‹ Chez les poètesChapitre 56 sur 63 · LES LARMES DE CYPRIS · texte numérisé non relu

LES LARMES DE CYPRIS

Mortellement blessé par la dent meurtrière

Adonis expirant gît sur la froide terre.

De sa cuisse de neige à long flot le sang sort

Et ses yeux vont nageant dans l'ombre de la mort.

Autour de lui dressés, ses molosses fidèles

Poussent des hurlements aux voûtes éternelles;

Les nymphes des grands monts gémissent et Gypris

Se jette toute en pleurs sur le corps d'Adonis.

« Arrête, lui dit-elle, ô malheureux, arrête, Ne te rends pas si vite à ta sombre retraite; Laisse-moi réchauffer un peu tes membres froids Et t'embrasser encor pour la dernière fois. Relève sur mes yeux un moment ta paupière Et donne-moi d'amour une marque dernière,

Un suave baiser que sou toucher divin

Fasse passer ton âme entière dans mon sein.

J'enivrerai mon cœur de sa douceur suprême

Et je l'y garderai comme ton beau corps même,

Puisqu'à jamais, hélas! tu t'éloignes de moi,

0 mon cher Adonis! c'en est donc fait de toi!

Tu voles sur les bords de Tonde ténébreuse

Vers le roi triste et dur, et moi, moi, malheureuse

Je vis, je suis déesse et je ne puis là-bas

Te suivre! Ah! sur Cypris Perséphone a le pas.

Et tout ce que de beau voit la voûte céleste

Est l'éternel butin de cet être funeste.

Pour moi l'infortune est à son comble, mon cœur

Est à jamais percé des traits de la douleur.

Je pleure mon époux éteint dans sa jeunesse

Par tes mains, Perséphone, et c'est pourquoi, Déesse,

Je te crains 0 très cher, très regrettable ami,

Le bonheur comme un songe avec toi s'est enfui ! Tu meurs et Cythérée est veuve et sa ceinture Brisée, oh! les amours d'elle n'auront plus cure

Et fuiront son palais Quelle témérité

Lorsqu'on reçut des Dieux tant de douce beauté De courir les forêts avec de noirs molosses Pour braver la fureur des animaux féroces! Hélasl c'était ainsi que gémissait Cypris Et les amours disaient : c'en est fait d'Adonis!

Et Cypris enlacée à ce corps plein de charmes Mêlait à son sang rouge un égal flot de larmes, Et leurs ondes du sol faisait naître des fleurs; La rose vint du sang, l'anémone des pleurs.

Traduit librement de Bion.

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