LE RÉVEIL DE LA SULTANE
Lorsque, vers le matin, le corbeau de la nuit Eut pris son envolée et fait place au doux bruit
Des oiseaux de l'aurore, Que les gais rossignols cachés dans les bosquets Emplissaient l'air des chants et des brillants caquets
De leur gorge sonore, Que la rose entrouvrant les voiles de son sein Avec tous ses boutons, effervescent essaim,
Exhalait son arôme Et que la violette, ornement des gazons, A l'odeur des jasmins étoilant les buissons
Entremêlait son baume,
Zuleïka plongée en un sommeil heureux
Avait le cœur tourné vers l'autel radieux
D'une vision sainte;
C'était moins un sommeil qu'une molle torpeur, Un vague égarement causés par la langueur De la lumière éteinte.
Ses esclaves du front touchèrent ses pieds nus; Ses femmes sur sa main aux doigts longs et menus
Mirent leur lèvre tendre; Alors elle écarta son voile comme un lys Secouant l'eau que l'aube aux rayonnements gris
Dans les fleurs vient répandre, Elle ouvrit ses deux yeux tout chargés de sommeil Et l'on aurait cru voir la lune et le soleil
Jeter leur clarté belle :
Puis sur le lit soyeux son corps blanc se dressa Et sans dire un seul mot son œil se promena
Doucement autour d'elle...
Imilé de Jaumi.