CHAPITRE IX
amont du confluent de la rivière avec la Skeena. Mais la plus grande partie s'étaient depuis longtemps élablis à quatre ou cinq milles de ce confluent, attirés là soit par la facilité de traiterleurs fourrures avec les quelques blancs qui yavaient fondé Hazelton, petit poste sis sur une langue de terreentre la Buckley et la Skeena, soit par le voisinage des Kitiksons, sauvages de race maudite, parmi lesquels le missionnaire catholique n’a jamais rien pu faire.
Or, ce double voisinage exerçait sur les Babines du Rocher-Déboulé, leur nouveau village, une influence délétère. D'abord, leur contact avec les infidèles de qui ils tiennent la plupart de leurs mauvaises coutumes, ne pouvait que contribuer à fortifier chez eux ces coutumes que nous voulions, au contraire, déraciner. D'un autre côté, leur foi, en restant au Rocher-Déboulé, était en péril, puisqu'ilsse trouvaient, pour ainsi dire, à la gueule du loup, je veux dire le ministre protestant établi depuis longtemps à Hazelton.
C’est pourquoi il avait été reconnu qu’on n’obtiendrait jamais de résultats sérieux tant que ces Babines resteraient au Rocher-Déboulé, d'autant plus que l'éloignement de ce poste de notre Mission du lac Stuart nous empêchait de les visiter plus d’une fois par an. Les efforts de mon prédécesseur avaient eu pour but de porter ces sauvages, ou bien à retourner à leur ancien village où un certain nombre étaient restés, ou bien, ce qui était mieux encore, d'en fonder un nouveau où le bon grain serait séparé de l’ivraie. Malheureusement ses efforts n'avaient pas abouti
À mon arrivée, je dus renouer les négociations et je réussis à détacher quatre familles qui devaient former le noyau d'un village modèle qu'il était question d'établir wm peu en amont de la chute d’eau où les sauvages ont leur pécherie. C'était bien peu, sans doute, mais dans les circonslances, on ne pouvait espérer mieux.
Puis, avec deux Porteurs experts dans l’art de manier la hache et la scie, nousleur avions élevé les murs d'uneéglise.
Ce village en formation avait même été baptisé, je ne sais pourquoi, du nom de Moricetown, qu'il nous faudra bien retenir ici, puisqu'il a été adopté par les nouvelles cartes du pays (1).
Il s'agissait d'aller montrer à ces familles de bonne volonté que nous ne les oubliions pas, et en même temps essayer d'augmenter leur nombre en attirant là le gros de la tribu resté en dehors de notre influence.
Une autre raison de notre voyage était d'empêcher, s’il était possible, les ministres de l'erreur de pervertir les Indiens du Rocher-Déboulé qui, s’avouant trop faibles pour embrasser dans tous ses points la morale catholique, n'avaient jusque-là manifesté aucun empressement à se taire protestants. Or, un ministre méthodiste s'était bâti tout récemment un pied-à-terre chez eux, et on lui prêétait l'intention, non seulement de s’y fixer d’une manière permanente, mais même d’v établir une école à l’usage des indigènes. Il fallait s'assurer de l'exactitude de ces rapports.
En conséquence, mous partimes le 16 juillet 1892, de compagnie avec lechefde Hwotatet deux jeunesgens de lamême localité. J'avais déjà fait ce voyage, mais mes effets, chapelle et provisions, avaient été précédemment portés à dos d'homme, Or les chevaux commençaient à faire leur apparition chez les Babines du lac, et, cette fois, non seulement le chef et moi étions montés, mais nous avions même un cheval de charge.
Le chef n'avait probablement jamais vu un cheval de si près, ce qui ne l’empêcha pas de me répondre quand je lui demandai s'il croyait pouvoir s’en tirer sans accident :
— Crois-tu donc qu'il n’y a que les blancs qui connaissent le cheval ?
(4) En anglais, {own signifie ville, Prononcer taounn.