‹ Chez les Hova (au pays rouge)Chapitre 2 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Race inférieure! — La genèse d'une étude. — Ceux qui ont écrit SUR Madagascar: bibliographie française, bibliographie anglaise; supériorité de cette dernière. — Le but de l'auteur.

Quand j'arrivai dans la grande Ile, j'avais une opinion toute faite sur les êtres de race inférieure, et cette opinion ne différait pas sensiblement de celle que professent nos fournisseurs habituels de gloire coloniale, messieurs les ofliciers de l'infanterie de Marine.

Race inférieure!... En ce vocable j'englobais sans distinction tous les mortels qui n'ont pas le privilège d'appartenir à la descendance de Japhet. Or,qu'étaient-ce que ces Houves' chez qui j'allais"? Des hommes de couleur, m'avait-on dit..., des émigrés de Malaisie..., famille polynésienne, comme les ^Maoris

1 Pour la plupart des mots malgaches qui figureront dans ce livre, je crois devoir employer l'orthographe phonétique de préférence à l'orthographe littérale. C'est ainsi que nous écrirons Ranavalna pour Ranavalona (si improprement appelée Ranavalo). Imerne pour Imerina, et Iloiive pour Hova, dans le but d'initier les lecteurs aux lois générales de la prononciation d'une langue en apparence assez raboteuse, en réalité très douce et très musicale. Au surplus, Madagascar étant devenu colonie française, il convient que tous les Français sarhent au moins comment se prononcent les noms des pays et des peuples que nous nous sommes annexés. 11 ne nous est plus permis aujourd'hui de dire Hova ou Imerina, — encore moins Emyrne, qui n'est pas un mot malgache et qui est vraisemblablement d'invention anglaise.

OU les Canaques... Aussi me proposais-je de réduire lesHouves à la portion congrue lorsque j'aurais à parler de cette « peuplade ». Je n'eusse pas voulu faire tort d'une ligne aux autres tribus de l'Ile, et surtout aux Sakalaves, depuis que j'avais lu l'article d'un journaliste parisien nous conseillant de chercher le point d'appui de notre influence non chez les habitants du plateau Central, mais chez ceux de la côte Ouest !

Mon opinion et mon plan se modifièrent bientôt. Au bout de quelques mois de séjour enlmerne,ma curiosité s'était tournée vers les vaincus : je ne tardai pas à m'apercevoir que, dans la grande Ile aux trois quarts inexplorée, ce qu'il y avait encore de moins connu, c'était le Houve. Je résolus de « prospecter » à fond sur ce terrain psychologique, si décrié par rignorance des unr, paj' l'aveuglement volontaire des autres.

Placé dans de meilleures conditions d'observation qu'un touriste qui passe, n'avais-je pas, en effet, mieux à faire que de noter mes sensations personnelles au hasard de mes flâneries? L'intéressante enquête qui s'offrait à moi pouvait avoir son côté pratique. Je fis ce rêve peut-être ambitieux : écrire utilement. Les résultats de mes prospections ne devaient pas enrichir le marché des valeurs ; du moins pourraient-elles servir à éclairer d'avance, sur des indigènes dont le gouvernement peut leur être confié tout à coup, les fonctionnaires qu'on transplante d'une colonie dans l'autre avec une aisance déplorable, au moment où ils commencent à connaître un peu celle qu'ils administraient. Si j'ai été trop prétentieux, il me restera toujours la satisfaction d'avoir répondu au goût de mes contemporains pour le curieux et l'inédit.

Je crus d'abord que j'irais assez vite en besogne, ayant affaire à un peuple qui aime à parler. Mais je sentis bientôt que je m'égarais dans le dédale de son verbe où il ne perd jamais, lui, le fil de sa prudence. Et j'eus une période de découragement, d'irritation, devant mon impuissance à obtenir de sin-

cères ouvertures de cœur. Le chemin est scabreux qui conduit de Tàme de l'Européen à celle du Houve, surtout lorsque l'Européen qui sollicite des confidences est un de ces Français dont la seule présence en Imerne perpétue l'affront infligé à l'espèce la plus pétrie d'amour-propre qui soit au monde...

