‹ Chez les poètesChapitre 17 sur 63 · VANITAS "VANITATUM · texte numérisé non relu

VANITAS "VANITATUM

Je ne mets mon esprit sur rien, C'est pourquoi je me trouve bien : Qui veut me tenir compagnie Ne songera plus qu'au bon vin Et le boira jusqu'à la lie :

Hourra!

Sur l'argent je mis mon esprit, Avec l'argent l'ennui me prit :

L'argent est comme un flot qui roule, Quand d'une main on le saisit De l'autre bien vite il s'écoule.

Hélas!

Aux belles je donnai mon cœur; Mais il m'en arriva malheur :

L'amour faux me rendit volage, Le vrai me sécha de maigreur, Le meilleur n'est pas en usage.

Hélas!

Des voyages bientôt épris, Je quittai mon bon vieux pays; Mais, loin de nos champs, quel malaise! Mes discours n'étaient plus compris; Partout lit dur, table mauvaise.

Hélas !

Alors je voulus du renom; Je fis prose et vers à l'oison, Puis, quand j'eus attrapé la gloire, Je fus digne de pendaison Et je devins la bête noire.

Hélas 1

Enfin j'ai tenté les combats; Maint grand coup illustra mon bras; Pour l'ennemi, Dieu! quelle guerre!

Mais nos amis furent bien bas Et ma jambe resta par terre.

Hélas!

Maintenant je ne pense à rien Aussi le monde m'appartient :

Tout finit, chanson, bonne chère; Reste le plus mauvais du vin :

Buvons-en la goutte dernière!

Hourra !

Imité de Gœthe.

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