‹ Chez les poètesChapitre 13 sur 63 · LEGENDE · texte numérisé non relu

LEGENDE

Deux enfants sur le bord d'une fraîche rivière Jouaient et, dans leurs jeux folâtres, les petits Tantôt au fil de l'eau faisaient bondir la pierre, Tantôt allaient cueillant les bleus myosotis.

Tout à coup sur leurs pas, derrière un vert feuillage, Éclatent dans les airs des sons mélodieux ; Étonnés, doucement ils marchent à l'ombrage Et l'auteur du doux bruit se découvre à leurs yeux.

C'était un Nixe blond, jeune homme en robe verte; Au pied d'un saule assis, tenant sa harpe d'or, Il faisait sur les fils voler sa main alerte Et chantait du flot pur le lumineux essor.

La musique était douce et qui pouvait l'entendre Devait avoir le cœur plein d'attendrissement; Et pourtant les petits d'un mot sec et peu tendre Accueillirent le barde et son doux instrument.

Nixe, lui dirent-ils, demeurez en silence; Pourquoi chanter encor? ne savez-vous donc pas Que l'onde ne peut plus ouïr votre cadence Car pour vous il n'est point de salut ici-bas.

A ces mots désolants le Nixe fut en larmes; Sa voix se répandit en douloureux sanglots Et, sa harpe jetant, comme un guerrier ses armes, Il disparut soudain sous le voile des eaux.

Les enfants enchantés de leur triste victoire Rentrèrent au logis, joyeux et triomphants, Et là trouvant leur père ils lui firent l'histoire Du Nixe disparu sous les flots verdoyants.

Mais le père, homme bon, de piété sévère, Ne les approuva point dans leurs malins récits ; Il ne les baisa point comme à son ordinaire; Le mécontentement fronçait ses noirs sourcils.

Enfants, petits enfants, vous méritez le blâme; Envers le doux chanteur votre esprit s'est conduit

Fort mal, retournez donc vite calmer son âme Et dites lui que Christ est mort aussi pour lui !

Lorsque les deux enfants revirent la rivière Le Nixe avait quitté la profondeur des eaux, Et sur la rive assis, les mains à la paupière, Le cœur gros d'amertume, il poussait des sanglots.

Nixe. ne pleures plus, crièrent-ils ensemble ; Notre bon père dit que notre sainte foi Dans un commun salut tous les êtres rassemble Et que le Rédempteur est mort aussi pour toi!

Ces mots inattendus furent pour l'âme en peine Comme le cri divin d'un consolant espoir, Comme le doux rayon d'une clarté sereine Qui luit au prisonnier au fond d'un cachot noir.

Le Nixe rassuré sécha vite ses larmes; Il leva vers le ciel un œil brillant d'amour; Puis de sa harpe d'or la voix pleine de charmes Résonna doucement jusqu'au tomber du jour.

Imité du vieil allemand.

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