‹ Chez les musiciens (du 18e siècle à nos jours)Chapitre 6 sur 49 · CHEZ LES ML'SICIENS · texte numérisé non relu

CHEZ LES ML'SICIENS

d'ombre, où de rares lanternes se balancent au bout d'un fîJ, les carrosses à sept glaces se dispersent, précédés de leurs coureurs en livrée galonnée ; des chaises à porteur avancent lentement, éclairées par un laquais qui porte une torche. Et dans le théâtre, où vient de naître avec éclat un chef-d'œuvre, — dans le théâtre désert, silencieux, plein d'un vide noir, les guetteurs de service, fatigués, indifférents, et qui sont aussi des philosophes sans le savoir, achèvent déjà leur ronde, et ils ont fini d'éteindre les dernières chandelles.

Le Déserteur avait tout pour plaire à un élégant auditoire du xvm' siècle. Les grands seigneurs couverts de dentelles, les dames à paniers affectaient d'aimer la nature et allaient la chercher dans de coquettes bergeries.

Sur la scène, la pièce leur faisait voir des gens du commun et des paysans : vertueux, soumis, honnêtes, avec une âme pomponnée de bons sentiments, ces « enfants de la nature » étaient aussi peu réels que dans un conte moral ou philosophique. Et quelle intrigue \... Une bergère, gentiment arrangée comme une poupée de Greuze, attend son fiancé, Alexis, qui est soldat et va bientôt avoir fini son congé. Mais M"® la Duchesse, qui est maîtresse de toutes les terres environnantes, a une bien singulière fantaisie : pour éprouver Alexis, elle organise une noce fictive, celle de la vraie fiancée et d'un comparse. Or Alexis revient, voit passer le cortège nuptial : dans un mouvement de désespoir, il déserte.

Le voici en prison, non pas dans un noir cachot, mais dans une sorte d'aimable corps de garde ; chacun y entre à volonté, et chacun peut en sortir, sauf le prisonnier. Dans sa tristesse, il trouve un fantasque et délicieux compagnon, vieille brisque, buveur et brave homme, plein devin et de chansons, qui ne demande qu'à boire encore et à chanter toujours. C'est Montauciel. Il est trop loyal pour être ni condamné, ni damné, comme l'indique son nom. Morbleu, ce n'est pas lui qui aurait déserté ;

— « Je ne déserterai jamais » chante-t-il dans un air qui est une merveilleuse réussite. Rondeur, bonhomie, hésitations titubantes d'un vieux biberounier, brusques sursauts et raideur militaire du garde-française, — tout est traduit, tour à tour, par une mélodie expressive et franche, primesautière, aussi naïve qu'ingénieuse, très en scène, et qui porte le geste ou plutôt le commande. Elle semble même, et avec d'autant plus d'aisance qu'elle n'y songe peut-être pas, parodier les grands airs et les roulades des tragédies lyriques ou des oratorios. Vraiment, avec son sans-façon, elle est extraordinaire.

Près du vieux et jovial soudard, arrive un jeune niais, parent d Alexis. Montauciel veut trinquer, lafin de boire encore, et il le force à chanter. Le jeune niais, en voix de fausset, glapit un chant lugubre :

— Est-ce pour porter le diable en terre, s'écrie Montauciel. Et le voilà qui entonne une chanson à boire :

— Et maintenant, dit-il, chantons ensemble.

— Mais je ne sais pas votre chanson.

— Et moi, est-ce que je sais la vôtre ?... Chantons ensemble, morbleu !... Dites votre chanson, et moi la mienne.

Or, les deux chansons, si différentes, s'emboîtent à ravir. Et cet effet, comique par l'imprévu, est réussi avec une franchise, une verve irrésistibles :

— « Cette double chanson, écrivait Berlioz, j'avoue que je la regarde comme un trait de génie, ni plus ni moins. »

Au troisième acte, l'ineffable Montauciel, qui ne sait pas lire, essaye de déchiffrer la lettre d'un camarade : Monsigny lui prête encore un air d'une amusante cocasserie. Mais voici qu'on apprend que la fiancée, alors que le Roi venait au camp, a pu s'approcher de Sa Majesté et obtenir la grâce d'Alexis: aussitôt Monsigny, sans nulle recherche, atteinte une émouvante grandeur... Après quelques brefs épisodes, la scène change ; et on voit Alexis, gracié devant le peloton d'exécution, et rejoint enfin par sa fiancée.

