‹ Chez les Cannibales de l'Afrique CentraleChapitre 55 sur 59 · FABLES ET PROVERBES · texte numérisé non relu

FABLES ET PROVERBES

La connaissance des proverbes permet de pénétrer plus intimement dans la vie domestique des peuples, et je m’efforçai, pendant mon séjour au Congo, d’en recueillir le plus possible. Mais ils sont peu nombreux. Je n’ai pu en découvrir un seul chez les peuplades de la région supérieure, et dans les tribus du bas Congo, j’ai réussi à rassembler seulement les quelques maximes qui suivent :

« Tout est agréable à la jeunesse. »

« S’il vous faut dormir à trois dans un même lit, dormez au milieu. » (Les lits sont faits de tiges de bambous. Ils ont généralement quatre pieds de long sur trois pieds de large et sont maintenus à six pouces u-dessus du sol par de petits chevalets.)

« Ma mère est furieuse après moi, mais que m’importe! Nous ne mangeons pas dans le même plat. » (Allusion à l’habitude qu’ont les hommes et les femmes de prendre leurs repas séparément.)

« Disou kounsi loukaya, un œil sous une feuille. » (Allusion à l’hypocrisie.)

« Kiesi vana n’dabou, rire sur la paupière » Allusion au manque de sincérité.)

Pour désigner le dernier, on dit : « la mère du der-

COLLIER ET BRACELET D E DENTS HUMAINE Collection de l’auteur.

nier, » et quand il est question de rêves, l'indigène emploie une expression qui signifie « pays des songes ».

Les diverses tribus du Congo connaissent une version de la fable de la poule aux œufs d’or. « Quatre imbéciles avaient une poule qui, au lieu d’œufs, pondait des perles de verre bleu. Une querelle s’éleva au sujet de la propriété de la poule, qui fut finalement tuée et divisée en quatre parts égales ; chaque imbécile en eut une, mais la source de leur bonne fortune fut tarie. » Les perles de verre bleu, introduites probablement par les Portugais ont été, depuis le dix-septième siècle, la principale monnaie d’échange avec les tribus de la côte.

Les indigènes Banbanghi et les tribus voisines du haut Congo m’ont relaté une fable sur l’origine des singes. Une tribu vivant sur les bords du Congo, près de Bololo, se trouvait irrémédiablement endettée envers ses voisines. Afin d’échapper aux persécutions de leurs impitoyables créanciers, les membres de cette tribu se réfugièrent dans la grande forêt. Le temps passa, mais ils restaient pauvres, et ils dégénérèrent à ce mode d’existence. Des poils leur poussèrent sur le corps! ils renoncèrent au langage pour ne pas être reconnus, et depuis lors ils sont restés dans la forêt où ils sont connus sous le nom de « Bakéoua », hommessinges.

Un Babanghi à qui l’on demandait si sa tribu mangeait les chimpanzés, répliqua :

— Non! Nous ne sommes pas comme ces gens de là-

bas, et il tendit le bras dans la direction de l’intérieur, nous ne sommes pas cannibales!

Aux premiers temps de l’exploration du Congo (1878-79), les indigènes de la région inférieure racontaient une fable relative aux habitants du centre du continent. « Très loin, à l’intérieur, à une distance de bien des lunes, habite une tribu d’hommes très petits. Leur tête est si grosse et si pesante que lorsqu’ils tombent à terre ils ne peuvent se relever d’euxmêmes. » En tenant compte, pour ce dernier détail, de l’exagération africaine, il est intéressant de noter que les nègres du bas Congo connaissaient l’existence de la race des Pygmées, malgré l’énorme distance qui les sépare, malgré le manque absolu, à cette époque, de communications avec les tribus intermédiaires, et malgré aussi le farouche isolement des Pygmées qui vivent cachés au cœur de la grande forêt.

Les indigènes du haut Congo ont rarement plus d’un nom, et ce nom n’a aucun rapport avec la descendance, la parenté ou la tribu.

Ceux du bas Congo sont fréquemment dotés de six noms : le nom du clan, le nom de famille, le nom chrétien, le nom indigène, le nom foua-kongo et le nom kitoko, ou sobriquet dont les jeunes gens sont baptisés par les jeunes filles du village.

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