Puis, soudain, il se produisit dans la colonie un profond bouleversement. En quelques jours tout changea de face : l'annexion, avec ses conséquences les plus étendues, se substituait aux ambiguïtés d'un système mal défini, toutefois meilleur ; la nationalité des Houves était biffée d'un trait de plume et remplacée par une autre ; leur statut social, leurs coutumes, leurs traditions (qu'on avait tant, dans le principe, recommandé de respecter) tombaient comme des pans de mur sous les coups de pioche rapides et multipliés d'un maître démolisseur; la terreur courbait tous les dos, cousait toutes les bouches ; il n'y avait plus de Houves à Tananarive, mais seulement des fantômes de Houves, muets comme de vrais fantômes. Même quand on les fusillait, il semblait qu'on tuât des spectres. Oh! cette fois la tâche que j'avais entreprise me parut barrée.

Je me trompais encore, et je pense aujourd'hui être parvenu à une connaissance suffisante du Houve, précisément à la faveur de la francisation factice qui lui a été imposée par ordre, à la militaire ! Tel un verre d'éclipsé, cet expédient a produit, pour qui sait voir, les plus singuliers effets de transparence.

Si je n'ai pas mangé le riz sur la natte avec les Antankares, les Betsimisars, les Antaimours, les Antandroys, les Tanalas, les Barabés, ni même avec ces dia^nes ivrognes de Sakalaves recommandés par mon journaliste à l'époque où nous n'avions pas encore déterminé leur hostilité armée, j'ai tout de même réuni assez de documents pour être assuré que les diverses races habitant la périphérie de l'Ile — Maures dégénérés ou simples variétés du nègre d'Afrique — sont incapables de tout

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concert intellectuel avec les Européens. Les Anglais, qui ont le coup d'œil sûr, ne s'y trompèrent pas quand ils eurent à discerner la seule population de Madagascar susceptible de devenir le truchement de leur esprit et l'auxiliaire de leurs desseins. Ils comprirent vite le Houve, surent s'en faire estimer et se gardèrent bien de traiter comme quantité méprisable ce remarquable bipède à côté duquel tant de mes compatriotes ont passé sans pour ainsi dire le voir.

Antérieurement à notre conquête, Mayeur fut peut-être le seul Français qui ait rendu justice aux hôtes du plateau Central. Qu'est-ce que Mayeur? C'est l'interprète que Benyowski envoya jadis à Tananarive pour se mettre en relation avec les Houves. Il y fît deux voyages, l'un en 1777, l'autre en 1785.

Ce Mayeur a l'accent d'un témoin sincère et digne de créance. Il observe froidement, dégagé de tout parti pris. Le pays d'Imerne lui semble très laid : « Le sol de tout ce plateau est ingrat, les arbres y manquent totalement, et les habitants peuvent y satisfaire à peine aux premiers besoins de la vie, car il n'y a ni bois pour bâtir, ni bois pour se chauffer et cuire les aliments... il ny a d'autres arbres que ceux qui ont été plantés çà et là par les indigènes... » Cela est écrit en 1777. Allez donc soutenir après un pareil témoignage que l'Imerne a été récemment déboisée par la main de Ihomme, sous prétexte que les vieilles maisons ont des poutres magnifiques ' ! Mayeur trouve les indigènes hypocrites, avares et voleurs, mais il est stupéfait de teiir intelligence. « Les Européens qui fré(|uentent les côtes de Madagascar auront de la peine à croire qu'au centre de l'Ile, à trente lieues de la mer, dans un pays jusqu'à présent inconnu qu'entourent des peuplades brutes et sauvages, il y a plus de lumières, plus d'industrie, une police plus active que

' J'emprunte cette judicieuse réflexion à un article publié à Madagascar par M. G.iutiiier, directeur de l'Enseignement.

sur les côtes. » Que dirait aujourd'hui Mayeur, s'il voyait ce que sont devenus les Houves au contact des Anglais, leurs premiers éducateurs européens ?

