour l’observation des règlements qui régissent leurs marchés. Toute infraction expose le coupable à la peine de mort. En ces occasions, le contrevenant est enterré jusqu’au cou au milieu de la place, et on lui écrase le crâne avec une lourde pierre; ou bien on le frappe à mort avec des matraques et son cadavre est ensuite attaché à un poteau érigé sur le bord d’un chemin.
Comme en Irlande, que les indigènes aient ou non affaire au marché, ils se font un devoir de s’y rendre, car leur instinct commerçant est très développé. S’ils n’ont rien à acheter ou à vendre, ils prennent plaisir à être spectateurs.
Ils sont fort bruyants et se chamaillent à tout propos. Tout le monde crie à la fois et personne n’écoute. Ils perdent des heures en d’absurdes querelles où chacun donne des explications que nul n’entend.
La semaine des Bakongo est de quatre jours qui se dénomment : N’kandou, N’konsou, N’kenghé, N’sona.
A chacun de ces jours, un marché à vivres se tient dans un district différent. Les noms des villages sont
accolés à celui de leur jour de marché, et un indigène dira : N’kandou Loutété, ou N’kenghé Lemba.
En me promenant un jour dans un marché, mon attention fut attirée par une femme affublée de toutes ses richesses. Elle était couverte de poudre de cam et portait au cou et aux chevilles des cercles massifs de fer. Un indigène m’informa qu’elle était à vendre.
— A combien estimes-tu le collier? demandai-je.
— A trois cents mitakos, répliqua-t-il.
— Et les cercles des jambes?
— Ils valent cent mitakos chacun.
— Et la femme elle-même?
— Trois cents mitakos.