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cuit. Vous partez pour une demi-journée et vous reviendrez peut-être dans une semaine. Il doit y avoir dans l'air un microbe modérateur, un gaz refroidissant, car les étrangers les plus réfractaires se mettent vite au diapason et finissent par être encore moins pressés que les indigènes. C'était mon état d'âme quand il fallut quitter les îles pour de bon.
Lorsque les Madelinots veulent parler d'un homme de grande taille ils disent volontiers que c'est un homme haut ! Un gros homme est un homme puissant ! Et cela rappelle invinciblement la médiévale formule : « le haut et puissant seigneur X », qui a peut-être origine au sens physique. Si vous soignez beaucoup votre langage, vous parlez à la grandeur, et si vous avez peine à vous faire au régime de vie du pays, on vous dira aimablement que vous vous y habituerez par les petits (peu à peu). Les liaisons ici, sont toujours considérées comme dangereuses, car on les évite soigneusement ; on dit par exemple : les jeun^ hommes. Les auxiliaires «avoir» et (( être )) sont aussi constamment interchangés, généralement au détriment du verbe substantif. Les f avions et les fêtions sont particuliers à certains groupements assez restreints. Écoutez ce brave matelot raconter comment on prend les goélands rapaces à l'hameçon :
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— On étend sur la prée une ligne à morue boettée avec des têtes de hareng. Les goélands y veniont, y mordiont, et y s'preniont !
Beaucoup plus générale est la belle désinvolture avec laquelle les Madelinots traitent la vieille règle grammaticale du pluriel des noms en al. Vous vous rappelez, ami lecteur, des exceptions apprises à la petite école ? . . . Les gens d'ici ont, depuis des siècles, réformé cette fantaisie et presque tout le monde dit sans sourciller : des chevals et des canals. Observons en passant que lorsque les Madelinots vous proposent de vous conduire quelque part à cheval, ils veulent dire en voiture, et que les canals dont ils parlent, sont les fossés ou les rigoles de la prée.
Peut-être fera-t-on difficulté à me croire, mais j'affirme néanmoins que le vocabulaire des Madelinots, en tant qu'il se restreint aux objets concrets qui les entourent, est très riche comparativement à celui de nos habitants. A l'encontre de ces derniers, nos insulaires ont par exemple des noms vulgaires pour beaucoup de plantes sauvages. En certains cas, ces désignations sont exactement à l'inverse de celles usitées dans le Québec. Comme les Bourguignons et les Francs-Comtois d'aujourd'hui et d'autrefois, les Madelinots ne connaissent que sous le nom de vernes les aulnes dont ils se servent pour teindre leurs étoffes, d'où le nom de la Vernière, hameau de l'île de
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rÉtang-du-Nord. Les vernes croissent par houillées (groupes, touffes) dans les ravins et sur les coteaux. L'on dit aussi d'une manière analogue, une houillée de bois, une bouillée de framboisiers, une bouillée de bluets. Le genévrier de Sibérie s'appelle ici le genève, le genévrier horizontal est le sévigné, les fruits de la camarine sont des goules noires. La zostère marine — mousse de mer, herbe-à-Bernache sur le bas Saint-Laurent — devient ici Varbe-outarde, la petite oseille des champs sablonneux passe sous le nom de vignette, et l'orge saline a reçu le joli nom de finette. Les petites airelles alpines connues le long du bas Saint-Laurent sous le nom de pommes de terre deviennent ici des berris, corruption évidente de l'anglais berry. Par contre la gaulthérie, le petit thé des bois des continentaux, se nomme là-bas pomme de terre. Suivant leur espèce, nos canneberges ou atocas sont des graines ou pommes de pré, et des môcôques. Je pourrais allonger la liste indéfiniment, mais, pour ne pas donner davantage dans le catalogue, je m'arrête.
Je viens de parler des curiosités grammaticales du dialecte madelinot. Si l'on veut absolument enfourcher le dada de la pureté de la langue — de la pureté dernier cri, s'entend — ces défauts sont sans doute sérieux, mais pour être quelquefois autres, ils ne sont pas plus graves que ceux qui distinguent le parler des Canadiens-Français.
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Cette réserve faite, ne faut-il pas admirer à cœur joie, comme des reliques fragiles, ces délicieux archaïsmes,
. . . handed down from mother io child through long générations ! ( Longfelloiv )
ces vieux mots qui, bien morts ailleurs, continuent d'informer là-bas tant de belles choses anciennes et de beautés morales révolues ! Je plains les odieux vandales, en redingote ou en habit, qui voudraient ravir aux Madelinots leurs vieux mots d'Acadie, qui ne comprennent pas que ces mots-là tiennent à l'intime de l'âme comme l'écorce au tronc, et que, s'ils arrivaient à détruire ce par quoi ces âmes tiennent si fortement au passé, c'en serait fini du doux parler de France le long des côtes de l'Atlantique. Si — ce qu'à Dieu ne plaise ! — les Acadiens abandonnent un jour complètement leur dialecte, je crains bien qu'ils ne parlent plus alors que l'anglais et soient perdus pour nous ! Je plains aussi, et plus encore, les Madelinots — s'il y en a — qui ont honte de leur admirable parlure et qui voudraient nous empêcher d'entendre ces lointains échos d'un grand siècle de gloire, passé sans retour !
Les îles de la Madeleine ont été en grande partie peuplées par cinq familles venues de l'îledu-Prince-Edouard lors de la deuxième disper-
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sion, vers 1763. D'après la tradition orale, ces cinq malheureuses familles étaient celles de Louis Thériault, de Sylvère d'Ithurbide, de Pierre- Marie Loyseau, d'Isaac Arsenault et d'un Poirier dont on paraît ignorer le prénom. Les proscrits s'établirent d'abord sur la Grosse-Isle, la moins étendue du groupe. Le croira-t-on ? A peine étaient-ils débarqués sur ce rocher, mangeant le pain de la misère, que, comme le vautour suit la trace du sang, l'Anglais commença à arriver à son tour sur l'îlot. Habitués désormais aux humiliantes et navrantes migrations, les Acadiens quittèrent encore une fois leurs champs à peine ensemencés et leurs petites maisons de bois rond pour aller chercher sur une autre île — le Havre-aux-Maisons — le droit de ne pas entendre à toute heure la langue de leurs bourreaux. En un naïf langage qui fleure la mer et le cordage, le vieux Vital Chevari m'a narré la chose, qu'il tient de son grand-père :
— C'est sur la Grosse-Isle que les Français s'étaient mis après le Grand Dérangement. Mais les Anglais sont arrivés presque tout de suite ! . . . Y s^metiaient ! Y s'mettaient ! Alors les Français qui savaient ce qu'était arrivé sur l'Île-Saint-Jean, ont bien vu qu'ils seraient obligés de larguer, et au bout d'un an, ils ont levé ! . . ,
Avec le temps, d'autres épaves du grand naufrage d'Acadie se sont échouées sur les îles.
