‹ Chez les musiciens (du 18e siècle à nos jours)Chapitre 13 sur 49 · SCHUMANN · texte numérisé non relu

SCHUMANN

Fausl et composa d'abord la partie qu'on appelle « mystique ». Au cours d'une dizaine d'années, il écrivit les autres « scènes » : le Lever du soleil, Minuit^ La Mort, et aussi le Jardin et V Eglise, empruntés au premier Faust, à la « tragédie de Marguerite ».

Ces fragments sont le véritable florilège de l'âme schumannienne. Pour les bien goûter, il faut oublier tout ce qui n'est pas eux, oublier Berlioz, Gounod, Liszt et même Gœthe ; à ce florilège musical, il ne faut demander que son parfum propre, c'est-à-dire l'âme de Schumann.

Elle s'exhale avec le charme le plus troublant. La tendresse et la rêverie, la douceur familière, l'angoisse aussi, une hantise et une peur du mystère qui entoure l'homme, un amour passionné, maladif, trop intérieur (innig), et qui mêle son trouble à toute chose, même au bonheur... Mais tous les lecteurs savent cela, pour peu que leur soient familiers les lieder de Schumann ou sa musique d'ensemble ou ses compositions pour piano.

Schumann aimait à citer, comme une explication de sa musique, ces quelques vers du premier Faust :

« L'inquiétude s'empare de notre cœur ; elle y produit des douleurs secrètes ;... elle se présente à nous sous mille formes. L'homme tremble devant tout ce qui n'arrivera pas, et pleure sans cesse ce qu'il n'a pas perdu. »

Ce trouble si humain, — trop humain, — fait le charme de Schumann et de son Faust.

Schiimanii n'est pas IheYdral ; il iuii l'emphase ou le pittoresque superficiel, il évite les morceaux à eiiet. 11 écrit non pas pour étonner l'auditeur, mais pour exprimer ce dont est plein son propre cœur. On pourrait appliquer à Schumann ces mots si profonds de Vlmilation : Ociili inicriorilnis intenli. L'indication qu'il écrit le plus souvent sur sa musique, c'est le mot innig.

On a dit, et fort justement : « Le Faust de Schumann est de la musique de rame. >> Autant dire : c'est de l'essence de musique. Et voilà pourquoi j'insiste. De nombreux auditeurs, peu sensibles à cette musique si purement musicale^ se laissent peut-être un peu trop séduire par les bagatelles de la sonorité. Loin de nous de vouloir exalter une forme d'art aux dépens d'une autre... Toutefois on peut craindre que l'accent théâtral et voluptueux de Wagner, puis le séduisant bariolage des Russes, et l'évanescence papillottante des impressionnistes, aient écarté certains dilettantes de la musique plus simplement, plus profondément humaine. Une âme chantante et qui se chante elle-même, est-ce assez ?... On veut des effets, des apothéoses, des consomptions d'amour, — ou des bariolages de tons, qui pourtant font bien mieux sur les tapis, — ou des frottis de notes, subtils, quintessenciés.

Quant à la musique, on Toublie : on prend l'habitude d'aimer ce qui n'est plus elle. Lillerarum musicarumque inlemperentia laboramus^ comme le redirait Sénôquc s'il revenait parmi nous. On se plaît aux à-côté, aux faux semblants de la mu-

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