‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 116 sur 178 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Mais c’est là une puérilité ; le prêtre catholique ne s’abaisse pas à de pareilles niaiseries.

— Mais tu as dit que nous étions faits pour l'enfer ? insiste mon interlocuteur.

— Vous n’êtes pas plus faits pour l'enfer que les anges déchus qui y sont tombés au commencement des temps.

— Qu'’as-tu voulu dire alors ?

— J'ai voulu dire, et j'ai dit ce que je te répète ici, à savoir, que vous autres protestants vous êtes sur le chemin de l'enfer.

— Et comment cela ?

— Parce que nous, les vrais catholiques, nous suivons la voie tracée par Jésus-Christ pour aller au ciel, et, comme cette voie est unique et que la vôtre est diamétralement opposée à la nôtre, il s'ensuit que, sans le savoir peut-être, vous marchez vers l'enfer.

Je me mis alors à expliquer et à amplifier cette thèse, appuyant sur les principales différences entre les doctrines et les pratiques des catholiques et celles des protestants, et je terminai en commentant la célèbre parole de Notre- Seigneur : Nemo potest duobus dominis servire (1).

J'avais à peine achevé ma harangue, écoulée du reste “

avec un silence respectueux par toute l'assistance, que l’autre méthodiste m’adressa la parole à son tour.

— Moi aussi j'ai quelque chose à te demander, fit-il.

— À ton service ; mais presse-toi, s’il est possible.

— Commentse fait-il que vous autres prêtres catholiques vous exigez que vos gens contribuent à l'érection des égli-

ses et à leur entretien, tandis que nos prêtres à nous non :

seulement nous les bâtissent sans rien nous demander, mais encore nous aident de leur argent chaque fois que nous sommes dans le besoin ? Ils nous habillent quand nous sommes nus et nous donnent à manger quand nous avons faim.

(1) Personne ne peut servir deux maitres. Math., VI, 24.

Puis, d’un ton triomphant :

— Voilà ce qu'on appelle de la charité, ajouta-t-il.

— Dis donc plutôt que c’est là un marché de mercenaire, répliquai-je. Ne vois-tu pas que tes prétendus prêtres se servent de l’argent qui leur est donné par les gens riches de leur pays pour acheter vos âmes et vos consciences ?

— Jésus-Christ a dit de pratiquer la charité.

— Oui,mais où as-tu vu dans la Bible qu'il se soit jamais acquis des adhérents à prix d'argent ?

=— Tu ne nieras pourtant pas que ce soit une fort bonne œuvre que de bâtir partout des églises comme le font nos prêtres.

— Sans doute, c'est une bonne œuvre, et c'est pour cela que les catholiques tiennent à y participer. La différence entre leur conduite et celle de tes ministres consiste en ce que nos catholiques élèvent des églises en y contribuant selon la mesure de leurs propres moyens, tandis que tes ministres se servent pour cela de l’argent d'autrui.

Puis, par manière de conclusion :

— Quant à toi, ajoutai-je, tu devrais avoir honte du peu de générosité envers la maison de Dieu que trahit ta propre question.

HI

Nous formions un groupe de vingt-cinq à trente personnes tout yeux et tout oreilles, dont la plupart semblaient jouir démesurément de la déconfiture de mes adversaires naguère si fiers à l'endroit de mes sauvages et si présomptueux vis-à-vis du prêtre.

Levant les yeux pour m'assurer de l’effet demes paroles, j'aperçus à deux pas de moi un blanc, jeune encore, et tout de noir habillé. Ce n’était ni plus ni moins que le ministre protestant qui écoutait notre discussion sans y comprendre un traître mot, vu que nous parlions dans la lan-

naire, res se riches es ?

jamais

bonne nt nos

ur cela férence siste en ribuant que tes

> du peu à propre

personblaient ersaires ésomp-

paroles, core, et e le mi-

s y COMs la lan-

Page 1