TABLEAU D'HIVER
Le ciel est d'un gris mat, la campagne est déserte,
La neige aux blancs flocons recouvre l'herbe verte
Et le pauvre bétail dans retable enfermé
Mange ou dort sur le flanc son somme accoutumé.
A peine aperçoit-on au dehors, dans la plaine,
Les pas égaux d'un bœuf qui lentement ramène
Le bois de la forêt tranché péniblement.
Tous les oiseaux ont fui — pour un ciel plus clément
Est parti sans regret leur sonore phalange.
On ne voit plus voler que la fauve mésange
Qui chante encore un peu malgré le froid qu'il fait,
Ou sauter çà et là le petit roitelet,
Et le moineau qui vient au seuil de la chaumière
Becqueter hardiment les grains tombés à terre
Hiver, ô triste hiver! Si rude que tu sois, Ma lèvre cependant ne sera pas sans voix. Malgré ton deuil lugubre et ta rigueur extrême J'aurai toujours des chants pour la femme que j'aime. Va, tu peux moissonner les feuilles des forêts Ravir à nos prés verts et nos bocages frais Toutes leurs douces fleurs, j'en trouverai pour elle. Oui, du fond de ce chaume où ton souffle me cèle Je saurai composer pour elle des bouquets Non de lys, de jasmins, de roses et d'œillets, Mais de vers amoureux et ces fleurs de mon âme Ecloses aux chaleurs d'une divine flamme Braveront, sombre hiver, ton givre et tes frimas, Car si l'art les avoue elles ne mourront pas.
Imité de Gesner.