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CHAPITRE PREMIER

fois sans pourtant, excepté le dernier jour, nous écarter de sa vallée.

La veille de notre arrivée, Peken, le chef qui me sert de guide, m’avertit que dernièrement, deux de sesgens étaient venus à notre rencontre, mais que, ne nous trouvant point, ils étaient reiournés au lac Louzkeuz.

— D'où tiens-tu ces renseignements ? lui demandai-je.

Pour toute réponse, il me montra une branche d'arbre plantée dans la cendre du foyer de campement, marquée de deux coches faites récemment et inclinée dans la direction du lac Louzkeuz. J'admirai la simplicité du procédé, et me dis, à part moi, que, sous certains rapports, nos sauvages pouvaient encore en apprendre aux blancs.

Enfin le vendredi 13 juillet, après un voyage d’environ 150 milles, nous touchons à l'extrémité du lac Louzkeuz. Dès le matin, le chef a pris les devants ; il est allé annoncer à ses gens l’arrivée du Ya/astapayalthek (le parleur de Celui qui est sur le ciel, le prêtre).

Bientôt nous voyons déboucher des massifs de saules qui bordent le lac deux cavaliers accourant bride abattue. Ce sont deux sauvages de la place qui s’empressent de venir me souhaiter la bienvenue. Bientôtun, puis deux, puis une dizaine leur succèdent les uns après les autres. Après une chaleureuse poignée de main etl'inévitable A/araoyam | (bonjour, en jargon tchinouk), ils vont se placer les uns derrière les autres, et forment dans l'étroit sentier une procession d’une quinzaine de sauvages à cheval à laquelle je préside.

C'est escorté de ce cortège que je fis mon entrée au vil-

Jage du lac Louzkeuz.

Comme je l'ai déjà fait remarquer, ce lac se trouve près du 53° degré de latitude nord. C’est une belle nappe d’eau è

en forme de fer à cheval renflé au centre et dont les branches, effilées aux extrémités, peuvent avoir de quatre à cinq milles de longueur. Le climat en ce lieu est si rigou- * reux qu’on ne peut y récolter ni céréales d'aucune sorte,ni même de pommes de terre. Tous les soirs pendant les dix jours que j'y séjournai, il fallait s'approcher d’un bon feu pour ne pas grelotter de froid, et cela au mois de juillet. Les sauvages qui habitent les bords du lac ne sont guère plus d’une soixantaine, mais je les trouvai dans d’excellentes dispositions, et leur empressement à s’instruire des vérités de la foi et à conformer leur conduite aux enseignements du prêtre me parut former un contraste frappant avec la quasi-indifférence d'unbon nombre de Tsilkohtines proprement dits. Evidemment ils sentent leur isolement au milieu de la forêt et savent que le prêtre ne peut pas être au milieu d’eux aussi souvent qu'ils pourraient en avoir besoin.

Fig. 1. — Tombe d’un non-baptisé,

Dès mon arrivée, je m’enquis des sauvages qu’on m'a-

voit annoncés comme n'ayant pas encore vu le prêtre.

Malheureusement, après m'avoir attendu deux mois, se

| | trouvant à bout de provisions, ils avaient quitté la place de-

puis deux jours seulement. Mais Peken, le chef du lac Louzkeuz, avait déjà dépêché un de ses gens pour faire revenir ceux qu’il pourrait rencontrer.

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