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Des familles réfugiées à Miquelon, rejoignirent les autres dans l'archipel. Presque tous les ans des terre-neuvas, mousses ou matelots, fuyant la trique du patron de barque, demandaient asile aux insulaires et se fixaient parmi eux. Les catastrophes maritimes apportèrent aussi divers éléments vite absorbés et fondus dans la petite population. Les Turbide (d'Ithurbide), les Chevari (Etchevarie) et d'autres, sont des Basques ; les Eloquin, les Hubert sont des Français de France. Aujourd'hui, les Madelinots forment une population relativement dense de 7000 à 8000 âmes, tous Acadiens ou acadianisés, sauf les petits groupements anglais de Old Harry, de la Grosse-Isle et de l'île-d'Entrée. Les deux races vivent d'ailleurs en bonne intelligence mais sans se compénétrer ; elles sont également honnêtes et hospitalières. Il serait à souhaiter que partout, au Canada, la question des races fût aussi aisément solutionnée.
L'honnêteté proverbiale des Acadiens,, cette vertu qui faisait écrire à Longfellow :
Neither locks had they to their doors nor hars to their
[windows But their dwellings were open as day and the hearts of
[of the owners»
cette honnêteté dis-je, s'est intégralement conservée ici. Le grand évêque Plessis, ayant, pour
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la première fois, visité les Madelinots vers 1813, écrivait les lignes suivantes :
« Ces heureux colons, qui savent mourir sans médecins, savent aussi vivre sans avocats. Ils n'ont nulle idée de la chicane, non plus que de l'injustice ; si quelquefois il s'élève des contestations entre eux, elles sont aussitôt soumises à un arbitrage et terminées sans retour. Ils ignorent l'usage des clefs et des serrures, et riraient de celui qui fermerait sa maison autrement qu'au loquet, pour s'en éloigner de deux ou trois lieues ; si quelques hardes les incommodent en route, ils les laissent tout simplement le long du chemin, assurés de les y trouver à leur retour, n'eût-il lieu que le jour suivant.»
Cette coutume de laisser ainsi un vêtement gênant au bord de la route existe encore après un siècle de progrès ! Je l'ai vu pratiquer sous mes yeux. J'ai vu aussi dans la sacristie de la Grande- Entrée où aucun prêtre n'avait pénétré depuis quatre mois, la porte simplement fermée au loquet, et sur la table, bien en vue, les vases sacrés laissés à la garde soUde du septième commandement de Dieu !
Les marchands des îles de la Madeleine avancent aux pêcheurs, l'hiver, les diverses choses dont ils ont besoin. Il est inouï que l'un d'eux ait manqué à payer ses dettes. Si cepen-
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dant, la pêche ne donne pas, le débiteur est parfois dans l'impossibilité de s'acquitter cette annéelà, et comme le pêcheur est absolument dénué de nervosité, il ne s'en inquiète pas autrement ; la mer qui le nourrit paiera tôt ou tard le créancier. C'est là tout le danger du commerce local et c'est tout ce qu'on peut reprocher aux Madelinots, les plus honnêtes des hommes.
Formulée dans les vieux mots du parler ancestral, la foi catholique est restée vivace au cœur des insulaires. Nous savons par monseigneur Plessis qu'une partie des premières familles fixées aux îles les abandonnèrent pour se rapprocher des lieux où il y avait des prêtres, mais qu'elles y revinrent, attirées par le séjour d'un missionnaire venu de France, M. le Roux. Celuici les quitta après quelques années, et les fidèles Acadiens auraient à leur tour déserté leurs îles si, peu d'années après le départ du missionnaire français, ils n'avaient été visités par un prêtre irlandais du nom de William Phelan, puis par un intrus dont ils se servirent sans le connaître. Enfin, en 1793, ils eurent un pasteur fixe, le père Jean-Baptiste Allain, prêtre vénérable qui, à l'époque de la Révolution, et pour ne pas prêter un serment auquel sa coDScience répugnait, quitta Miquelon avec une partie des résidents Acadiens, pour s'établir dans l'archipel. Après 1812, les abbés Beaubien, Lejantel et Champion continué-
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rent l'œuvre du père Allain. Depuis ce temps, guidés par des prêtres de leur race, les Madelinots n'ont pas cessé d'être dignes de leurs ancêtres, les martyrs de Grand-Pré. Cinq clochers blancs, au flanc des collines vertes, regardent moutonner le Golfe, appellent à la prière, et parlent d'espérance et d'immortalité à ces gens toujours sur l'océan marâtre, et qu'une faible planche sépare seule de l'abîme et de la mort.
Et ils ne parlent pas en vain, les beaux clochers de la Madeleine. Nulle part ailleurs, peutêtre, l'Évangile n'est autant vécu au pied de la lettre. C'est que le livre divin, écrit beaucoup par des pêcheurs, s'adapte à leur vie comme un vêtement fait pour eux. Ici, les vieilles vertus n'ont pas fléchi. On ne fait pas au prochain ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fît. On s'aime comme les fils d'un même père qui est aux cieux. On regarde les oiseaux du ciel et les fleurs des champs, et l'on ne s'inquiète pas de ce que demain apportera. Le matin, ayant élevé son âme dans la prière, l'on dit en mettant son suroît : « Allons pêcher ! » . . . Et quand la mer, prise d'un frémissement soudain, se cabre et hurle, quand la vague se fait bélier pour démohr la frêle embarcation, on regarde la croix, là-bas sur la Butte-Ronde, et l'on dit en son cœur, sans lâcher la barre du gouvernail : « Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons ))!... On honore son père et sa mère, et
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les vieillards voient les enfants de leurs petitsenfants. Enfin, point n'est besoin de bons samaritains, car la charité règne en tous les cœurs.
Si Ton n'entendait parfois — très rarement — quelques jurons anglais dans la bouche des pêcheurs, l'on pourrait dire que le blasphème est totalement inconnu ici.
— Capitaine, demandait devant moi un touriste anglais, au patron d'une goélette amarrée au quai du Cap-aux-]\Ieules, dites-moi donc pourquoi les gens des lies ne sacrent qu'en Anglais ?
— Les gens d'ici, répondit le marin en calant sa casquette, ne savent pas sacrer en français. Ce sont les Anglais qui leur ont appris ces patoislà. Ils n'en savent pas d'autres !
Et de fait, leurs imprécations — puisqu'aussi bien il faut que l'âme humaine crie ses joies et ses douleurs ! — sont extrêmement anodines : batêche, bleudi, gibier au vol, espèce d'andouille, etc.