Depuis Mayeur, plusieurs Français — dans le nombre, des hommes d'élite, tel Laborde — sont venus en Imerne, y ont séjourné, et l'on peut croire que ceux-là durent acquérir la parfaite science du Houve, si nous en jugeons par les miracles de diplomatie et d'industrie qu'ils accomplirent sur sa terre, au milieu de circonstances particulièrement difficiles ! D'autres aussi, qui me semblent doués d'une vive pénétration, se sont trouvés ou se trouvent encore à Madagascar; mais, comme les premiers, ils ont leurs raisons pour ne pas écrire. Et voilà pourquoi jusqu'à cette heure, du moins pour le public qui ne sait lire qu'en français, les Houves sont restés un peuple inconnu, — ou plutôt méconnu.

Parmi ceux qui en ont écrit, la plupart ont travaillé de chic ; chez les autres on sent la hâte, l'habitude paresseuse d'emboîter le pas à des opinions toutes faites. En somme, notre bibliothèque madécasse (à part le récit de Mayeur, qui est resté manuscrit et que l'on conserve au Brilish Muséum) ne renferme rien de sérieux au sujet de ces Houves qui constituent la plus attrayante curiosité de l'Ile. La plus cachée aussi. Mais tout le monde n'a pas l'observation prompte et sûre de Mayeur, écrivain non édité.

Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède que les ouvrages de langue française nous aient beaucoup mieux renseignés à d'autres points de vue sur le pays d'imerne, non plus que sur le reste de Madagascar. A la vérité ils forment une bibliothèque immense, dont M. Grandidier a donné la nomenclature; mais leur nombre seul est imposant. Très peu se détachent en vif relief sur l'insignifiance de la masse. Tel le livre de Fiacourt, le premier en date et peut-être par le mérite. C'est la source classique où, juscpi'à ces dernières années, quiconque

écrivait sur Madagascar allait se documenter. Tout ce qu'ils n'avaient pu vérifier par eux-mêmes, les plus consciencieux l'empruntaient bravement à Flacourt, et c'est ainsi que s'immobilisa l'opinion au sujet de la grande Ile.

Tels les Voyages et Mémoires de Benyowski, cet aventurier polonais qui eût, dès le xviii* siècle, fait de Madagascar une colonie française à meilleur compte qu'aujourd'hui sans la sotte jalousie de je ne sais plus quel fonctionnaire, gouverneur de Bourbon. — Tel le livre de Guilain sur la côte nord-ouest, indispensable pour la connaissance de l'histoire sakalave. — Telle la vaste entreprise de M. Grandidier, trop vaste pour pouvoir être conduite à bonne fin par celui qui l'a commencée. Ce monument de science et de patience n'en est qu'à ses premières assises. Après de nombreux volumes, l'auteur n'a pas encore épuisé l'histoire naturelle de Madagascar, placée en tête de son programme.

Le rapport de M. d'Anlhoûard, œuvre récente, mérite d'être consulté On peut négliger le reste, et il faut notamment se méfier des livres qui ont été écrits par les chargés de mission officielle. 11 arrive trop souvent que le chargé de mission se laisse, de la meilleure foi du monde, influencer par la thèse politique ou économique qu'il s'est engagé à soutenir.

Mais la bibliographie anglaise de Madagascar est aussi riche que la française est indigente. Cela surprendra-t-il quelqu'un? La publication du capitaine Oliver, commencée en 1886 et tenue au courant des explorations nouvelles, est une mine de renseignements fournis par des voyageurs qui ont le souci de documenter exactement leurs compatriotes. Quant au recueil périodique Antananarivo ^Innua/, dirigé parles missions anglaises, on pourrait l'appeler le Larousse de Madagascar. Malheureusement ces ouvrages, où l'Anglais désireux de venir tenter une entreprise dans la grande Ile trouve tout ce qu'il est nécessaire de savoir, ne sont pas traduits.

En existe-t-il seulement dix exemplaires en France ? Je ne le crois pas.

