‹ Chez les poètesChapitre 16 sur 63 · SCÈNE D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE D'ÉTÉ

Un vieux poète un jour me tenait en émoi; Je lisais sous un arbre et ma jeune maîtresse Inquiète, vaguait, tournait autour de moi Comme autour du berger son doux maître et son roi, La chevrette qui veut qu'on la flatte et caresse. Pourquoi lire toujours? pourquoi tenir mes yeux Sur un papier sans vie et sur des lignes grêles, Lorsque pour refléter le feu de mes prunelles Elle offrait deux miroirs aussi purs que les deux? Pourquoi de tant de mots appesantir ma tête Et me pâlir le front lorsque son cœur brûlant Repoussant à grands coups sa blanche chemisette Pouvait si bien répondre à mon cœur palpitant?

Pauvre amie! elle était mécontente, jalouse De mon livre et je crois qu'elle me l'eût ôté De la main et jeté sur la verte pelouse Sans la peur de déplaire et sa timidité. Aussi pour apaiser sa tendre inquiétude, Calmer l'élan discret de son divin tourment, Laissant aller mon front sur son sein, mollement, Je fermai le vieux livre et finis mon étude. — Oh! comme alors son œil devint clair et perçant, Gomme sa lèvre en feu s'élança sur la mienne, Gomme le vent d'amour embaumait son haleine, Que sa joue était rouge et son sein bondissant ! Elle avait triomphé, l'aimable et douce fille, Vaincu le Dieu des vers et son fils immortel; Elle avait sans tonnerre et sans carreau qui brille Jeté le vieil Homère en bas de son autel. Ah! qu'est-ce que l'Olympe et ses rois magnanimes A côté des splendeurs d'un visage amoureux? Qu'est-ce que Zeus armé de ses foudres sublimes En face de l'éclair parti de deux beaux yeux? Qu'est auprès d'un baiser savoureux, l'ambroisie Des purs festins de l'art et de la poésie, Et que sont les transports du cerveau le plus grand Auprès des bonds d'un cœur aimant ?

Inspiré de Gœtiie.

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