‹ Chez les poètesChapitre 26 sur 63 · A M. JULES VUY, DE GENEVE · texte numérisé non relu

A M. JULES VUY, DE GENEVE

0 Cyriac, voilà trois ans que mes deux yeux, Pour le regard d'autrui sans taches ni souillure Sont privés de lumière et, globes paresseux, Ne vont plus remplissant l'office de nature.

Depuis trois ans tout m'est voilé d'un crêpe noir, La terre, les humains, soleil, étoiles, lune; Pourtant loin d'accuser Dieu de mon infortune Calme, je marche droit et ne perds point l'espoir.

D'où me vient, diras-tu, si grande patience? Ami, je répondrai : C'est de la conscience D'avoir au prix des yeux servi la Liberté.

Ce penser me soutient et, seul, guidant ma vie Par le fracas du monde et dans sa comédie, Me contente le cœur jusqu'en la cécité.

Traduit de l'anglais.

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