Les Madelinots sont essentiellement pêcheurs : de hareng ou de homard, de morue ou de maquereau, suivant la saison. Il faut y ajouter la chasse au loup-marin, qui est la première dans l'ordre du temps. Cette chasse — cela s'appeUe aller aux glaces — a lieu entre le 15 mars et le 15 avril. Dès le début du Carême les préparatifs commencent. Plus de dîners, plus de promenades, chacun prépare son canette, ses garcettes, ses
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grappins, ses longues-vues. A partir du 10 mars une surveillance active s'établit. Des hauteurs des Demoiselles, de la Butte-Ronde, du Cap-Nord, du Cap-de-l'Est, des guetteurs fouillent le Golfe dans l'espoir de découvrir les troupeaux de phoques à la dérive sur les glaces. D'un bout à l'autre des îles tout le monde est sur pied. Le téléphone joue sans discontinuer. A la moindre nouvelle on part. Les jours où le vent colle la banquise sur la Dune-du-Nord, on va à la découverte, on s'aventure jusqu'à dix, quinze milles sur les glaces mobiles. On revient bredouille. Deux jours, trois jours se passent. Tout à coup, grande nouvelle, qui se répand comme une traînée de poudre :
— Les loups-marins sont découverts !
—Où?
— A la Pointe-au-Loup ! A la Fomte-du- Ouest ! A la Granc?e-Étang ! . . .
— Qui a découvert les loups-marins ?
— C'est Dori qui les a trouvés à dix milles de l'Hôpital !
La chasse va commencer pour de bon. Depuis longtemps les escouades de huit ou dix hommes sont organisées : l'escouade des David, l'escouade à Grand Jean, etc.
A minuit on se lève. Des étoiles à plein ciel. Y a-t-il de la lumière chez les Turbide ?
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Oui ! C'est le temps ! A une heure on saute dans les traîneaux, et l'on glisse sur la neige des chemins pour être sur les glaces au point du jour. Et de fait, quand le soleil parait, les chasseurs sont déjà à cinq ou six milles sur la banquise que le vent maintient fermement sur la dune. On traîne le canotte qui rert à franchir les mares et qui sera la ressource suprême en cas d'accident ou d'une saute du vent. L'air est vif et les hommes vont vite, blancs de givre, courant presque, s'aidant du long bâton qui est leur seule arme. Dans l'étendue glacée, les escouades se croisent venant des différentes îles. On s'interpelle :
— Les avez-vous trouvés ?
— Non ! rien à la Pointe-dw-Ouest !
On continue son chemin sur la banquise . . . Tiens ! là-bas ! une escouade qui revient . . . Elle est chargée.
— Où sont-ils ?
— A la Pointe-au-Loup.
— Une petite mouvée ?
— Non ! Une grande mouvée ! Allez vous charger !
Bientôt les chasseurs sont au milieu du troupeau, tuant à coups de bâton les pauvres amphibies sans défense. Les phoques sont immédiatement habillés en conservant le lard adhérent aux
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peaux. Celles-ci sont mises les unes sur les autres ; la garcette de cuir, passée dans les moustaches, enlace toutes les peaux pour faire du tout comme un seul et énorme loup-marin. Un homme ramène généralement une charge égale à son propre poids : quatre ou cinq animaux en moyenne. Courbés, traînant leur butin sur la glace, les chasseurs reviennent vers la terre aussi vite qu'ils peuvent, car le soleil baisse, le vent peut changer, et alors ? . . .
Demain on recommencera, et tous les jours, jusqu'à ce que les glaces soient passées et avec elles, la richesse du loup-marin. En certaines années, il se tue dans les quelques jours que dure le passage des troupeaux, jusqu'à 75 000 individus. Si l'on ajoute à cela les massacres inutiles que font impunément, dans les eaux canadiennes, les vapeurs terre-neuviens spécialement armés pour cet objet, on pourra à bon droit s'étonner que l'espèce ne soit pas encore disparue des eaux de l'Atlantique. Les glaces passées, il ne reste plus autour des îles de la Madeleine, que les familles de petits loups-marins de baie, qui passent l'été, s'ébattant près des rivages et formant sur les échoueries de petites bandes folâtres que personne ne songe à molester.
A peine les phoques ont-ils disparu avec les glaces qui les convoyaient que, dans les eaux encore froides, accourent de la haute mer, pour
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entourer les lies, les innombrables milliards de harengs. Ils entrent dans la Baie de Plaisance et jusque dans le Havre-aux-Basques, et c'est alors un founnillement inusité dans les eaux et sur les grèves.
Le hareng se prend à la trappe, à la senne ou au filet. Les trappes sont d'immenses nasses de fine corde, fabriquées à Boston, et qui peuvent capturer jusqu'à 30 000 barils de hareng en une seule saison. Au fond, cette pêche n'est limitée que par la consommation. Une certaine quantité de ce poisson est boucanée, une autre partie sert d'engrais à la terre, mais la principale utilisation est la boette pour les autres pêches : morue, homard, maquereau. C'est aux îles de la Madeleine que les terre-neuvas — les banquiers comme on les appelle assez curieusement ici — viennent s'approvisionner de hareng. Par centaines, leurs petits voiliers jettent l'ancre dans la Baie de Plaisance. Les vastes trappes, toujours tendues, déversent alors une partie de leur contenu dans les barques des Bretons. Cette visite périodique laisse aux îles beaucoup d'argent, ajoute souvent à la population et au vocabulaire.
En petit nombre sont les Madelinots qui se livrent à cette pêche, car elle exige un outillage coûteux — généralement possédé à plusieurs — et, d'autre part, dès le premier de mai, une douzaine de jours avant que le hareng reprenne la
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haute mer, s'ouvre la pêche au homard, plus lucrative et qui absorbe presque toutes les énergies. Le homard se prend au moyen de pièges en bois — de cages — mesurant trois ou quatre pieds de longueur sur un de largeur, immergés en chapelet sur les fonds rocheux. Des hoeilles (bouées) indiquent les mouillages et localisent les picaces, ancres grossières formées de pierres plates liées entre des pièces de bois. Aux îles de la Madeleine, la pêche du homard dure deux mois, et la prime (abondance) a lieu vers le 10 mai ; il se prend durant ce temps des quantités prodigieuses de ces crustacés. Certains pêcheurs, — des Anglais surtout, — qui se livrent exclusivement à cette industrie, capturent jusqu'à 40 000 homards, que les marchands leur achètent au taux modeste de cinq ou six sous la livre ou l'unité — ce qui revient presque au même. La somme réalisée paraît relativement considérable, mais il faut déduire les dépenses assez lourdes occasionnées par les cages, le câble, l'essence, etc.
