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CONCOURS DU CONSERVATOIRE

Certes, au Concours, il est encore un élève ; et l'épreuve, pour être la consécration des études antérieures, ne peut perdre son caractère de scolarité.

D'autre part, à quoi tendent ces études, sinon à former un acteur^ c'est-à-dire un artiste qui agit^ qui a de V action sur le public ?... Pour mesurer cette action, ou du moins essayer de prévoir ce qu'elle pourra devenir, il est indispensable de mettre en présence les deux éléments : l'acteur et le public.

Le public est attiré par les acteurs et chanteurs. 11 vient en moins grand nombre pour les instrumentistes. C'est là une injustice de plus. Les classes de piano, de violon et de cordes sont certainement parmi les premières du monde. Quant aux classes d'instruments à vent, il est facile de les juger lorsqu'on entend les grands orchestres français : elles forment des instrumentistes incomparables.

Les classes qui préparent au théâtre, moins heureuses dans leurs résultats, intéresseront toujours la curiosité publique. Cet intérêt, faut-il le dire, est dominé par des raisons souvent étrangères à l'art. Elles sont vieilles comme le monde : elles se rattachent à plusieurs péchés capitaux, dont j'ai oublié le numéro d'ordre.

Et maintenant, cher ami provincial, qui connaissez mieux que moi tous les bruits et tous les échos de Paris, il ne vous reste plus qu'à courir au Conservatoire. Demandez d'abord une carte à votre député, et revenez dans la vieille Salle co-

quettement pompéienne. Vous n'y verrez plus le public nombreux, fiévreux et tumultueux d'autrefois. Mais, dans les couloirs, vous entendrez les inévitables récriminations : réformes, changements de programmes, rajeunissement des cadres...

C'est la vie. Les feuilles tombent; d'autres poussent ; et l'arbre demeure. Le Conservatoire, bien, qu'il ait plus d'un siècle, n'a pas encore l'âge des grands chênes.

La misère de nos artistes.

Vous connaissez le vieil adage : prîmum viversy deinde philosophari. 11 faut d'abord vivre ; et puis on peut faire le philosophe ou le musicien. Or la vie des artistes, et notamment des compositeurs, est de plus en plus difficile. Il serait coupable de le dissimuler. Très souvent, nous recevons des confidences ou nous voyons la misère de quelque brave homme dont le seul crime est d'être un artiste.

Les conditions matérielles de la vie sont devenues mortelles à quiconque ne peut pas majorer le prix de son activité. Certes, en aucun temps, les arts ou la littérature n'ont enrichi leurs hommes. Et quand on cite, pour éblouir la galerie, les cas extrêmement rares de quelques grands artistes qui ont fait fortune, on oublie de dire que cette fortune (d'ailleurs peu considérable) est due non pas à leur génie, à leurs chefs-d'œuvre, mais à des circonstances heureuses et qui sont presque étrangères à leur création artistique.

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