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Voir Adolphe Boschot, UnQ vie romantique

7o CHEZ LES MUSICIENS

que. Elles portent sur la seconde moitié, qu^il vit mettre à la scène. — Si Ton veut jouer les Troyens conformément à la conception originale, et si l'on veut ne les pas desservir, il faut chercher d'autres suppressions. Et il faut, par contre, rétablir les belles pages que les insuffisantes ressources du Théâtre-Lyrique avaient fait supprimer. — Tout cela est d'une nécessité évidente.

L'étude du manuscrit des Troyens^ l'étude des autres manuscrits et de la copieuse Correspondance (publiée ou inédite) de Berlioz, donnent de précieuses et multiples indications. EnvoiciTessentiel.

Toute la musique des Troyens n'a pas été faite spécialement pour cette œuvre même. Fatigué par une vie de passions et de luttes, vieilli dès la cinquantaine, créant cette œuvre suprême parmi des sursauts d'espoir ou des crises de maladie et de. désespérance, Berlioz, à côté de pages toutes frémissantes de sa sensibilité et de son génie, écrivit d'autres pages moins heureuses ; et parfois il utilisa de vieilles pag'^s qu'il avait laissé dormir dans ses tiroirs depuis longtemps.

Que faut-il donc faire, pour servir sa mémoire?

Faut-il alléger l'œuvre et rendre sa représen- ^ tation possible ? Faut-il, en concentrant l'attention sur les plus belles pages, les sauver de l'oubli ?

Ou, au contraire, évitant toute initiative, fuyant toute responsabilité, faut-il se couvrir d'un respect de tout repos, s'embusquer dans une vénération peut-être hypocrite, et déclarer, au nom des principes :

BERLIOZ 7 y

— Respectons l'œuvre, n'y touchons pas : laissons-la dormir dans les cartons ! Et saluons-la : c'est une morte 1

Non, elle n'est pas morte ! Pour vivre encore, elle contient assez de pages où palpite l'âme de Berlioz. L'apparition d'Andromaque, les lamentations de Gassandre, la nostalgique mélopée du matelot, le quintette e^ le duo chantés dans les jardins près de la mer, la Chasse et ï Orage ^ y oilk, parmi tant d'autres, des pages qui ne peuvent mourir : l'âme d'un poète leur a donné un pouvoir d'émotion, un enchantement et une beauté qu'on ne retrouve dans aucune autre musique ; le propre du génie, c'est d'être le seul à faire ce qu'il fait.

Chaque musique, qu'elle soit d'un Bach, d'un Rameau, d'un Mozart ou d'un Beethoven, est l'écho particulier, unique, d'une âme qui s'exprime ellemême, selon le langage contemporain et surtout selon sa nécessité intérieure. Sachons entendre la passion et la poésie, la douloureuse tendresse, la virgilienne douceur qui chantaient dans l'âme tumultueuse de Berlioz. Aimons assez son œuvre suprême pour en dégager les hauts sommets.

Artiste sincère, il aspirait naturellement à la grandeur et à la beauté. Romantique, jadis « foudroyé » par Gluck et Shakespeare, il gardait toujours au fond de son cœur un culte attendri pour la sérénité de l'art antique et pour la pureté de Virgile. Abattu par la maladie, désespéré, mais luttant malgré tout, — âme de poète, née pour le rêve, et qui garda jusqu'au bout la nostalgie de

l'amour, — Berlioz, dans les Troyens^ a donné les derniers chants de son ardent et tragique crépuscule. L'approche de la mort y met déjà quelque chose de Tinfini.

Le Faust de Schumann.

Je ne puis vous cacher que j'ai une tendresse particulière pour ce Faust. J'aimerais à vous en indiquer les raisons, afin de vous faire plaisir si vous aimez cette œuvre, ou afin de vous engager à la connaître mieux et à Taimer davantage, si elle ne vous est pas tout à fait familière.

Or, certains propos, entendus parfois dans les couloirs des concerts, me prouvent que plus d'un dilettante ne se place pas encore au vrai point de vue, c'est-à-dire à celui d'où l'on peut le mieux jouir de cette œuvre.

Selon ma conviction, que faut-il surtout chercher dans ce Faust'} C'est Schumann. De même, dans la Damnation de Faust, que faut-il chercher ? C'est Berlioz, c'est l'expression de la sensibilité et des rêves, des imaginations hoffmannesques ou moyenâgeuses d'un Jeune-France... Car Berlioz et Schumann ont pris chacun ce qui était à sa convenance dans le Faust de Gœthe. Gomme des paysagistes, ils ont erré dans le vaste poème ainsi que dans une conti'ée diverse et mouvementée : ils ont choisi telles ou telles scènes, tels ou tels sites musicaux, afin d'y mêler la musique conforme à leur âme même.

Schumann commença par utiliser le second

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