Les Madelinots qui ne pèchent pas le homard entrent en lice lorsque, vers le 10 mai, arrive dans le voisinage de l'archipel, la morue, le grand bienfait de la mer. On la prend d'abord au moyen de la ligne de fond, et plus tard, vers le 1er juin, à la ligne de main. La boette de la morue est le coque, mollusque bivalve qu'on lève sur les platiers, (fond de sable), à marée basse, et dont la
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récolte est Tune des plus rudes besognes des Madelinots et des Madelinotes. Dans les bonnes années, une barque de deux hommes peut amener jusqu'à 40 000 livres de morue ; une journée de 1200 livres n'est pas rare. Cette pêche se continue pour quelques-uns tout l'été, et dans les belles journées de l'automne, parfois jusqu'à Noël.
Malgré toute l'ardeur avec laquelle les Madelinots se livrent à ces occupations successives, il m'a paru que ce qui les intéresse le plus, est le maquereau, ce beau poisson de mer aux flancs d'azur, que nous connaissons si peu dans le Québec. Dans les derniers jours de mai, alors que l'eau devient plus chaude, arrivent des mers du sud les mouvées de maquereaux. Pressés par l'instinct générateur qui les appelle sur les bancs de Miscou, ils passent aux îles sans s'arrêter. Période fiévreuse durant laquelle tous les hommes sont sur l'eau, jetant et ramenant le filet — ^le maquereau de printemps se tient à la surface et ne mord pas à la ligne ! Au bout de cinq à six jours la manne est passée et vogue vers le nord. Mais vers la fin de juillet le frileux poisson abandonne les côtes du Labrador — sa villégiature d'été — et reparaît dans les eaux de la Madeleine, en route pour ses quartiers d'hiver. Il se tient à cinq ou six brasses de profondeur cette fois, et mord à la ligne. L'appât, une rondelle découpée
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SOUS le ventre du maquereau lui-même, est fixé sur un gros hameçon qui fait corps avec une pesée de deux onces — la bulb. Pour attirer le poisson, on répand à la surface de l'eau un hachis composé de hareng salé et de coques, et aromatisé avec de la mélasse. La pêche du printemps donne souvent 30 quarts par barge, celle de l'été, de 15 à 25. Tous les pêcheurs entrent avec grand enthousiasme dans la pêche au maquereau d'été. Ils partent, dans les derniers jours de juillet, deux ou trois bottes ensemble, pour sonder, c'est-à-dire pour surprendre les avant-coureurs du banc migrateur. Au fort de la pêche, barges et bottes rentrent parfois au mouillage avec cinq ou six cents maquereaux, et la soirée se passe à préparer et à saler toute cette richesse. Commencée aux étoiles, la journée, souvent, finit aux étoiles.
Peut-être le lecteur, modeste pêcheur à la ligne, au ruisseau «derrière chez nous», se figure-t-il, au récit de ces pêches à la Tartarin, que les Madelinots sont immensément riches. La vérité est tout autre. Le poisson ne se vend pas cher sur place, et à la mer comme ailleurs, le capitaliste exploite parfois le prolétaire. Mais surtout, les dépenses, très fortes, entaillent profondément les bénéfices bruts. Et puis, retenons que c'est en trois mois de travail à la mer que le Madelinot doit gagner la vie de sa famille, car la terre
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malgré sa fertilité sera toujours une occupation secondaire, pour les jours de débauche, c'est-à-dire les jours de vent et de grosse mer.
La séculaire indifférence à l'égard de la terre tient sans doute à la passion de la pêche et à l'exiguité des domaines, mais aussi à àes causes historiques.
En effet, les proscrits de la Baie Française et de rîle-Saint-Jean pouvaient se croire à l'abri sur leurs rochers et leurs dunes, lorsque vers 1788, le hasard voulut qu'une frégate anglaise portant à son bord Lord Dorchester, vînt reconnaître l'archipel de la Madeleine. La frégate était commandée par Sir Isaac Coffin. « Ce jourlà, écrit Faucher de Saint-Maurice, le temps était clair, le ciel serein, et un soleil chaud et bienfaisant, enveloppait dans ses effluves les crêtes et les pics empourprés des lies. Toutes les lunettes de la frégate étaient braquées vers ce paradis terrestre, celle de Sir Isaac plus que les autres ; puis, quand elle eut scruté l'horizon et fouillé à l'aise l'archipel qu'on longeait en ce moment, l'officier anglais la déposa gravement sur son banc de quart, et se tournant vers Lord Dorchester, le supplia de lui concéder les îles qui gisaient devant lui. Comment refuser quelque chose à un capitaine de frégate qui n'a cessé de vous combler durant toute une traversée ? )) Le nouveau potentat promit de faire droit à la requête de Sir Isaac, et
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le 31 juillet 1787, il lui adressait officiellement la concession. Ce royal cadeau était fait à la condition, (( sous peine de nullité, de permettre la libre entrée et sortie de ces îles aux sujets anglais qui désireraient venir y pêcher, et de les laisser abattre le bois nécessaire à leur chauffage et à l'exploitation avantageuse de leurs pêcheries ».
C'était commettre une irréparable injustice et frapper à mort le développement et l'avenir du Royaume du Poisson, d'autant plus que le nouveau propriétaire obligea les occupants à prendre des titres sous forme de bail emphytéotique. Aussi, depuis cette fatale date, les Madelinots, ne pouvant posséder leur terre, ne se sont livrés qu'au travail nécessaire pour vivre, et suivant la pittoresque expression de Faucher de Saint-Maurice, ils ne connaissent que par ouïdire les jouissances de la propriété et de l'amour du sol. Le gouvernement provincial est intervenu pour améliorer le sort des insulaires, qui peuvent maintenant, à certaines conditions, devenir francstenanciers; cependant l'antique régime féodal continue de régner, et la plupart des habitants paient encore la rente au seigneur ou à la compagnie qui a affermé ses droits.
Contrairement aux avancés de certains voyageurs superficiels, le sol, sans cesse rafraîchi par les vents humides, est très fertile, et les pommes de terre particulièrement, y acquièrent un dévelop-
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pement magnifique, favorisé par l'absence complète de parasites. Peut-être le jour viendra-t-il où les richesses du sol, s'ajoutant aux richesses de la mer, feront des Madelinots, des privilégiés de la vallée de larmes, des Êdénites dont les malheurs historiques ont tout expié, et désarmé le bras du chérubin à l'épée de flamme !
Le lecteur se sera sans doute posé plusieurs fois cette question : Que font les Madelinots, l'hiver ? Je réponds : Ils font ce qu'ils n'ont guère eu le temps de faire l'été : ils dorment, ils mangent, ils s'amusent.
La pêche — je l'ai dit plus haut — est pratiquement finie en septembre, bien que les belles journées de l'automne trouvent encore les barges sur les fonds de morue. Le mois d'octobre est occupé par les corvées de labour et de battage, qui donnent lieu à des repas et à des veillées, modestes préludes des grandes réjouissances de l'hiver.
