LA ROSE MOUILLÉE
Comme Anna présentait une rose à Marie,
Vint une averse et la fleur fut en eau; Et, triste, elle tenait bas sa tête jolie,
Tant lui pesait le liquide fardeau.
Son calice était plein, ses feuilles tout humides;
Elle semblait pleurer maint frais bouton Laissé bien à regret sur les tiges splendides
De son natal et verdoyant buisson.
Vite, je la saisis et la jugeant peu faite
Pour figurer ainsi dans un bouquet, Je la secouai fort, trop fort, car la pauvrette
Tomba rompue à mes pieds. Ah! tel est,
M'écriai-je, souvent le fait impitoyable
D'un délicat qui n'a souci ni peur De froisser, même plus, briser un cœur aimable
Au dur chagrin résigné. Cette Heur Pur ma main secouée avec moins de rudesse
Eût pu briller encore un jour ou deux : Les pleurs que l'on essuie avec un peu d'adresse
Peuvent avoir un sourire après eux.
Traduit de William Cqwpisr.