‹ Chez les musiciens (du 18e siècle à nos jours)Chapitre 41 sur 49 · LE COMIQUE DANS LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LE COMIQUE DANS LA MUSIQUE

Le comique dans la musique.

On s'étonne parfois qu'un musicien sincère, respectueux de son art, essaye d'incorporer le comique au douzaine musical. Dans un tel jugement, on est peut-être prisonnier de catégories trop absolues. Certes, il suffit de penser aux adagios de Beethoven, à tels largos de Hsendel, à tels préludes de Çach, pour convenir que l'essence [de la musique est bien dans l'expression d'un état d'âme rêveur, mjélancolique, sentimental, sérieux et même religieux. Ce que Wagner appelait « le purement hun:iain » est d'un ordre sévère. 11 ne va même pas sans tristesse, sans angoisse peutêtre. Lorsque l'homme s'interroge sur sa destinée, lorsqu'il prend conscience des liens qui le rattachent à Tensemble des choses, il découvre des raisons d'être grave plutôt que de badiner. Un Lucrèce, un Vigny, un Pascal, trouvept des accents pathétiques dont il est difficile de ne pas reconnaître la légitimité accablante. Devant la nature, impassible aux souffrance^ de Thomme, Vigny p'écrie :

Oui, je la connais Irop pour n'en pas avoir peur ;

Et Pascal montre que l'homme, créature « incompréhensible », est perdu dans un univers déaiesuré, dans « le silence éternel des espaces induis ». A quoi toute vie vient-elle aboutir ?...« Le iernicr acte est sanglant, quelque belle que soit

la comédie en tout le reste : on jette enfin de ] terre sur la tête, et en voilà pour jamais ».

Un tel fond de méditation, sur lequel se détc chent les passions et les rêves de l'homme, se aspirations au bonheur et à l'amour, voilà sar doute ce qui fournit le plus naturellement au h risme musical.

Mais, à côté de cette gravité, la nature humaine toute en incertitudes et en contrastes, aspire se donner le change, à se « divertir », comme d Pascal même. Par ailleurs, la vie contient aussi d la joie, quand ce ne serait que la joie de vivre. L nature, si inquiétante soit-elle par son énormit( est belle aussi par les illusions enchantées de se spectacles ; elle enseigne non seulement la ré signation, mais encore le calme, la patience, 1 confiance, la simplicité ; elle invite au bonheu] Puisque tout passe, même nos idées et nos senti ments, puisque tout est relatif, précaire, incertair est-ce bien la peine de se fatiguer par une me ditation trop sombre ? La tristesse n'est-elle pa une forme de lassitude, et qui tendrait à nou diminuer? Ne vaut-il pas mieux se rendre la vi même plus facile, plus aimable, plus légère, et tou considérer avec plus de bonhomie, d'un œil amusf qui prend plaisir à l'étrange et bizarre, à l'impre vue succession des événements?... Et voilà Télé ment comique, qui vient de lui-même complète l'élément h/rique. Aussi, est-ce chose naturelle qu le musicien essaye d'accommoder son art à l'ex pression de l'un et de Tautre.

Toutefois, il faut reconnaître que l'élément co

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mique, convenant moins à l'art musical, n'a pas animé autant de chefs-d'œuvre que l'élément lyrique. Les grands génies musicaux négligèrent généralement le comique ou furent moins heureusement inspirés lorsqu'ils essayèrent de l'incorporera leur œuvre. Chez Wagner par exemple, les passages comiques des Maîtres Chanteurs ou les quelques effets plaisants de Siegfried, sont plus pénibles qu'amusants. Chez les maîtres italiens, l'élément boufiPe est masqué, est diminué par une part de convention, par des effets factices,par une sécheresse, un manque d'émotion et de vérité, qui lui interdisent trop souvent toute effusion et tout renouvellement : le Barbier lui-même, et c'est le chef-d'œuvre le mieux vivant encore, paraît délicieux pendant un quart d'heure ou vingt minutes, mais c'est tout.

Resteraient nos charmants créateurs de l'opéracomique. Malheureusement, ce genre s'est discrédité durant le xix® siècle, par la morne décadence où il tomba — en triomphant auprès du public... Mais il fut tout d'abord le cadre où se produisirent des œuvres d'un esprit facile, d'une grâce naturelle et d'une sensibilité sans emphase. Monsigny, Philidor, Grétry, et même Dalayrac, injustement dédaigné, furent de bien jolis maîtres du comique musical.