La Toussaint ! Le moment est venu de se préparer à l'hivernement. Selon un usage immémorial, les Madelinots achètent alors tout ce dont ils auront besoin durant l'hiver : habits, chaussures, charbon, farine, sucre, car, dès décembre, les relations avec la grandHerre sont complètement coupées, et l'on n'est jamais sûr que l'approvisionnement des marchands sufiira.
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Toutes les précautions dûment prises contre le froid et la famine, les pêcheurs vont hâler les barges et les hottes, déverguer les voiles, démonter les moteurs, et bientôt les centaines de quilles en l'air sur les rins de pêche, annoncent que les Madelinots ont fini de travailler. Le vapeur a déjà quitté les lies, et les Madelinots sont prisonniers. Il n'y a plus qu'à vornusser (muser) jusqu'aux fêtes. Et l'on vornusse avec délices ! Tout au plus, lorsque la glace recouvre la baie d'En-Dedans, va-t-on chercher au Nord une partie de son foin de dune, histoire de se dégourdir les bras.
Mais voici qu'approche la fin de décembre. Les femmes commencent à s'agiter dans les petites maisons ; les manches se retroussent, les cheminées fument plus fort dans l'air dense, et dans les coffres, au froid, s'empilent les rôtis et les tortasseries (pâtisseries). Évidemment, on ne connaît pas bien les Madehnots quand on ne les a vus à table qu'en été !
Et puis, c'est Noël ! . . . . Noël ! La belle nuit givrée avec la joie vibrante eff usant des clochers, la course des traîneaux vers l'église sur la neige qui crie, sous les yeux ardents des étoiles ! La Crèche et le petit Jésus de cire qui agrandissent les yeux des enfants; les vieux chants qui allègent l'âme des anciens; l'Hostie blanche qui vient à tous !
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La Messe de Minuit ouvre pour les Madelinots une période continue de réjouissances, qui ne se termine qu'au Mercredi des Cendres, et dont on peut dire, comme de la conscience du juste, qu'elle est un festin continuel. Chez cette petite population profondément traditionaliste, les usages ont cristallisé en des formes séculaires et parfois curieuses. Ainsi, à Noël, le fils, invariablement, dé jeûne chez son père. Celui-ci, à son tour, est l'invité de son fils pour le premier de Fan. Ce jour-là aussi, toutes les marraines des Iles sortent du fond de leur coffre un beau pain de Savoie — un olaf — pour leur filleul ; le parrain de son côté, fait un petit cadeau. Comme partout, les enfants sont les rois de la fête ; ils reçoivent dès la première heure, une portion de dragées (le mot bonbon est inconnu). Ils vont ensuite par les routes voir leurs parents à tous les degrés et reçoivent de chacun une autre petite mesure de dragées. Le soir venu il y a grand tapage dans le Landerneau enfantin où Ton suppute, où l'on compare la moisson de friandises !
Pour le dîner du Jour de l'An, on s'invite de vive voix sur le perron de l'église, sur le chemin ou de voiture à voiture. Ces invitations ne se refusent pas entre bons amis. Comme partout, l'après-midi se passe en visites, et la soirée réunit toute la famille chez le grand-père.
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L'absence presque complète de lettres, de cartes de visites, de journaux, donne un caractère particulier à cette époque de Tannée chez les Madelinots. Rien que le sans-fil qui donne, soigneusement filtrées, les grosses nouvelles, dactylographiées ensuite pour les sommités de l'endroit. Comme les loisirs sont interminables les Madelinots lisent alors les journaux qu'ils n'ont eu ni le temps ni le désir de déplier durant l'été. Quand ils sont fatigués de lire, ils attellent les traîneaux, se visitent par les chemins balisés de la Baie de Plaisance, du Havre-aux-Basques, de la Baie d'En-Dedans. C'est un joyeux tohubohu, un déplacement de familles entières qui vont à la ronde chez leurs parents, et ne rentrent parfois chez eux qu'au bout de huit jours. On se rencontre deux ou trois familles dans les petites maisons, mais la bonne volonté et l'ingéniosité aidant, tout s'arrange! L'étranger témoin de ces soupers pantagruéliques, où s'anéantissent des monceaux de viande et de tortasserie, ne se douterait pas que ces mêmes hommes, quand vient le temps de la pêche, sont d'une frugalité déconcertante, passant de longues journées au dur travail de la mer sans manger autre chose que du pain sec ou des tourteaux arrosés de thé froid.
Parfois, le gouvernement se souvient des quelques milliers d'électeurs emprisonnés au milieu du Golfe. Il leur envoie alors un brise-
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glaces qui débarque péniblement d'énormes sacs de malle dans les hottes venus au-devant de lui. Grande fête, alors, partout ! Les journaux frais de deux mois, les lettres vieillies des parents du Saguenay, de la Côte-Nord, du Lac-au-Saumon, renouvellent un peu les sujets de conversation, depuis longtemps usés et ravaudés. On dit qu'à cette occasion tous les Madelinots et les Madelinotes en état de tenir une plume sortent l'encrier de la com mode et tâchent de trouver quelqu'un sur la grand'terre à qui écrire ! . . . De sorte que, quand le navire, déroulant dans le ciel vierge son panache évanescent de fumée grise, repart à travers les eaux désertes du Golfe, il emporte dans ses flancs d'acier des milliers de lettres où les beaux mots acadiens expriment avec la nuance qui leur est propre, toute la gamme infinie des sentiments humains depuis le banal souvenir des rencontres de hasard, jusqu'au cri quasi divin de l'amour maternel ! . . .
Durant l'été, si l'on n'a guère le temps de manger ni de dormir, on pense encore moins à nocer. Aussi les mariages ont-ils presque toujours lieu entre Noël et le Mercredi des Cendres. Aussitôt qu'il est bien avéré qu'à telle date Edmond à Alphé s'unira à Louise à Jean, les femmes des environs viennent d'elles-mêmes offrir leurs services pour faire les tortasseries. Deux jours avant les noces, deux voitures portant, l'une, le
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■suivant et la suivante, l'autre, les futurs époux, passent par les chemins pour les invitations. Celles-ci se font oralement, à la façon patriarcale, au moyen d'une formule consacrée que l'on répète à chaque maison : « Vous êtes priés de la part d'Alphé et d'Estelle, de venir prendre le dîner à trois heures ». Le déjeuner et le dîner se prennent chez la mariée ; on soupe et l'on veille chez le marié. Pendant leur lune de miel, les époux vont rendre leur visite à tous ceux qui ont assisté à leurs noces, ainsi qu'à leurs parents et amis. C'est la ratification, et, pour ainsi dire, la consécration populaire de leur accord conjugal.
