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BOUGLÉ. 13.

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rait les facteurs négligés dans le I'^'^ volume du Capital — comme Marx lui-même devait le tenter dans le \lh volume — on n'enlèverait pas à la conception marxiste de la circulation ce qui en fait à nos yeux l'intérêt sociologique. Quand elle devrait faire entrer en ligne de compte la mesure des besoins à côté de celle des efforts, il reste qu elle nous montre les choses prenant une apparence de vie propre par l'effet des rapports plus ou moins complexes que les hommes soutiennent les uns avec les autres. Elle nous fait assister, comme le dit Marx en termes qui lui viennent de Feuerbach, à des phénomènes de projection, d'aliénation, d'extériorisation.

Il est évident que des explications du même genre pourraient s'appliquer à d'autres « mystères » qu'au mystère de la marchandise. Marx l'a noté lui-même à propos de la religion. Et ce n'était que justice : s'il est vrai que les idées marxistes sur la genèse de la valeur

tliéorie marxiste de la valeur, dans Matérialisme historique et Economie marxiste, pp. 207-234.

G. SoREL, dans le Journal des économistes^ n" du 15 mai 1897.

marchande sont avant tout une transposition des idées feuerbachiennes sur la genèse des dieux 1. Les produits du cerveau humain eux aussi, observe Marx, prennent Taspect illusoire d'êtres indépendants. Mais il n'y a aucune raison pour réserver le privilège de ces métamorphoses aux produits proprement religieux.

Entre les croyances religieuses et les valeurs marchandes, différentes espèces de choses sociales peuvent s'étager, elles aussi « projections » des rapports que les hommes soutiennent les uns avec les autres.

C'est ainsi que l'analyse de leurs théories économiques révélerait, chez Marx et chez Engels, la survivance d'un certain nombre de notions philosophiques — qu'elles leur viennent de Hegel ou qu'elles leur viennent de Feuerbach, — propres à leur ouvrir les yeux sur les phénomènes qui résultent des modalités du groupement humain, tant sur les forces qui s'en dégagent que sur les formes qu'elles projettent.

1. Voir A. Lévy, la Philosophie de Feuerbach et son influence sur la littérature allemande, 2* partie, chap. m.

Mais tireront-ils tout le parti voulu de ces suggestions ? Le matérialisme qui aura leurs préférences ne va-t-il pas s'interposer, comme pour fermer les perspectives sociologiques qu'ils avaient eux-mêmes ouvertes ?

Le matérialisme de Marx et d'Engels ne nie nullement, comme on a paru quelquefois le croire, que la vie économique, et d'une manière plus générale la vie sociale, ne suppose une vie psychique. Bien plutôt pourraiton retrouver, sous leurs formules mêmes, cette notion que les faits sociaux sont en dernière analyse des faits de conscience.

Sans doute Engels répétera dans V Anti-Dûhring — qui fut, comme l'on sait, revu et complété par Marx — que comme l'homme est un produit de la nature, la pensée est un produit du cerveau. En ce sens ce n'est pas seulement à l'empirisme, mais bien, quoi qu'on en ait dit, au matérialisme proprement dit que le socialisme scientifique s'efforce de se ratta-

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cher *. Il reste que, entre raffirmation métaphysique que formulent ainsi ses fondateurs et l'explication qu'ils fournissent de la dialectique de l'histoire il y a une solution de continuité. Ils n'ont pas tenté les réductions que le matérialisme exigerait. Et puis, quand bien même les images ou les idées se laisseraient réduire à des modes du mouvement, elles n'en apparaîtraient pas moins, dans le matérialisme historique, comme des intermédiaires nécessaires. Marx et Engels ont « naturalisé » le règne social, at-on dit. Soit ; mais sans jamais méconnaître, du moins, ce qui distingue les processus humains des processus naturels. « Les hommes font leur histoire », répètent-ils. Et Engels ira jusqu'à dire que dans l'évolution de la société — au rebours de ce qui arrive dans l'évolution de la nature — « rien ne se fait sans dessein conscient, sans but voulu ». C'est que les éléments de l'organisme social sont des êtres doués de conscience, « agissant par passion ou

1. Voir à ce propos les remarques de B. Erdmv>n. Die philosophischen Grundlagen der maferialistischen GeschichtsanJUassung, dans le Jahrbuch fiïr Gesetzgebung, 1097, pp. 1-57.

par réflexion, et poursuivant des buts déterminés ».

Toutefois, sitôt cette concession faite, Engels va en atténuer Timportance. 11 va montrer que quiconque veut découvrir la loi de l'évolution sociale a peu à attendre d'une psychologie qui lui ouvrirait ce monde intérieur. Car c'est avant tout un monde d'apparences illusoires. Ces fins ne sont pas les causes agissantes. Ces mobiles ne sont pas les raisons suffisantes des événements historique^. L'activité consciente des hommes entraîne des conséquences imprévues ; et elle obéit à des causes cachées, inaperçues ou inavouées.

Vous visez un but : vous atteignez un résultat tout autre. C'est suivant Engels la règle en matière sociale. Les fins qui attirent les individus divergent: mais, en raison môme de ces divergences, leurs tendances se neutralisent. « Ce que chacun veut est contrarié par chacun des autres, et ce qui arrive c'est quelque chose que personne n'a voulu. » C'est pourquoi sans doute les résultats de l'histoire seraient si surprenants, le plus souvent, pour ceux mêmes

qui les ont préparés. Dans la grande fermentation du dix-huitième siècle, bourgeois et gentilshommes, magistrats et gens de lettres suivent chacun leur idée. On les eût bien étonnés les uns et les autres si on eût dressé devant leurs yeux l'échafaud de la Terreur, et derrière lui, le trône de Napoléon. Luther ne se doutait pas, dira M. Labriola S qu'il travaillait pour l'avenir du Tiers-Etat. Les hommes sont les ouvriers d'une œuvre dont les grandes lignes leur restent cachées. Finalement des influences générales l'emportent, dont personne peut-être ne se rendait compte. Et c'est pourquoi sans doute, dans l'histoire humaine, toute traversée qu'elle soit d'éclairs de conscience, des lois se manifestent, analogues à celles que suit la marche de TaveugU nature.

Si d'ailleurs des convergenees se révèlent, lorsque les actions des individus déroulent leurs conséquences, c'est sans doute qu'à l'origine de leurs actions les mêmes impulsions se retrouvent, où se révèle la force des situations aux-

1, Essais sur la conception matérialiste de l'histoire, p. 116.

quelles ils sont soumis. « Tout ce qui meut les hommes doit passer par leur« têtes, mais la forme que revêtent les choses en y passant dépend beaucoup des circonstances. » Derrière les tendances conscientes il faut chercher les véritables forces motrices, c'est-à-dire les causes historiques qui se transforment en mobiles d'actions. Or nos mobiles sont bien loin de nous révéler toujours le fond dont ils émergent : ce sont des fleurs qui ne laissent pas voir leur tige.

Faut-il donc dire que les treibenden Màchte sont des forces inconscientes ? M. Andler fait remarquer à ce propos que M. Labriola, dans son commentaire du matérialisme historique, force sans doute la pensée marxiste. Marx n'est pas Hartmann. Et l'on ne trouve chez lui, semble-t-il, aucun appel aux puissances obscures de l'àme subliminale*.

Toutefois, dans les écrits de Engels du moins, on relèverait plus d'une expression propre à laisser croire que le ressort des res-

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