‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 108 sur 178 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

au poste de trois familles blanches appelé Hazelton (:) où nous arrivons après midi.

Là, mon noble et excellent ami, M. Loring, lutte avec sa dame d’attentions envers mon humble personne et insiste pour que je me repose au moins un jour sous son toit. Une course de deux jours et demià cheval, même lorsqu'on est dévoré par les maringouins comme nous l'avons été la nuit dernière, n’est rien pour un missionnaire qui en a fait de neuf jours sans désemparer ; mais je cède au plaisir de me trouver en si bonne compagnie et me laisse traiter comme un enfant gâté. De telles rencontres sont si rares dans le pays !

Dans la journée je m'abouche avec le ministre anglican, M. Fields, qui, tout souriant et plein d’une suavité évangélique, m'invite à lui rendre visite af ome où sa dame voudrait si bien me voir, dit-il.

— Merci, mon révérend ; comme vous le dites dans votre langue, we ure notin the same boat, nous ne HANIEUONS point dans la même nacelle.

Du plateau élevé où demeure M. Loring, la vue plonge dans l'établissement de la Compagnie de la Baie d'Hudson, poste fortifié selon les règles de l’art militaire, palissades en planches épaisses et hautes d’une vingtaine de pieds formant un carré flanqué de bastions, qui entoure le bâtiment principal et toutes ses attenances. Ces fortifications sont encore en excellent état, ou plutôt elles sont encore neuves. De fait, il n’y a pas plus de quatre ou cinq ans qu’elles ont été érigées.

Un meurtre avait eu lieu chez les Kitiksons qui habitent le village contigu à la « ville » des blancs, et, pour éviter

(1) Lit, Ville des noisettes.

des représailles, le gouvernement-de la Colonie envoya un parti d'officiers de police pour s'emparer du coupable. Celui-ci, ayant eu vent de cette mesure, s'enfuit ; mais, poursuivi de près par les soldats, il fut sommé de se rendre. Comme il n’en voulait rien faire, on lui envoya un coup de carabine qui le tua raide.

Le clan du meurtrier, apprenant sa mort, voulut à son tour le venger, et comme toute la population semblait vouloir prendre part aux hostilités, le parti envoyé par le gouvernement dut se fortifier en attendant du renfort. Dans ce but, ils élevèrent les palissades qu’on voit maintenant et s’y retranchèrent. Un vaisseau de guerre avec quelques compagnies de soldats vint ensuite les délivrer et pacifier la localité.

Après avoir joui de l'hospitalité de M. Loring, il nous faut songer à continuer le voyage.

— Pensez-vous traverser sur le pont ? me demande mon hôte.

— J'ai juré de n’y plus remettre les pieds tant que je vivrai, répondis-je.

— Thaïs allright, on vous traversera en canot, reprendil obligeamment.

Pour comprendre la raison de ce dialogue, il faut savoir que le Rocher-Déboulé et Moricetown sont sur la rive gauche de la Buckley ; or, nous nous trouvons en ce moment sur la rive droite. Trois ou quatre milles plus haut, juste en face du Rocher-Déboulé, les sauvages ont jeté une espèce de pont suspendu sur un rétrécissement rocheux de la rivière.

Mais il suffit de voir ce pont pour en avoir peur. Il est composé de trois longueurs d'arbre dont deux ont les gros bouts retenus sur les bords par des roches, tandis que leurs extrémités inférieures en supportent un troisième. Or ces troncs d'arbres, juxtaposés dans toute la longueur du pont, sont sveltes, bruts et sans la marque d’un seul coup de

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