Au chapitre des réjouissances, disons encore que la Chandeleur, chez les Acadiens des îles, est une grande fête, soulignée par dîner, souper et veillée dans chaque canton (groupe de trois ou quatre maisons rapprochées). Vers cette époque aussi a lieu une espèce de grande tombola organisée annuellement depuis quarante ans pour le soutien du Couvent. Cette tombola— dite Fishing-Pond pour une raison obvie — met en mouvement les Madelinots d'un bout à l'autre de l'archipel. Durant deux ou trois jours, le Havre-aux-Maisons ressemble à Jérusalem durant la Pâque. Il y a dîners — toujours ! — pêche aux objets, ventes, audition de contes du terroir, débités par des conteurs de renom, et le tout se termine par la mise à l'enchère d'un superbe pain de
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Savoie, chef-d'œuvre de tortasserie ! Les jeunes gens de la même île réunissent leurs mises et cette vente est, en réalité, une lutte de clochers. Le groupe auquel le pain de Savoie est adjugé — pour une somme qui va quelquefois jusqu'à quatre-vingts piastres — organise immédiatement pour manger sa victoire, une fête de jeunesses qui est l'un des grands événements de la saison.
Il ne reste plus maintenant au programme que quelques dîners, soupers et veillées à l'occasion du carnaval, après quoi le Carême vient rappeler aux Madelinots, en train de l'oublier, le Mémento quia pulvis es !
Depuis trois mois, on n'a rien fait qui vaille, ou si peu que rien ! Tout à la douceur du présent on n'a pas songé à l'avenir. On se met courageusement à faire pénitence, car ici les rigueurs de l'Église ne comportent guère d'adoucissements. On raccommode les filets, on arrange les vieilles cages, on en fabrique de nouvelles. Pour économiser le charbon qui baisse, on va chercher de temps en temps, dans la dune de la Pointe-au-Loup ou de la Grande-Étang, un voyage de maigres broussailles. Les pêcheurs qui s'occupent du hareng réparent leurs trappes et remplissent leurs glacières. • Enfin, on commence tout doucement à se préparer pour les glaces qui vont ouvrir le cycle séculaire du travail des Madelinots.
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Malgré toute la chaleur de l'hospitalité acadienne, malgré aussi tout le soin que l'on met à vous le faire oublier, il est difficile de ne pas sentir toute la largeur du fossé qui sépare les Canadiens- Français et les Acadiens. Et c'est la seule impression moins agréable que j'aurai emportée des îles de la Madeleine. Faut-il essayer d'analyser un peu ce sentiment et d'en dégager la formule et les causes ?
Si l'on considère les trois rameaux principaux de la grande famille française : le Français d'Europe, le Canadien-Français et l'Acadien, il semble qu'ils forment une série où les rapports de l'Acadien et du Canadien-Français sont un peu beaucoup les rapports de celui-ci et de son frère de France : attitude du frère cadet, longtemps délaissé par son aîné qui a mieux réussi ; attitude du frère absent qui, pendant que son aîné jouissait des douceurs de la paix au foyer paternel, a mangé le pain noir de la défaite et de l'humiliation ; attitude enfin du blessé de la vie, qui répugne à assumer le rôle de parent pauvre.
On sait à quel prix, nous autres, Canadiens- Français — protégés cependant par des traités et des capitulations généreuses — avons assuré notre pain sans le mendier à la porte du vainqueur, défendu la langue des ancêtres dans la chaumière et dans l'école, préservé notre âme française et cathoHque, bâti de nos mains notre système
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d'enseignement; développé une littérature et un art nationaux. Nos frères les Acadiens, frappés dans leur chair et dans leurs biens, dispersés comme feuilles mortes par vent d'octobre, chassés de partout, et repoussés à coups de pique des rivages où venait toucher la proue de leurs barques, les Acadiens, dis-je, ont, un long siècle durant, dirigé tous leurs efforts vers la survivance, la concentration, réunissant toujours, sans se lasser jamais, les cendres dispersées de leurs foyers détruits ! ]Mis à la terrible école du malheur, ils eurent pour maîtres le crucifix et leurs prêtres, de qui ils apprirent la plus nécessaire et la plus ignorée de toutes les sciences, la science pratique de la vie.
Faut-il s'étonner cependant de ce que, courbés sous le labeur quotidien, loin des centres d'instruction, ils aient été privés longtemps — plus longtemps que nous — de la nourriture intellectuelle et de l'arme du savoir ? Et cette avance que nous avons sur eux — et que le peuple exagère certainement — n'est-elle pas pour quelque chose dans leur attitude à notre égard ? Mais j'ajoute tout de suite que les efforts surhumains d'un clergé ardemment patriote — du Père Lefebvre pour ne citer qu'un nom — ont maintenant assuré aux Acadiens cette nourriture et cette arme. Ils ont aujourd'hui une belle organisation d'écoles primaires, un enseignement secondaire en voie
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de développement qui a produit des hommes remarquables, et donné à leur race une voix respectée dans les conseils des provinces atlantiques.
De grâce, chers Madelinots, qu'une bonne fortune providentielle a rattachés à la vieille province française et catholique, cessez de nous regarder avec ces yeux-là ! Nous ne sommes pas des parvenus et vous n'êtes pas des miséreux. Fils d'une même mère, ayant les mêmes amours, avec le même sang pour les concevoir et la même langue pour les exprimer, soyons frères tout bonnement, et de nos bras jeunes, entourons le cou de notre autre mère, l'Église du Christ !
Et puis, restez ce que vous êtes, Madelinots, pittoresques et bons. N'enviez pas aux gens de la grand'terre leur vie plus compliquée et leur luxe décadent. Aimez d'amour vos îles natales,
Votre petit coin de terre
Perdu, là-bas, aux grandes eaux ! . . .
Attachez-vous à leurs falaises ardentes, à leurs gazons verts et à leurs sables d'or ! Pauvres Acadiens pèlerins, n'allez pas reprendre encore une fois la route de l'exil !
Et si l'espace ne vous suffit pas, si les petites maisons aux quatre pignons verts sont trop près-
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sées les unes contre les autres, s'il vous faut essaimer et dire adieu aux Demoiselles du Havreau-Ber, aux valions fleuris du Havre-aux-Maisons, aux blanches flottilles de TÉtang-du-Nord et aux caps sauvages de la Grande-Entrée, envolez-vous par groupes serrés, vers nos régions neuves et françaises du Lac Saint-Jean et de la Matapédia, pour nous enrichir de vos bras robustes, de vos cœurs priants et de vos antiques vertus.
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|) ÉNORMES émeraudes de conte oriental, serties dans des rubis et reliées entre elles par des chaînes d'or, un archipel égéen jeté là pour animer l'effrayante solitude du Golfe, telles me sont apparues, dès le premier jour, les îles de la Madeleine, et telle est l'opulente image qu'elles ont laissée dans mon souvenir. Il paraît bien que l'illustre saintongeais, contemplant les îles de quelque hauteur, a vibré de la même émotion et développé en son esprit les mêmes images puisqu'il épingla à l'ar-
chipel ce délicieux nom, Les Ramées, malheusement tombé dans l'oubli.
