‹ Chez les musiciens (du 18e siècle à nos jours)Chapitre 7 sur 49 · I. — Un Français oublié · texte numérisé non relu

I. — Un Français oublié

— (( Méhul est un belge », déclaraient près de moi, des amateurs qui sortaient du concert. Mais ils ne savaient pas l'histoire de la musique mieux que la géographie. Méhul, ainsi que Berlioz et Saint-Saëns l'ont écrit, est un des musiciens qui font grand honneur à l'Ecole française. Bien plus, il est Français, car il est né à Givet, c'est-à-dire dans le département des Ardennes.

De nos jours, le public, même cultivé, connaît

bien peu d'œuvres de ce maître si attachant : on

! sait qu'il a écrit Joseph, un véritable chef-d'œuvre

' que rOpéra-Comique devrait reprendre de temps

à autre, et c'est à peu près tout. Parmi la foule,

; Tadmirable Chant du Départ est resté populaire ;

mais, tous ceux qui ont entonné : la Victoire, en

chantant, nous ouvre la carrière, savent-ils que cette

I mélodie héroïque et pure est de Méhul ?

Une de ses symphonies (eu ré) vient enfin d'être j exhumée. C'est une œuvre délicieuse. On y sent , bien que Mozart et Haydn étaient des dieux pour

Méhul ; on y retrouve aussi des accents dramatiques et une netteté d'idées qui ne surprennent pas chez ce disciple de Gluck. Et l'on y respire un agrément, une bonne grâce, une cordialité, une rectitude morale, qui sont proprement un charme. Ici, ce n'est pas seulement le musicien qu'on admire, mais c'est l'auteur, c'est l'homme même qu'on voudrait connaître pour l'aimer \

Cette musique, sans y prétendre, le reflète tout entier : il est bon, simple, honnête, sensible (comme on disait alors) ; — il respecte son art, et même il s'applique. Parfois, par habitude de chercher l'expression dramatique, il risque des enchaînements dont la hardiesse l'étonné, il se laisse entraîner à tels accents où il fait presque penser à Beethoven (eh I oui, mais n'oublions pas le presque, et rappelons-nous que Weber et Wagner admiraient Méhul) ; — mais aussitôt il se surveille, et reprend tranquillement des imitations, des réponses et un bien sage parallélisme, sans doute pour ne pas être grondé par le puriste Chérubini.

Et c'est aussi un homme de bon sens et de bon goût ; il ne cherche ni à forcer son talent, ni à donner le change, ni à en imposer. Ce qu'il écrit dans cette symphonie, il le pense de tout son cœur. Aussi cette œuvre, un peu pâle, un peu timide et scolaire, garde le charme des œuvres sincères : on l'aime parce qu'elle est vraie. —

1. Une réduction, pour piano, a été publiée par M. Paul Vidai (Sénard, éditeur).

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