‹ Chez les musiciens (du 18e siècle à nos jours)Chapitre 9 sur 49 · II. — Joseph · texte numérisé non relu

II. — Joseph

Joseph est un drame en prose où, de place en place, Méhul a mis un peu de musique. Pour que cette musique conserve toute sa valeur, il est nécessaire que les divers morceaux soient espacés par de longues scènes parlées.

Vous pouvez le vérifier vous-même. Lisez au piano cette partition : je ne crois pas que vous puissiez dépasser, avec plaisir, le premier acte. Pourtant, les deux autres sont presque aussi beaux. Mais, lus coup sur coup, sans ces repos qui laissent un peu oublier ce qu'on vient d'en-

tondre, ils ne produisent presque plus d'émotion.

Eu effet, les moyens d'expression dont dispose Mehul ue sont ni riches, ni variés, ni renouvelés par l'imprévu;

A la scène, séparés les uns des autres pai* le dialogue parlé, ils ne manquent pas de « toucher » l'auditeur. Pour prendre le style du tempsjj « le cœur ne laisse pas que d'y être sensible »j

Et, à travers cette musique, on voit apparaîtra Tâme tendre et surannée, souriante et tragique d( ce bon et grand Méhul.

Un de ses amis, qui écrivit une plaquette dé' licieusement démodée, porte sur Joseph ce jugement où l'on croit entendre Méhul même :

« Plus austère que Baour-Lormian dans ssf tragédie d'Omas/s, Méhul avait banni de son sujet tout profane accessoire... Noblesse... vérité... simple grandeur des scènes de la Bible... pompes de l'Egypte et grandiose sans limite du désert... »

Nous pouvons souscrire à ces paroles amicales, — mais sans oublier queJoSe;;/? utilise des moyens musicaux capables de plaire aux délicats de 1807.

Songez encore, pour vous préparer à mieuxgoûter cette musique, songez qu'après la mort de Méhul un groupe d'élèves du Conservatoire alla sur sa tombe, au Père-Lachaise : là, pour honorer ses mânes (comme on disait en 1818), ils chantèrent « le chœur du sommeil des Bardes, pris dans Ut liai... »

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