Des falaises d'un rouge lumineux, des collines d'un vert intense, arrondies et bombées comme des poitrines, d'immenses lagunes tranquilles et ensablées, des horizons d'eau et de sable, tels sont les éléments groupés et combinés de toutes les manières possibles, pour réaliser ce prestigieux concert de lignes et de couleurs qui nous prend l'âme toute, nous retient sans que nous sachions pourquoi, et nous fait dire quand le vapeur borgote pour la dernière fois : Déjà !
Le voyageur n'a pas le choix des moyens pour aborder aux îles. Traversant les provinces maritimes, il prend à Pictou un petit paquebot qui, escale faite à Souris, paraît en vue des îles après quelque douze heures de navigation. Dès Pictou on peut pressentir les Madelinots qui y forment une petite colonie ayant son centre à l'Hôtel Royal. C'est déjà plaisir d'entendre les premières sonorités du dialecte acadien, de voir des enfants plein les escaliers et de manger le cake préparé par Marie, une plantureuse Madelinote qui, ayant marié en secondes noces le garçon à Ben Eloquin, s'en est venue chercher fortune sur la grand' terre, où elle s'arroge une sorte de maternité générale sur tout ce qui sort des îles ou y entre.
Le quai où s'amarre le Lady Evelyn ne ressemble pas aux autres de Pictou, car les claires syllabes françaises voltigent au-dessus des barils de maquereau et des boîtes de homard. Aux heures de départ, les baisers claquent sur les joues vermeilles, et les bonjours multipliés font au navire, sur la baie, un bout de conduite. Pendant la nuit, le bateau fait escale à Souris puis, prenant sa course vers le nord, il contourne, en tanguant follement, la Pointe-de-l'Est de la province insulaire pendant que les voyageurs sans cabine — et ils sont le nombre — assis sur les marches de Fescalier, font d'amères réflexions sur l'instabilité du . . . cœur humain !
Vers sept ou huit heures du matin, l'on aperçoit à tribord le premier rubis du Golfe : l'Ile-d'Entrée, haute, couverte de mamelons arrondis et verdoyants, murée d'abruptes falaises de grès rouge. On nous dit qu'elle n'est habitée que par des Anglais. Le bateau ne s'y arrête pas ; il la côtoie pour contourner la longue barre de sable nu qui prolonge le bassin du Havre-au- Ber, port d'attache du Lady Evelyn.
L'île du Havre-au-Ber — que les Anglais persistent à appeler Amherst — est le centre administratif des îles de la Madeleine. Le long croissant de la dune y dessine le plus magnifique et le plus sûr havre de pêche. On y trouve d'ailleurs tout ce qui fait la gloire des pays civilisés,
depuis les négociants, la banque et les médecins, jusqu'à une prison et un geôlier. Disons tout de suite cependant, pour ne pas avoir à y revenir, que le pays étant exempt d'avocats ne compte pas de criminels, que les princes de la chicane — comme les bancs de harengs — n'y font que passer durant la saison d'été, et que le paternel greffier, suivant une ancienne tradition, a bien soin d'accorder les parties en difficulté avant cette invasion périodique. Il en résulte que, s'il y a prison, il n'y a pas de prisonniers, ce qui permet au geôlier de se consacrer au service des autels — service auxiliaire s'entend — de chanter au lutrin, de faire sonner l'enclume et de pêcher comme tout le monde.
Au débarquer, on laisse à gauche un petit cap gris où de vieilles dames tiennent une pension, et l'on se trouve dans le plus pittoresque des villages de pêcheurs : cabanes à poisson minuscules et toutes pareilles — que l'on appelle ici salines, — claies de séchage où cuit au soleil le ventre ouvert des morues, vitrines de magasins bourrées de faïences et de verreries à filets d'or, et partout, dans tous les coins libres, des montagnes de quarts à maquereau.
Laissant derrière soi ces choses nouvelles que l'on se propose de revenir considérer en détail, l'on grimpe tout de suite le coteau où se disséminent les maisons des notables et les bureaux
administratifs. Plus loin, la blancheur de l'église se détache sur les formes mamillaires de la Grande Demoiselle. Les Demoiselles sont deux collines hémisphériques arrondies comme au compas, couvertes d'une herbe rase comme velours, et terminées à pic sur le bord de la mer qui les ronge. Cette particularité des îles de la Madeleine a son explication dans la structure géologique de l'archipel, reste insignifiant d'une terre disparue, qui unissait Terre-Neuve, la Gaspésie, la Nouvelle- Ecosse et rîle-du-Prince-Édouard, terre de grès rouges ou gris, parsemée de masses de gypse blanc comme neige, et dont l'affaissement a formé le Golfe Saint-Laurent. Ces remarquables profils mamillaires, que l'on rencontre sur presque toutes les îles et auxquels les géologues étendent le nom des Demoiselles du Havre-au-Ber, sont dus au soulèvement volcanique des grès superficiels. La dent de la mer, jamais en repos, gruge les rochers, entame les demoiselles, dont certaines, ^u bord des eaux, semblent ^ranchées d'un coup, par la hache d'un titan.
Pour l'homme — être d'un matin et d'un soir — la nature semble en état d'équilibre, mais les forces aveugles et fatales qui ont détruit cette vaste terre et fait crouler ces montagnes, sont là, à l'œuvre comme au premier des jours, et, grain de sable après grain de sable, n'enseveliront-elles pas toutes ces îles sous le vaste linceul de l'océan ?
. . . Cependant, la mer qui démolit ici, reconstruit là. A mesure que les siècles liment les falaises, dissolvent le gypse blanc et broient le grès rouge des échoueries, de longues dunes se forment, s'allongent, galopent vers le large, comblent les havres et ferment les baies. En ce sens qu'elles tendent à devenir un vaste banc de sable, éternel hochet des courants de la mer, les Iles de la Madeleine sont vouées irrémédiablement à la destruction totale. Mais ce sont là préoccupations de géologues— curieuses gens qui oublient toujours que le sort des fossiles les attend demain — et cette échéance est si éloignée que les Madelinots peuvent dormir en paix sous l'édredon de leur bonne conscience et de leur bonheur.
