‹ Chez les poètesChapitre 30 sur 63 · DERNIERS VERS DE LORD BYRON · texte numérisé non relu

DERNIERS VERS DE LORD BYRON

A l'occasion de mes trente-six ans.

Il est temps que mon cœur reste froid, immobile, Puisqu'il n'anime plus de son ardeur fébrile D'autres cœurs: cependant quoique en son tendre essor Des belles il n'ait plus qu'un sourire stérile, 11 faut qu'il aime. . . aimons encor!

Mes jours sont à leur feuille aride et jaunissante; Fleurs et fruits de l'amour, verdure éblouissante, Tout s'est évanoui. ... le souci, ver rongeur, Et le regret amer, chenille dévorante,

Sont demeurés, seuls, dans mon cœur.

Le feu qui nuit et jour me brûle, me consume

Est celui d'un volcan solitaire et qui fume

Au sein d'une mer sombre en horreur au nocher;

Nul flambeau maintenant à ce feu ne s'allume;

Ce n'est qu'un funèbre bûcher.

Espoirs, craintes, soupçons, ivresses, jalousies, Amour, tous tes bonheurs, toutes tes frénésies, Ne sont plus par mon cœur ressentis ni soufferts ; Je ne partage plus tes transes infinies Et pourtant je traîne tes fers !

Mais ce n'est pas ainsi, ni point ici que l'âme En de pareils pensers doit absorber sa flamme, A cette heure où la Grèce orné d'un vert laurier Le cercueil du héros, où la gloire proclame Les nobles exploits du guerrier.

La bannière, l'épée et le champ de bataille Sont devant toi! la Grèce autour de toi tressaille; Le mâle Spartiate au logis rapporté Sur son grand bouclier entr'oiivert par l'entaille N'était pas plus en liberté!

Réveille-toi! non pas cette femme sublime La Grèce, elle n'est plus dans sa torpeur infime ; Mais toi, toi mon esprit, sors d'un sommeil honteux, Pense à tes aïeux fiers, ta souche magnanime Et frappe des coups dignes d'eux.

Rejette, foule aux pieds ces passions brûlantes S'assoupissant parfois mais bientôt renaissantes

Et peu dignes des jours de ta virilité. Que te font aujourd'hui les lèvres caressantes Ou les dédains de la beauté?

Pourquoi vivre, si tu regrettes ta jeunesse? N'as-tu pas devant toi les plaines de la Grèce, La terre de l'honneur et d'une belle fin ? Debout! à la bataille et dans sa rouge ivresse Finis ton douloureux destin !

Cherche ce qui souvent est aux champs de ce monde, Moins cherché que trouvé, cette fosse profonde Où du brave sans vie on enferme les os : C'est pour toi le meilleur. . . vois, regarde à la ronde, Prends ta place et fais ton repos!

Missolonghi, 24 janvier 1824.

Traduit de l'anglais.

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