Les Anglais ont une façon de Flacourt en la personne de Robert Drury, contemporain du premier explorateur de Madagascar. A s'en rapporter à l'ouvrage même, qui est une autobiographie extrêmement intéressante, Robert Drury, naufragé, « réduit eu esclavage, » eut d'étonnantes aventures et fil force pérégrinations dans le Sud-Ouest du pays malgache. Mais il y a tout sujet de croire que ce hardi « voyageur » s'est dit captif pour donner le change sur sa vraie qualité. Robert Drury fut, vraisemblablement, l'un des nombreux pirates qui rôdaient alors autour de Madagascar. Son insistance à s'appeler prisonnier des sauvages nous le rend suspect ; la liberté de mouvements qu'il lui a fallu pour exécuter sa merveilleuse odyssée achève de le découvrir. On a contesté l'authenticité de ce livre : il a pourtant l'accent de quelque chose de vécu. En tout cas, son attribution à Daniel de Foë, insinuée par certains biographes, est une hypothèse insoutenable.

.Je n'ai cité Robert Drury qu'à titre de curiosité. En somme, la publication des missions anglaises reste l'œuvre maîtresse de la bibliographie madécasse, par la sûreté de ses documents et par sa portée encyclopédique. Elle présente néanmoins une lacune. iNIème là, même dans ce recueil de savantes études, je ne rencontre pas ce que j'y aurais voulu trouver : une enquête morale sur les Houves, approfondie, sincère, libre, dégagée de tout parti pris de race, de morale et de religion. Cela s'explique trop. Comment demander à des gens qui ont d'abord pour but la propagande religieuse cette complète indépendance d'esprit sans laquelle on ne saurait expliquer équitablement les mœurs et les idées d'un peuple qui s'est développé à rebours des lois du christianisme ?

A chaque pas, dans les écrits français qui traitent des Houves,

VOUS rencontrez : « Apparence de civilisation... Faux civilisés. » Ces mots, que j'ai moi-même prononcés, sont justes quand ils définissent les rapides emprunts, souvent grotesques, que les Houves font à nos costumes, à nos ameublements, à notre cérémonial.

Mais ces mêmes mots deviennent puérils, sinon absurdes, quand ils ont la prétention d'affirmer 1' « incontestable » supériorité de notre façon de comprendre et de pratiquer la vie. Aujourd'hui, cette supériorité ne m'est pas absolument démontrée. Ceux-là qui ont quelque peu voyagé seront peutêtre de mon sentiment.

Je déclare que, jusqu'à ce jour, nous avons jugé le Houve très superficiellement, avec nos habitudes de raillerie pour les mœurs, les coutumes et les idées qui diffèrent trop des nôtres. Or, c'est précisément cette différence radicale, absolue, non seulement entre eux et nous, mais encore entre eux et les autres Orientaux, qu'il importait d'étudier de près, du moment qu'elle n'avait pas empêché la progression inouïe de ce peuple et son accession'si prompte au rang de société organisée.

La grande majorité du public français ne sait encore guère les choses de Madagascar qu'à travers des « correspondances » passionnées ou des versions officielles, double source d'erreurs. On lira donc avec fruit ces notes d'un témoin désintéressé, résolu à pousser la bonne foi jusqu'à écrire des vérités déplaisantes pour notre amour-propre, moins vif que celui des Houves, mais plus à fieur de peau.

Je voudrais faire connaître enfin ces indigènes, uniques sur la planète, à la vie desquels je fus longtemps mêlé d'une façon intime et quotidienne. J'en ai régenté un certain nombre, j'en ai oL'lenu des merveilles de travail et de docilité sans avoir eu à recourir à de grandes rigueurs, et ils m'ont quitté avec des larmes de reconnaissance. Avant tout, je veux affirmer que nous nous trouvons, en Imerne, devant un peuple, non pas gangrené comme on l'a dit, mais, au contraire, d'une vitalité

très forte, en même temps d"uneintelligencetroublante et d'une souplesse incomparable ; que seuls ils peuvent devenir les collaborateurs nécessaires de cette nouvelle entreprise coloniale ; qu'il ne suffît donc pas de les avoir vaincus, humiliés, terrorisés, mais qu'il faut se hâter d'en faire la conquête morale, si nous voulons rester utilement dans leur pays, c'est-à-dire nous épargner des abus financiers et des extravagances administratives, auprès desquels, si cela continue, l'histoire de l'Algérie ne sera qu'un jeu d'enfants.