Cette anecdote est bien enfantine, et jamais personne n'a dû la prendre au sérieux. Mais Sedaine, dans la conduite des scènes, dans le dialogue parlé et même dans la versification des couplets, montre à la fois une naïveté et une grosse adresse qui désarment et qui charment.

Quant à la partition de Monsigny, avec les ressources les plus simples, elle est d'une fraîcheur, d'une vivacité, d'une douceur ingénue et d'un na-

turel qui séduisent à coup sûr. Par moments, elle atteint à Témotion et à la poésie. Et toujours, elle est d'une extraordinaire, d'une vivante vérité d'expression : ^

— « Monsigny, déclarait encore Berlioz, est aussi vrai dans son genre que Gluck dans le sien.»

La partition, intimement adaptée au livret de Sedaine, réalise un des modèles les plus accomplis de Topéra-comique français.

Le succès du Déserteur fut prodigieux. Chose rare au théâtre, ce fut un succès durable. Ni Grétry, ni Gluck et ses continuateurs, ni Boieldieu et Auber, ni la révélation de Beethoven, ni la vogue universelle de Meyerbeer, ne purent faire que JVIonsigny ne restât pas le maître d'un petit jardin qui était bien à lui. En 1843, une reprise fameuse lui valut un nouveau regain de succès, et notamment des articles enthousiastes, clairvoyants, (le deux juges qui sont excellents à des titres divers : Henri Heine et Berlioz. Berlioz détestait les opéras-comiques, parce qu'il en écoutait, par métier de feuilletoniste musical, beaucoup d'insignifiants ou d'exécrables. Mais il était trop artiste, trop poète, pour ne pas être ému par la charmante et sincère sensibilité de Monsigny, et pour ne pas applaudir à la grâce, à l'esprit, à la vivacité, à l'imprévu comique d'une œuvre aussi heureusement réussie que le Déserteur.

Quant à Monsigny, le Déserteur marque le point culminant de sa carrière. Trois ans plus tard, son opéra-comique le Faucon n'eut qu'un dcmi-suc-

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ces ; puis la Belle Arsène fut plus heureuse ; enfin Félix ou C Enfant /roHf^, malgré d'admirables morceaux, n'eut qu'une existence courte et sans gloire. « Alors Monsigny se tut. C'était un sage. C'était même un homme d'esprit. On pourrait citer les titres de trois pièces non jouées, et mentionner quelques démarches qu'il fit pour elles; ... mais non, en vérité, il renonçait au théâtre et à la musique. Il avait alors cinquante ans.

Pour quelles raisons, ce renoncement ?. . . Je viens de le dire : c'était un sage. 11 sentait que, pour lui, c'était fini de chanter : il se tut. Quand Bedaine insista pour qu'il fit la musique de Richard Cœur de Lion, Monsigny lui rendit le livret, doucement mais fermement, et lui écrivit :

« Je ne puis faire votre pièce ; prenez Grétry ».

On aime une telle loyauté, une telle connaissance de soi-même.

Et puis, dans une famille qu'il fréquentait depuis longtemps, il y avait une grande jeune fille qui ne se mariait toujours pas. Les années passaient ; elle avait trente ans : Monsigny l'épousa, bien qu'il eut cinquante-cinq ans. On était alors en 1784.

Bientôt 89, la Révolution, la ruine de la famille d'Orléans, et pour Monsigny, un état voisin de la misère. Et sa vue s'affaiblissait : il était menacé de devenir aveugle. Il se retira faubourg Saint- Martin, derrière la Foire Saint-Laurent où il avait fait jouer ses premières œuvres. 11 avait la jouissance d'un petit jardin, où il se promenait avec sa fille et son fils.

