CHAPITRE IX
Et, comme pour me montrer ce qu’il pouvait en fait d'équitation, il se mit à cingler sa monture de telle façon que celle-ci, levant les pattes de derrière en l'air, l’eut vite fait mordre la poussière, en même temps que, cherchant à se débarrasser du paqueton qu’elle avait en croupe, elle faisait voler mon calice d’un côté et la patène de l’autre. Qu'est-ce? demandai-je feignant de n’avoir pas vu la cause de l'accident.
— Oh ! quel mauvais cheval ! fit mon homme tout déconcerté ; je n’en ai jamais vu de pareil !
Probablement qu’il n’en avait jamais monté d’aussi bon non plus. |
Pour l’amateur de la belle nature, je ne sache pas de voyage plus agréable, parce qu'il n’en est guère de plus pittoresque, que le trajet du lac Babine à Hazelton, sur la Skeena.
Les bords du lac sont bas et marécageux ; mais le sol se relève vite et alors, pendant trois ou quatre milles, nous avons une luxuriante végétation de sapins entremèélés de liards, de trembles et de saules. Nous traversons une petite rivière aux eaux blanchâtres ; à en juger par les débris accumulés sur ses rives, elle doit former au printemps un torrent infranchissable. Puis, après nous être fourvoyés dans quelques bourbiers assez profonds, nous escaladons la montagne, ou plutôt gravissons une passe ou vallée qui sépare deux chaînes de montagnes.
La pente est raide et le sentier pierreux, le terreau en ayant été emporté par l’eau de pluie ; aussi avançons-nous lentement. Nous montons, montons encore, montons toujours sans découvrir d’autre horizon que la butte qui nous domine. Enfin, nous débouchons dans une petite éclaircie que le feu a faite dans'la forêt ; puis, nous détournant pour respirer un instant, nous apercevons là-bas, bien bas, le lac Babine, et pouvons même distinguer clairement le village que nous avons quitté il y a quelques heures.