Un gouvernement bourgeois.

I. Les sujets libres : Les Castes. — Singulier privilège de l.v reine DE Madagascar. — Une visite a Rainilaiarivoune. — Trianon malgache. — Les adieux d'une « guenon » et d'un d vieux singe ».

II. L'Esclavage : Caractère tutélaire de l'esclavage a Madagascar. — Enviable condition de certains serfs. — Reflet de la maison antique. — Pronostics d'avenir. — Comment l'abolition de l'esclavage FUTDÉCRÉTÉE, ANNULÉE, puis REMISE EN VIGUEUR. — L' « HABILETÉ » DU GÉNÉRAL GaLLIÉNI. — Un MAGISTRAT HONNÊTE. — M. LaROCHE.

IIL Après trente mois d'occupation : Instructions ministérielles. — Programme déchiré. — Une société détruite.

Pour aider à rintelligence des diverses parties de notre étude, il importe de donner d'abord un bref aperçu des catégorisations sociales sous la loi desquelles vivaient les sujets de la reine de Madagascar.

Aujourd'hui, nous pouvons désigner par le nom général de Houves tous les naturels de l'Imerne ; mais, naguère, cette appellation était impropre. Ranavalna avait trois ordres de sujets : les nobles [andriana], \eshonvgeois [hova], les esclaves [andevo)^ — chaque ordre se divisant en castes.

La véritable signification du mot houve [hova) est donc « bourgeois ». Le plus illustre bourgeois de Madagascar se nommait Rainilaiarivoune. Dans le gouvernement fondé par lui, et par lui conservé durant plus de trente ans sous trois reines

dont il fut l'époux, il n'avait accepté que des bourgeois pour collaborateurs.

Ne croirait-on pas voir — me disait un de mes compagnons de voyage — la caricature des choses qui se passaient chez nous sous la monarchie de Juillet ?

C omme Louis-Philippe, Ranavalna — arrière-petite-fille d'une sœur d'Andrianampouinimerne nommée Rahétv — était issue de la branche cadette. Comme Louis-Philippe, elle régnait et ne gouvernait pas. Quand elle sortait, elle se distinguait par son parasol, comme Louis-Philippe par son parapluie. L'un et l'autre auront été les créatures du parti bourgeois. Les bourgeois au pouvoir en Imerne ont fait des lois contre les andrianes, comme, en France, les Thiers et les Guizot firent des lois contre la noblesse. Bien que salués respectueusement par leurs spoliateurs, les andrianes à INIadagascar, les nobles chez nous, se confinaient dans leurs terres, s'abstenant autant que possible de paraître à la ville. Ils avaient jugé plus digne de ne rien faire que de lutter contre une royauté usurpée, régentée par des « libéraux » : ils ont « boudé ». Rainilaiarivoune, qui avait amassé beaucoup d'argent et qui aimait le faste, rêva pour sa famille les plus nobles alliances ; mais il eût voulu que ses brus et ses gendres fussent tout à fait dans sa main : brus et gendres se dérobèrent à temps ; c'est ce qui l'empêcha de jouer jusqu'au bout le rôle de M. Poirier. Protestant comme Guizot, il a eu le sort de celui-ci, et l'Algérie fut sa Belgique.

L'humoriste de qui je tiens ce parallèle était plus sérieux quand il me faisait remarquer l'analogie complète de plusieurs institutions malgaches — par exemple le servage agricole et la qualité terrienne des andrianes — avec l'ancien régime en France. A Madagascar, pas de seigneur sans terre. Les gouverneurs vivaient de leurs fonctions: les impôts étaient perçus en grande partie à leur profit, seulement ils achetaient leurs charges et faisaient des présents à la couronne. L'esclavage

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domestique constituait une exception dans ce rapprochement : sous notre ancien régime il n'existait qu'aux colonies. Pour retrouver cette institution sociale telle qu'elle fonctionnait de droit et fonctionne encore de fait à Madagascar, il faut remonter à l'antiquité.

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