Quand on reconstitua l'Institut, on l'oublia ; quand on fonda le Conservatoire, on l'oublia. Toutefois peu après, on lui donna une place d'inspecteur des études ; il est vrai qu'on lui retint la moitié de son tr^aitement pour faire une rente à la veuve de son prédécesseur ; et d'ailleurs, au bout de deux ans, cette place fut supprimée.

Monsigny se résigna, bonnement, simplement. Le ministère, le théâtre qu'il avait tellement enrichi, lui servaient de modestes pensions. Le glorieux musicien de jadis attendait la mort, sans impatience, sans rancune contre les hommes ; et même il continuait à aimer la vie, comme une belle chose qui s'éloigne.

11 avait quatre-vingt-quatre ans, lorsque l'Institut s'aperçut qu'il avait oublié .Monsigny : il l'élut parmi ses membres (1813). Grétry venait de mourir : c'était peut-être lui, intrigant et hâbleur, la cause de ce long oubli.

Monsigny ne sortait plus guère. « Mais, rapportera sa fille, il se promenait encore dans son jardin ; il en revenait toujours avec une rose à la main ou à la boutonnière. »

« Le25décembre 1816,écrit-elle encore, ilse leva comme à son ordinaire ; à peine fut-il habillé qu'il se trouva mal ; il fallut le remettre au lit... Le 9 janvier, il fut administré, se trouva mieux ensuite, et nous eûmes un moment d'espoir; mais c'était le dernier edbrt de la nature. Le li janvier, un mardi, à cinq heures du matin, il termina sa longue et honnête carrière, laissant après lui une réputation de bonté et de probité qui n'a

jamais été contestée. La cérémonie funèbre eut lieu le jeudi, et le corps fut porté au cimetière du Père-Lachaise. »

Tel est le récit de sa fille, récit simple et sincère comme Monsigny même.

Aux obsèques, il y eut des discours officiels ; dans les feuilles, il y eut des articles ; et, au théâtre, on profita de cette actualité, de cette mort, pour remettre ses œuvres sur l'affiche.

La tombe de Monsigny, derrière la chapelle du Père-Lachaise, à gauche en montant, c'était une pierre plate entre quatre thuyas. La concession n'était que de dix ans ; ses enfants, beaucoup trop pauvres, ne purent la renouveler. En 1827, les restes anonymes de Monsigny disparurent, mêlés à beaucoup d'autres.

Mais lui-même était si bon qu'il serait désolé de nous attrister. 11 nous demanderait plutôt de l'oublier, afin de nous laisser doucement émouvoir et charmer par sa musique. Je crois bien qu'il rougirait un peu, s'il me voyait étendre à cette musique ce que Voltaire écrivait à Sedaine,pour le remercier du livret du Déserteur ;

« Monsieur, c'est un grand art que celui de rendre les hommes heureux pendant deux heures.»

Ses origines flamandes.

J'aimerais à vous entraîner jusqu'à Bonn, près du Bhin, afin de méditer dans la maison natale de Beethoven. Utilisons les documents remis au jour par les érudits, et tâchons de deviner et de saisir la vie réelle dont ils sont le témoignage.

Les van Beethoven étaient de race flamande, originaires d'Anvers et de Malines. Gens de peu, et de condition « mécanique » ; tailleurs, ciriers, ou négociants en vins. L'un d'eux, brusque, volontaire, s'éloigne de sa famille à la suite d'une discussion. Le jeune homme, doué d'une belle voix, s'arrête quelque temps à Louvain, où il se fait engager comme chantre à l'église collégiale. Puis il pousse jusqu'à Bonn, est accepté dans la chapelle de l' Archevêque-Electeur et se marie. Il sera le grand-père de Beethoven.

C'était un brave homme, sérieux, sujet aux bourrasques, mais tout de suite repris par son bon cœur et son jugement droit. Dans cette petite ville tranquille, où tout se sait, chacun l'estimait. Aussi bien il avait su acquérir quelque aisance, non pas avec la musique, mais en faisant le commerce du vin. Par malheur, sa femme buvait... Cet homme énergique la fit hospitaliser dans un couvent.

