IGS CHEZ LES MUSICIENS
Ces Masques et bergamascjues, empruntés aux nostalgiques féeries de Watteau et déjà célébrés avec bonheur par M. Gabriel Fauré, les voilà qui reparaissent dans un poétique « divertissement ».
Imaginez un parc à la française, sur qui descend le crépuscule... Non ; rendez plus lointaine, plus subtile, cette réalité trop précise : imaginez ce parc transposé en tableau ; et même faites une abstraction de plus : enlevez les couleurs de ce tableau et ne gardez que le dessin, le contour, la silhouette... Imaginez, comme en un songe, une sanguine du nerveux Fragonard ou du rêveur Hubert Robert : voici, au premier plan, des balustrades et des marches, de blanches statues que les plantes grimpantes et les mousses recouvrent à demi ; et voici, entre deux troncs d'arbres, l'indolente « escarpolette », toujours prête à balancer, parmi le frisson des sérénades, les robes ondoyantes et la coquette rêverie des « belles écoutcuses ».
Les personnages de Watteau n'ont plus qu'à nous apparaître ; Flndifférent, la Finette, Arlequin et Colombine, et Gilles, et les sveltes bergers de Y Embarquement pour Cythère^ avec leur courte pèlerine en velours zinzolin — et l'Amante inquiète, et le galant guitariste qui apprend « la gamme d'amour » à une bergère si jolie, si frémissante, qu'elle doit être plus attentive à l'amour qu'à la musique.
De tels tableaux, presque irréels, reçoivent de M. Fauré une expression enchanteresse. Une ou-
verturc, jouée devant le rideau baissé, est une musicale invitation qui sollicite notre rêverie à doucement appareiller vers le pays [des Fêtes galantes. Un motif allègre, espiègle et tendre, bondit avec grâce, tandis que le quatuor des cordes évoque le murmure d'un feuillage vaporeux. Soudain, un motif attendri, à demi pénétré de la douceur de Schumann, rêve et soupire... Ainsi s'établit un idéal dialogue où alternent les voix, exquisément imprécises, de la tendresse et de l'indifférence... Est-ce Tlndifférent qui rencontre la Finette et commence à l'aimer?...
La toile se lève. Une Colombine, un Pierrot et un Arlequin galantisent près d'une escarpolette. Ces trois personnages de la Comédie italienne, CCS trois acteurs (qui ont des rôles parlés), se caichent bientôt quand approchent grands seigneurs jet dames poudrées à frimas : les trois comédiens, par leurs apartés, vont servir à relier les diverses jscènes ou tableaux ; ils remplacent le chœur de lia tragédie antique, ou la « commère » des revues imodernes. Ils nous annoncent les numéros : meinuet, gavotte, chanson d'homme, chanson de femme, iChœur et enfin pastorale.
On ne leur tient nulle rigueur de cette aimable simplicité. Car on est pris par le charme fauréen. Parmi quelques musiques nouvelles, où l'adresse du pastiche se môle de poésie, et où la subtilité moderne prend un caractère plus dépouillé, plus bref, afin de s'apparenter à la brièveté d'un Hameau, — on retrouve avec bonheur telles pièces célèbres de Fauré : le Madriijat^ le Doux chemin^
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enfin le (Uair de Lune : « Votre âme est un paysage choisi... »
Deuxième quinlelte.
Après tant d'autres œuvres qu'on admire et qu'on aime, le Deuxième quintette ajoute à la gloire de Fauré.
Cette œuvre si pleine, solidement construite, émouvante et profonde, est aussi toute pénétrée du charme particulier à ce maître. La science et l'ingéniosité, la subtilité même, disparaissent sous je ne sais quoi de facile, de distrait et d'ingénument spontané : l'artiste accompli semble jouer avec la grâce irréfléchie d'un enfant, et ses idées semblent naître sous notre regard, ainsi que des fleurs merveilleuses qui s'épanouissent avec la facilité des choses naturelles. Quel art, ou plutôt quelle poésie !
Ce Quintette comporte quatre mouvements ; le scherzo (deuxième mouvement) précède l'adagio. Dans l'ensemble, l'œuvre est d'un style où l'on retrouve moins l'inquiétude tourmentée des compositions récentes (1922), et davantage la tranquille et souriante expansion mélodique des quatuors et de la première sonate pour violon et piano, il est animé par cette douceur émue et mélancolique, qui est le charme même de M. Fauré.
A propos d'une œuvre de ce maître, il est superflu de louer l'élégance, la souplesse, la grâce radieuse. Mais ce Quintette marque un nouveau souci de réduire l'expression musicale à Fessen-