UNE SCÈNE DE L'ILIADE
Il dit et le héros tend les bras à son fils,
Mais l'enfant se recule et poussant de grands cris
Se jette sur le sein de sa belle nourrice.
11 a peur de son père et, malgré l'air propice,
S'offusque de son casque aux longs crins de cheval.
Le père, à cet effroi du cimier martial,
Sourit, la mère aussi Puis Hector de sa tête
Retirant le grand casque à l'ondoyante crête
Le pose sur le sol et, l'œil étincelant,
Donne un tendre baiser à son petit enfant;
Puis, le berçant en l'air entre ses mains vaillantes,
Il implore pour lui les déités puissantes.
« 0 Zeus, ô roi du ciel et vous tous autres Dieux, En faveur de mon fils daignez ouïr mes vœux!
Faites qu'à mon exemple en la superbe Troie Il croisse pour en être et l'honneur et la joie! Qu'il soit comme moi fort, qu'il soit comme moi bon, Et règne puissamment dans les murs d'Ilion ; Qu'en le voyant, vainqueur revenir de la guerre, On dise il est encor plus brave que son père; Et que, les bras chargés d'un trophée éclatant Pris au corps d'un guerrier par son glaive expirant, Il fasse, de sa mère attentive aux batailles, Frémir d'aise et d'orgueil les sensibles entrailles ! »
Après ces mots, Hector replace son enfant
Aux bras de son épouse Elle, l'y recevant,
Le presse encor plus fort sur son sein plein d'alarmes Et lui sourit avec des yeux mouillés de larmes.
Hector en est touché de sa robuste main
Caressant Andromaque, il ajoute soudain : Pauvre femme ! pour moi que ta vive tendresse Ne noyé pas ton cœur en trop grande tristesse ! Nulle main, chez Àdés, en son gouffre infernal Ne plongera mon corps avant le jour fatal. Brave ou lâche, chacun dès qu'il voit la lumière Doit subir du destin la force meurtrière. Retourne en ta demeure où tournent les fuseaux . Et de tes femmes va surveiller les travaux.
Quant à la guerre, elle est la besogne des hommes, De tous ceux qui sont nés sur la terre où nous sommes. De la mienne surtout! »
Il dit et relevant De terre son grand casque au panache mouvant, Il s'éloigne rapide, et son épouse émue Reprend vers le palais sa marche suspendue, Tournant souvent la tête et répandant des pleurs. Arrivée, elle voit tout son toit en rumeurs : Sa présence au milieu de ses dolentes femmes Excite d'autant plus la frayeur de leurs âmes. Toutes, dans le palais, pleurent le grand Hector Et le pleurent tué quoique vivant encor, Ne pouvant croire, hélas! qu'en la lutte prochaine Il puisse se soustraire à la lance achéenne.
Traduit cTHomère.