‹ Chez les poètesChapitre 15 sur 63 · TABLEAU D'HIVER · texte numérisé non relu

TABLEAU D'HIVER

Le ciel est d'un gris mat, la campagne est déserte,

La neige aux blancs flocons recouvre l'herbe verte

Et le pauvre bétail dans retable enfermé

Mange ou dort sur le flanc son somme accoutumé.

A peine aperçoit-on au dehors, dans la plaine,

Les pas égaux d'un bœuf qui lentement ramène

Le bois de la forêt tranché péniblement.

Tous les oiseaux ont fui — pour un ciel plus clément

Est parti sans regret leur sonore phalange.

On ne voit plus voler que la fauve mésange

Qui chante encore un peu malgré le froid qu'il fait,

Ou sauter çà et là le petit roitelet,

Et le moineau qui vient au seuil de la chaumière

Becqueter hardiment les grains tombés à terre

Hiver, ô triste hiver! Si rude que tu sois, Ma lèvre cependant ne sera pas sans voix. Malgré ton deuil lugubre et ta rigueur extrême J'aurai toujours des chants pour la femme que j'aime. Va, tu peux moissonner les feuilles des forêts Ravir à nos prés verts et nos bocages frais Toutes leurs douces fleurs, j'en trouverai pour elle. Oui, du fond de ce chaume où ton souffle me cèle Je saurai composer pour elle des bouquets Non de lys, de jasmins, de roses et d'œillets, Mais de vers amoureux et ces fleurs de mon âme Ecloses aux chaleurs d'une divine flamme Braveront, sombre hiver, ton givre et tes frimas, Car si l'art les avoue elles ne mourront pas.

Imité de Gesner.

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