FRAGMENT
C'est une ignominie au fort d'une bataille
Que de fuir en tournant le dos, De choir même en montrant par derrière l'entaille
Que vous fit la main d'un héros. Mais il est beau de voir l'homme à l'âme guerrière
S'offrir de face aux combattants, Et, les deux pieds fixés solidement à terre,
Mordant sa lèvre avec ses dents, Les épaules, le sein couverts par l'orbe immense
D'un immobile bouclier, Terrible, par dessus, mouvoir sa forte lance
Et l'aigrette de son cimier!
Jeunes gens, apprenez à bien agir en guerre;
Des braves imitez les faits; Sous votre bouclier ne restez pas arrière
Loin du bruit et du vol des traits!
Au contraire, munis de la pique et du glaive
Au premier rang élancez-vous Et sur votre ennemi dextrement et sans trêve
Portez d'épouvantables coups!
Frappez, casque sur casque, aigrette sur aigrette,
Pied contre pied, sein contre sein, Luttez et pique ou glaive, en vigoureux athlète,
Arrachez Tanne de sa main
Des vertus la valeur est la plus précieuse ;
Toutes ont là leur fondement; De la belle jeunesse aimante, aventureuse
Elle est la grâce et l'ornement.
Heureux le sol où croît la fleur de la vaillance,
Heureux le peuple, heureux l'État Qui peuvent dire avec légitime jactance :
Nous comptons plus d'un bon soldat!
Quant au brave, vivant, s'il revient de la guerre
I] est l'orgueil de la cité, Et s'il meurt, quoiqu'il aille avant le temps sous terre,
Il passe à l'immortalité.
Traduit librement de Tyutée.