‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 120 sur 178 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

met de laquelle nous étions sûrs de ne pas être suivis par nos sanguinaires ennemis.

Nous avions à peine franchi quelques milles que deux de mes compagnons qui nous précèdent d’une centaine de pas, poussent un cri de surprise et s’abattent sur les roches qui, à cet endroit, bordent le sentier. Vite un bâton est introduit dans une cavité entre les pierres où s'est réfugiée une marmotte de la petite espèce appelée siffleux par

‘les Canadiens (Arctomys monax, Linn.) et presto ! le ron-

geur se précipite au dehors où une volée de pierres l’accueille et lui fait bientôt mordre la poussière.

Notre diner était trouvé.

Mais que signifie, pensez-vous, ce brouillard épais dans lequel nous entrons subitement et qui ne veut pas se dissiper bien que le soleil soit presque au milieu de sa course ? Vos compagnons auxquels vous faites part de votre étonnement sourient en vous répondant :

— C’est le malin que le brouillard couvre la terre et ii se lève presque toujours avant midi. Ici c’est le contraire : nous sommes dans les nuages |

Dans les nuages donc nous prenons notre dîner, puis nous nous mettons à dégringoler le long du versant oriental du col qui est beaucoup plus abrupt quele côté opposé. Quand je me crois arrivé à la base de la montagne, je remonte à cheval malgré les protestations de mes compa gnons qui m'assurent que nous en sommes encore loin. Il paraît qu'ils ont raison, puisque la pente continue à être d’une raideur peu confortable pour ma monture qui la descend chargée de mon humble persorine. Aussi, peu s’en faut que je ne paie cher ma précipitation.

Un arbre était tombé juste en travers du sentier et le tronc en étail à une certaine distance de terre. Eperonné sans pitié, mon cheval s’élance par-dessus l'obstacle, et me voilà comme suspendu à son côté dans l'impossibilité de faire un mouvement sans l’épouvanter de mes éperons.

L'accident s'explique facilement : la sangle, qui s’est desserrée par suite de la position oblique du cheval descendant la côte, a laissé tourner la selle sous l'effort produit par le saut de l'animal, et je me trouve cramponné au pommeau attendant que mes gens viennent me délivrer d’une position aussi comique que dangereuse. Avec un cheval un tant soit peu fringant, je ne m'en serais pas liré à aussi bon marché. Un argument de plus à l'appui de ma thèse, à savoir, qu'il y a une Providence spéciale pour le missionnaire.

Au lac Babine, deux cadavres attendaient les honneurs funèbres. L'un était celui de Komin, homme âgé mort presque subitement après avoir été baptisé par les sauvages in articulo mortis; l'autre était celui de Joseph, fils aîné et unique appui d’une jeune veuve qui avait été enlevé à son affection d'une manière encore plus inattendue. La veille même de mon retour, il était parti en canot en compagnie d'un enfant de son âge et pouvait avoir fait deux ou trois milles sur le lac quand son compagnon le vit bondir soudainement, puis retomber dans le canot: il était mort.

Les cris déchirants de sa pauvre mère me rappelaient la veuve de Naïm. J'aurais voulu être thaumaturge et pouvoir dire à son enfant : « Jeune homme, je teledis, lève-toi » avec la certitude d’être obéi comme le fut autrefois Celui qui commande à la vieet à la mort. N'ayant pas ce pouvoir, je fus obligé de lui rendre les derniers honneurs ainsi qu’au vieillard nouvellement baptisé.

L'on attendait mon retour et tous les préparatifs avaient élé faits en conséquence. Ce ne fut pas une minime consolation pour les parents et amis des défunts de les voir ainsi enterrer par le prêtre. De mon côté, je n'étais pas moins heureux de savoir que mon Joseph s'était confessé eu d'excellentes dispositions immédiatement avant. mc : départ pour Moricetown.

Je repartis le jour même pour la Mission du lac Stuart.

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