De la véranda du presbytère, où la plus cordiale hospitalité acadienne nous accueille, la vue est vraiment magnifique. Devant nous, sur la verdure des gazons, les petites maisons s'éparpillent, toutes semblables, vêtues de bardeaux sur toutes les faces, et coiffées d'un toit à pic. Au loin flambe l'ocre de la pension Shea, joli chalet posé en plein vent sur la grisaille d'un cap que prolongent, presque au niveau de l'eau, le quai et son petit phare. Et puis la mer, la vaste mer ! Et puis, barrant la nappe bleu turquoise d'un trait hardi, l'immense banc de sable couleur de chair, tendu comme un bras, vers les lointains de l'Atlantique ! Voici le lac stagnant du havre.
et le lit d'algues filamenteuses où dorment pour le moment d'un sommeil bercé, les fins bateaux de pêche dont chaque mât dessine sur l'eau calme, un trait tremblant. Au fond, tout au fond, l'îled'Entrée avec sa troupe de demoiselles folâtres qui grimpent les unes sur les autres à l'escalade du ciel bleu. Plus près de nous, à notre gauche, et nous cachant la mer de ce côté, l'authentique Demoiselle du Havre-au-Ber avec ses flancs striés de raies parallèles — les sentiers des vaches — et tout en haut, le vieux mât penché, appariteur traditionnel des légions voyageuses du hareng.
Suivant les heures du jour et les caprices du mirage, le paysage change, s'élargit ou se condense. Tantôt l'île-d'Entrée paraît énorme et prochaine, tantôt elle se voile et se retire dans un mystérieux lointain. Et quand la nuit, venant sur les eaux, menace de l'étreindre toute, brusquement, sur les hauteurs, jaillit un faisceau lumineux qui, silencieusement, fouille les ténèbres.
L'île du Havre-au-Ber est étranglée par le milieu, et les deux lobes qui en résultent forment deux paroisses distinctes : le Havre et le Bassin. Bien qu'éloignés de trois à quatre milles du port, les Bassiniers sont plus nombreux que les gens du Havre. La promenade en voiture à travers l'Ile ne manque pas de charme, à cause surtout de l'irrégularité des côtes et de la division des terres. Inconnue ici, la monotone succession
des clôtures de perches, courant parallèlement vers un horizon rectiligne ! Les premiers Acadiens qui, fuyant le fair play britannique, débarquèrent sur les rivages des îles, s'y taillèrent des domaines limités seulement par leur fantaisie et la nature du terrain. Les divisions successives, en morcelant la terre à l'infini, accentuèrent cette irrégularité si bien, qu'aujourd'hui, les petites maisons blanches sont éparpillées sans ordre apparent comme une volée de goélands au repos sur une plage.
Ai-je dit que, au cours du temps, et pour les besoins du chauffage et de la pêche, les îles ont été quasi complètement déboisées et que, faute de bois, les Madelinots brûlent tous le charbon de Pictou ? A l'est du Bassin cependant, il y a la Montagne, une très modeste montagne encore couverte d'une très modeste forêt. Au-delà, passé l'ancienne dune fixée par les épinettes et les lauriers, se déploie le Havre-aux-Basques, formé par l'île du Havre-au-Ber, l'île de l'Étangdu-Nord et deux longues dunes — un grand havre aujourd'hui presque entièrement ensablé, où s'attachent des souvenirs qui sont quasi de la préhistoire. Québec n'était pas encore que déjà de hardis corsaires de Saint-Malo et des Basques de Saint-Jean-de-Luz y faisaient de fabuleuses chasses de morses et de phoques. Nous savons aussi que dès avant 1 600, les aventuriers anglais
Drake, Leigh et Wyet étaient chassés à coups de canon par deux cents français et sauvages campés au Havre-aux-Basques.
Je ne crois pas qu'il me soit possible d'oublier jamais le spectacle qui frappa mes yeux lorsque, vers six heures du soir, notre jeune conducteur, ayant stimulé sa bête pour lui faire franchir un bourrelet de sable mou, nous arrêta sur la plage presque sans limites du Havre-aux-Basques. Le jour avait été superbe, lumineux et sans brume, et le soleil descendait lentement derrière l'Étangdu-Xord. La marée était basse. Devant nous l'immense plaine de sable humide, ridée par les courants de la mer en retraite, présentait aux fulgurations de la lumière mourante une alternance infinie d'étroits lisérés de sable d'or et d'argent hquide. Loin, très loin, minuscules dans l'étendue, se silhouettaient, immobiles, les petites charrettes des pêcheurs de coques. Le mirage doublait, haussait ces profils dispersés jusqu'à en faire, dans le grand calme vespéral, des méhara agenouillés pour laisser les chamehers arabes tourner leurs yeux priants vers une Mecque invisible. Si vaste était le tableau, si impressionnant le silence, que nous demeurions là, sans rien dire, subisssant avec délices cet enivrant travail de conception par quoi la nature engendre en nous l'émotion esthétique.
. . .'Le crissement du sable derrière nous vient rompre le charme — mais pour l'accentuer. Débouchant des taillis de vernes et de lauriers par le chemin qui nous a amenés nous-mêmes, une vache enjuguée, tirant une petite charrette madelinote, passe près de nous. Dans la caisse de la voiture, une vieille en coiffe noire se serre près d'une fillette qui tient le pêche-coques, sorte de trident formé d'un fer à cheval lié à une petite pique, avec quoi on fouille la plage pour atteindre les précieux mollusques. A l'arrière, un baquet recouvert d'un morceau de jute. Au pas somnolent de la vache, le pittoresque équipage s'éloigne sur l'immense platin laissant sur le sable mouillé deux raies sinueuses qui s'en vont, concourantes, vers l'orbe du soleil couchant.
Ô peintres de mon pays ! Jusques à quand tâcherez-vous à barbouiller de chic, de vos pinceaux barbares, le château de Chilon ou les eaux perses où se mire le Rialto ? Ramassez vite tubes, palette et pincelier, roulez vos toiles et venez ici déployer vos pliants parmi les seigles sauvages et les fleurs pourpres des pois de mer : il n'est marine hollandaise qui vaille les Pêcheurs de coques du Havre-aux-Basques.
Je n'ignore pas que les gros bonnets du Havre-au-Ber n'aiment guère que les étrangers voient les femmes lever les coques. Ils essaient surtout de cacher cette curiosité à ceux qui ont
la dangereuse manie de noircir du papier. Je sais qu'ils m'en voudront pour avoir écrit la page qui précède ... en quoi ils ont tort, pour de très nombreuses raisons. Y a-t-il rien de plus naturel, et de plus touchant aussi, que cette collaboration étroite et nécessaire de l'homme et de sa compagne au rude travail de la mer ? . . .
Épouses dévouées, mères courageuses et admirables, c'est parce que vous êtes cela, et rien que cela, que vous vous faites au besoin pêcheuses de coques, et sans réclamer le droit de voter, vous avez su, dès longtemps, exercer celui d'être vaillantes et utiles ! N'ayez pas honte de ce qui est noblesse ! Penchez-vous courageusement sur le sable du Havre-aux-Basques ! Que si vous rougissez, que ce soit simplement parce que le grand vent de mer vous bat les joues et vous fait ce beau sang vermeil qu'on ne retrouve plus, une fois qu'on l'a perdu, et qui est encore la grande promesse d'avenir pour le peuple Acadien ! . . .
WÉtan^-hu-^avb