Le génie créateur qui sut le mieux unir l'esprit et la musique, ce fut Mozart. En effet, même en dehors du théâtre, sa musique est toute pénétrée d'esprit. Dans les Noces, dans V Enlèvement y dans la Flûte, il n'avait donc qu'à faire affleurer, par

moments, renjouement et cette lumière de Jeunesse que sa musique contenait déjà. Nul effort pour se reiiouvclet' ou se modifier. Mozart n'avait qu'à laisser voir un aspect, un peU voilé ailleurs, de son génie multiple, ailé, renouvelé sans cesse, et qui, sans cesse sensible et frémissant à tous les effluves et à tous les germes de la vie journalière, transfigurait les émotions et les rêves de l'âme humaine, les traduisait dans une musique merveilleuse et leur donnait une expression d'une beauté, d'une grâce, d'une intelligence et d'une bonté, d'une profondeur, d'une facilité toutes divines.

La Mùnécahterie des Peliîs chanteurs à la Croix de Bois.

Je voudrais vous conduire à Florence, dans le cloître de San-Marco. Là, je vous inviterais à méditer devant les fresques pâles et souriantes du peintre Angélique. Car il faut se faire une auti*e âme pour comprendre ce que je vais essayer de vous dire ; je désire vous parler des Petits Chanteurs de la Croix de bois.

Si Florence vous semble trop lointaine, pensez à tel tableau de « primitif » qui vous est plus familier. Retournez au musée du Louvre ; saluez au passage l'exquis et tendre, l'artificieux, le faussement « primitif » Botticelli; mais arrachez-vous à son charme trop mondain et trouble. Allez vers des sources plus pures. Arrêtez-vous, par exemple, devant la prédelle de Saint-DominiqUe. Pénétrez-

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VOUS des paroles fraternelles, naïvement inscrites sur ces banderoles qui sortent de la bouche du saint : laissez chanter en vous, mystérieusement, l'âme ardente et simple que le peintre fit revivre dans sa prédelle si pleine d'un amour divin.

Tout cela, certes, est bien loin du « boulevard » !

Pourtant, près de nous, à Paris, une œuvre vient de naître; et déjà, prompte comme l'amour et la foi, elle fait revivre cette vieille âme des primitifs, confiante, ardente et simple.

Deux étudiants fondèrent cette œuvre, voilà quelques années. Epris de la musique religieuse la plus digne du culte, ils résolurent, presque sans ressources matérielles, de faire triompher le véritable chant grégorien et la polyphonie pales- Tienne. Tout est possible aux convaincus: on peut atteindre Jérusalem quand on a l'âme d'un Croisé.

Avec quarante francs dans leur caisse, nos deux étudiants se mettent à l'ouvrage. Ils louent une cabane en ruine, la réparent ou plutôt; eux-mêmes, ils la reconstruisent. Rien ne les rebute, ni es railleries, ni même l'indifférence. Opiniâtres et doux, confiants dans la pureté de leur entreprise, ils attirent vers eux des concours dévoués : au bout d'un an, les enfants qu'ils avaient recrutés et instruits, étaient déjà en état de chanter quelques motets.

Ces petits chanteurs, ce sont les envoyés, les ipôtres de la musique religieuse. Errants, loueurs actifs, ils cliantent tantôt dans une église, .antôt dans une autre. Pour signifier qu'ils sont oujours prêts à leur saint office, leur groupe fra-

ternel a pris un nom qui veut dire « les chanteurs du matin », la Manecanlerie. Et ils portent, symbole de soumission et de pauvreté, la Croix de Bois sur leur amict de toile blanche.

Telle est la Manécanterie des Petits chanteurs à la Croix de Bois. A Saint-Séverin, j'ai pu les entendre. Là, dans cette église chère à Huysmans, mieux que dans une salle de concert, on peut constater que ces quelque soixante enfants méritent déjà l'encouragement que Pie Xleur a envoyé. Sa Sainteté, dans un Bref tendre et paternel, les a bénis au nom de Dieu qui ex ore infanlium per^^ fecit sibi laudem :

Sur des lèvres d^enfants Dieu parfait sa louange, Vart des Programmes \

Deux amateurs de musique se rencontrent. Ils se demandent de leurs nouvelles et aussi des nouvelles de la musique :

« Eh bien, étiez-vous au concert, dimanche dernier ?

— A quel concert ? On ne Joue plus rien. »

Réponse désenchantée... L'entretien s'arrête... Puis, on parle d'autre chose.

A Paris néanmoins, chaque dimanche, des foules imposantes se ruent dans plusieurs salles de concert. Mais ceux qui se piquent de délicatesse, ceux qui sont ou veulent être les jaloux et iras-

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