Son fils, Jean, assez doué pour la musique, lui

donnait peu de satisfaction. Flâneur, insouciant, traînant dans les tavernes. Un jour, il ramène à la maison une femme, encore jeune, fille d'un cuisinier et veuve d'un valet de chambre ; il déclare qu'il veut se marier avec elle.

— Fais ce que tu voudras, bougonne le vieux [ Beethoven... Moi, je te laisse le logement ; je déménage.

Et il n'assista même pas à la noce, qui fut fort > modeste.

Les nouveaux mariés s'installent dans la maison de la Bonngasse (aujourd'hui le Beethoven Haus), Sur la rue, dans les deux étages d'apparence aisée, habitent le propriétaire, un passementier, qui tient boutique, et aussi tout un groupe de musiciens, la plupart attachés à la chapelle électorale ou au théâtre. Sur la cour, il y a une ; bâtisse plus modeste, d'un seul étage, avec un comble mansardé. L'escalier de bois est étroit, raide comme une échelle. Dans une des mansardes, tristement éclairée par une fenêtre basse, un premier enfant naquit, en 1769, et mourut quelques jours après. Les années suivantes, six autres enfants vinrent encore au monde, dont trois moururent en bas âge. Mais Fun de ceux qui survécurent, fut « Ludovicus van Beethoven », le futur auteur des Neuf symphonies.

11 fut baptisé le 17 décembre 1770.

Le grand-père, le bon Flamand, avait pris en pitié le ménage de son fils : pauvre jeune femme, le plus souvent délaissée, maladive, résignée, accablée par des maternités fréquentes, et que

rongeait déjà la phtisie... Et le grand-père songeait à ce que pourrait être l'avenir du petit Ludwig, qu'il aimait avec tendresse.

Quand le vieillard mourut, l'enfant venait d'avoir trois ans... Mais plus les années montrèrent le caractère de Beethoven, plus les contacta de la vie firent sentir qu'il était l'image vivante de son grand-père flamand.

Dans sa musique même, malgré les influences venues de l'Italie, de l'Allemagne ou de la France, et bien qu'il ait surtout vécu à Vienne, rien ne put effacer ce qu'il devait à sa race flamande. L'insouciance, la mollesse élégante de Vienne la voluptueuse, ne le pénétrèrent pas. Il résista aussi à la rêverie, à Timprécision, aux philosophismes et aux symbolismes où s'abandonne la pensée germanique. Par sa robustesse, par sa puissance, par son vigoureux et sain équilibre, par une précision qui reste nette et lumineuse jusque dans les expressions les plus profondes, son art reflète son âme originaire, celle d'un véritable Flamand. Le goût de Beethoven pour la liberté, son respect de la dignité humaine, sont bien de la race fière qu'aucun pouvoir n'a jamais pu asservir ni caporaliser. Nulle âme, plus que la sienne, n'aurait vomi la Kulliir^ c'est-à-dire la pédante et criminelle barbarie qui fut inventée plus tard par la Prusse, et acceptée par rAllemagne ivre de pangermanisme.

Flamand par son origine, le génie de Beethoven fut d'une telle ampleur, d'une telle magnanime pureté, qu'il appartient à l'humanité tout

entière. L'art ne fut pas pour lui un simple divertissement. Beethoven fit servir la musique à l'expression des sentiments les plus profonds : il fut une des voix du mystère que nous sommes tous. Ce grand créateur fut un des inspirés qui révèlent à l'âme humaine la noblesse où elle peut s'élever ; il fut un des initiateurs que Victor Hugo caractérisait profondément ;

Ceux qui font reculer plus loin dans Vinfini

Le point sombre où V homme commence,

La Messe en ré, expi'ession de Beethoven même.

« Venue du' cœur, puisse-t-elle y retourner! »

Telle est l'épigraphe, inscrite par Beethoven sur la première page de sa partition. ^

Rien de plus juste : cette Messe est l'expression même du cœur de Beethoven ; elle en est le « reflet mélodique ».

