CHAPITRE X
avec Pierre et par conséquent dans la vraie Église: Ubi Petrus, ibi Ecclesia ! Pressé de le démontrer, il ne sut que balbutier qu'ils étaient Pierre à eux seuls !.…
Naturellement je n’eus pas de peine à lui prouver le contraire, et, à chaque fois que je l’avais acculé dans une impasse, me souvenant que lui-même avait provoqué la discussion dans le but de m'humilier devant mes propres gens, je me permettais la satisfaction d'observer d’un ton triomphant : You see! you see ! Vous voyez! vous voyez! exclamation que comprenaient la majorité demonauditoire et surtout ses propres adeptes. Mes gens jouissaient de mon triomphe et ceux du ministre étaient proportionnément abattus.
A la fin, mon ré“érend me fit observer :
— Vous demeurez bien loin de ces sauvages ; pensezvous sérieusement revenir les voir ?
— Certainement, répondis-je ; ne sont-ce pas mes ouailles ?
— Mais, insista-t-il, ne croyez-vous pas qu'une école leur ferait beaucoup de bien ?
— Cela dépendrait de celui quila tiendrait, fis-je en lé regardant dans les yeux.
Mon homme sourit légèrement, puis il ajouta :
— Pour parler sérieusement, je dois vous avouer que nous avions l'intention d'ouvrir cet hiver une école au Rocher-Déboulé pour essayer de dégrossir un tant soit peu ces pauvres gens et les mettre en état de lire la Bible.
— Grand merci de vos bonnes intentions, répliquai-je ; ils n’ont nul besoin de votre école. Du reste, ils ont un équivalent qui leur suffit pour le moment.
— Lequel?
— Leur catéchisme imprimé et les autres petils livres en leur propre langue qu'ils commencent à savoir et à lire passablement et qu’ils peuvent apprendre sans que ie sois au milieu d'eux.
La conversation tourna alors sur mes travaux philologiques qui ne semblaient pas inconnus de mon révérend interlocuteur. Après des éloges dont j'aurais pu me passer et quelques remarques sur les difficultés des langues sauvages, le brave homme finit par m'inviter à dîner, invitation que, naturellement, je me gardai bien d'accepter.
Puis il nous quitta.
— Allons ! allons ! le temps presse ; traversons au plus vite, m'écriai-je aussitôt qu'il fut parti. |
— Impossible, Père, me répondit-on ; il n’y a point d’avirons.
— Et où sont les avirons ?
— Nous ne le savons ; les gens du ministre les ont ca- ” chés avant notre arrivée ici.
— Par exemple, voilà qui est un peu fort, pensai-je, non sans manifester quelque impatience.
Puis je cherchai des yeux mes farouches interrogateurs d'il y a quelques instants. Ils avaient disparu.
Pendant ce temps,on allait et venait le long de la rivière ; les uns sortaient tandis que d’autres entraient chez les protestants, et il me semblait même entendre, quoique confusément, quelques gros mots échangés en anglais du côté des maisons. Puis le fils de Wala, un métis babine-atna et le boute-en-train de la clique, s’en vint me signifier en mauvais anglais qu’il ne me prêterait jamais de canot pour traverser. Puis, décrivant un demi-cercle, il repartit aussitôt pour sa maison sans me laisser le temps de lui répondre une parole. Evidemment, Lout effronté qu’il fût, la bravoure n’était pas son fort.
Mes sauvages parlaient bien d’en venir à des voies de fait sur la personne de nos insolents provocateurs pour les :
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