CHAPITRE XI
Sommaire. — Un Paraguay moderne. — Un naufrage. — Ses conséquences. — Une fausse nouvelle. — En stage. — Quelques détails géographiques. — Voyage sur mer, — Réception chez les Skwahomich. — Aspect du village et condition physique et morale des habitants. — Une fète de nuit. — Son but. — La procession du Saint-Sacrement. — Moyens de réussite dans l’évangélisation des sauvages. — Chez les Sichals. — La procession de la Passion à Sainte-Marie. — Exercices du lendemain. — Epilogue.
Reportons-nous maintenant au printemps de 1888, et permettons-nous une petite digression en faveur d’un voyage que j’effectuai alors en dehors des limites de notre district de missions.
On a beaucoup parlé, et non sans raison, des splendides résultats dus au zèle éclairé des premiers missionnaires jésuites au Paraguay. Sait-on que de pareilles merveilles de civilisation chrétienne s’étalent en plein jour en ce moment même dans la partie méridionale de la Colombie Britannique, chez une race d'indigènes qui, il y aquarante ans, vivait de rapine et de meurtre ? Ce sont ces merveilles auxquelles je voudrais initier le lecteur. En les contemplant, nous verrons l'idéal auquel nous devons tendre, le modèle que nous avons à suivre dans nos humbles efforts au milieu d’Indiens de caractère moins fortement trempé, sans doute, mais pourtant non moins bien disposés.
Ayant donc été convoqué par Mgr d’'Herbomez à une retraile générale qui devait se donner à New-Westminster, j'avais accueilli de grand cœur cette invitation, d'autant plus rue je désirais conférer avec Sa Grandeur de certaines
questions ayant trait à notre mission et difficiles à traiter par lettres. Je n'étais pas moins charmé de la perspective de revoir les lieux chéris où j'avais passé deux ans à me préparer au sacerdoce et d’y retrouver les Pères et les Frères dont j'avais conservé un si bon souvenir.
Mon enthousiasme était pleinement partagé par mes bons sauvages, qui tous auraient voulu m’accompagner au « pays de l'horizon », comme ils disent dans leur langue. Je dus faire un choix et je me contentai de deux personnes du Fort Georges où je venais de donner ma dernière mission : Louis, homme d’un âge mûr et de tempérament - rassis, et James, jeune homme d'environ vingt-cinq ans, fils aîné du chef et père de deux enfants.
Or le bon Dieu voulut qu'aucun d’eux ne vit Ja terre promise, et voici comment :
* Quand, le 1° juin 1888, je quittai le Fort Georges pour descendre à Quesnelle, les eaux du Fraser, surles bords duquel se trouvent ces deux localités, étaient très hautes. Ce qui n’empêcha pas que mes deux compagnons de voyage résolurent de sauter le rapide qui se trouve à environ douze milles en bas du Fort Georges. On procéda d’abord au portage de nos couvertures et autre bagage àl’extrémité inférieure du rapide, puis Louis et James retournèrent vers le canot laissé à l’autre bout.
J'étais tranquillement assis sur mon bagage +" attendant mes pagayeurs, quand tout àcoup j'entendis deux cris de détresse qui me percèrent le cœur.
Je me levai comme mû par un ressort et, écartant les branches d'arbres qui bordaient le rivage, je promenai anxieusement mes regards sur les eaux du rapide. Mais je pe vis que l’écume blanchissante des vagues qui allaient s'élevant et se brisant les unes sur les autres au milieu des îlots de granit.
— Se seraient-ils, par hasard, aventurés sur ce gouffre ?
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