Les Hymnes de la messe, utilisés tour à tour par des musiciens divers, offrent un texte immuable. Mais ce texte n'est pour eux qu'un prétexte à s'exprimer eux-mêmes.

Une telle vérité, si évidente, étonne moins les lecteurs lorsqu'on la constate à propos d'œuvres profanes. Par exemple, on admet plus facilement que le Faust de Gœthe suscite des musiques aussi différentes que celles d'un Berlioz et d'un Schumann, d'un Gounod et d'un Liszt. D'ailleurs Gœthe déjà, utilisant le nom et la légende de Faust ^ avait prêté à ce personnage « passe-par-

tout » ses propres idées, ses rêves ou ses fantaisies philosophiques : sous le nom de Faust, Gœthe exprima son âme même.

On pourrait faire des remarques analogues à propos de maintes compositions de musique religieuse. Par exemple, le Requiem commencé par Mozart, nécessaire et suprême aboutissant de l'âme et de l'art mozartiens ; — le Requiem de Berlioz, série de fresques fantasques, improvisées par un Jeune-France de génie... Dans chaque Requiem^ le texte latin est semblable [objectifs comme disent les philosophes) ; mais la musique est une expression personnelle de chaque musicien, — une expression subjective.

Il en va de même pour les Messes musicales. Sans recourir à Tillustre exemple de la Messe en si de Bach, on peut se contenter de comparer les deux Messes de Beethoven ; celle en do, composée en 1807, et celle en ré, la Messe solennelle, terminée en 1822. Chacune d'elles exprime la même âme, mais à deux moments différents.

Dans une telle variété d'expressions si individuelles, si passagères même, faut-il voir le triomphe du sens propre, comme disent les théologiens, et exclure de la musique convenant au culte, ces œuvres d'un art profane, presque mondain, — ces œuvres qui, en définitive, sont du « siècle ))?... La question est délicate et nous n'avons aucun titre à la trancher. Toutefois, il ne faut pas confondre la musique d'église, exécutée à l'église, avec la musique religieuse, exécutée au concert. L'une d'elles, unie au culte, incor-

porée aux cérémonies rituelles, est logiquement soumise aux gardiens mêmes du culte ; et l'autre, à demi profane, en marge de la religion, relève plutôt de l'esthétique séculière. De fait, ces Messes musicales et oratorios sont rarement exécutés dans les églises pour participer au culte ; mais ils peuvent, ils doivent enrichir les programmes des concerts. Ce sont des œuvres aussi grandes et aussi hautes que les plus belles symphonies. La Messe en ré doit prendre, dans la faveur du public le même rang que la Sijmphonie avec chœurs. Si l'on regarde les choses d'un peu haut, si l'on tâche de présager le mystérieux travail que les chefsd'œuvre continuent de faire dans l'esprit de cha^ cun, — il faut espérer que la Messe solennelle deviendra familière à l'élite du public. Ce sera là un événement des plus heureux pour la formation du goût. Vraiment, il faut encore citer cette lettre, écrite en 1824, et que le prince Galitzine adressait à Beethoven :

(( L'effet que cette musique a fait sur le public est inexplicable. Je ne crains pas d'exagérer en disant que je n'ai jamais rien entendu de si sublime ; je n'excepte même pas les chefs-d'œuvre de Mozart, qui, avec leurs éternelles beautés, ne m'ont pas fait naître les mêmes sensations que vous m'avez données, Monsieur, par le Kyrie et le Gloria de votre messe. La savante harmonie et la touchante mélodie du Benedictus transportent l'âme dans un séjour vraiment bienheureux. Enfin toute cette œuvre est uu trésor de beautés. On peut dire que votre génie a devancé les siècles,

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et qu'il n'y a peut-être pa^ d'auditeurs assez éclairés pour goûter toute la beauté de cette musique ; mais c'est la postérité qui rendra hommage et qui bénira votre mémoire bien mieux que ne pourront le faire vos contemporains. »

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