‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 127 sur 178 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

me diaofe. Non, ce n’est pas possible ; c'eût été courir à une mort certaine.

Puis, à demi rassuré et pensant que ces cris SRE n'être que le signal du départ de mes compagnons, je me rassis sur mes couvertures.

Hélas ! un autre cri vint bientôt dissiper monillusion, eten moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire je vis flotter, au bas du rapide, une cage contenant deux petits renards que nous destinions à un amateur anglais ; puis, un peu en arrière et comme assis sur l’eau, mon pauvre Louis qui d’une main tenait le canot entièrement submergé, et se servait de l’autre en guise d’aviron pour diriger sa course. |

— Soûtcho spa thénadontli ! prie pour moi, me cria-t-il en glissant sur les flots vers un autre abîme encore plus terrible que le premier.

— S'il descend jusque-là il est perdu, me dis-je.

Aussi, me précipitai-je à genoux et, élevant mon cœur vers Dieu, le maître de la vie et de la mort, le suppliai-je de suppléer à mon impuissance et d’épargner du moins celui qui survivait au désastre et qui se tournait vers Lui à l'heure du danger.

ILest des moments dans la vie où le cœur n’a pas besoin de paroles pour exprimer sa demande, et je sus bientôt qu’une prière brève et mentale peut, bien que mêlée d’inquiétude, parvenir jusqu’au trône du Très-Haut. En effet, Louis eut l'inspiration de lâcher à temps le canot et de gagner la terre à la nage. En y arrivant il s’évanouit, mais il était sauvé.

Quant à mon pauvre James, roulé et enseveli dans les flots, je ne l'ai jamais revu. Par bonheur, il avait profité de la mission ; la mort le surprit en acte de dévouement pour le prêtre, il se faisaitun bonheur d’a'ler assister aux belles cérémonies et aux pieux exercices de la mission de la côte. Dieu, l’auteur de tout bien et de toute bonne pen-

sée, lui aura certainement tenu compte de ces bonnes dispositions, et lui aura fait la grâce d’une bonne mort. Requiescat in pace !

Longtemps ses parents et amis cherchèrent son cadavre ; mais leurs efforts demeurèrent sans résultat.

Je donnai à Louis tous les soins que me permettait le dénûment auquel j'étais réduit dans cette solitude, et bientôt il eut repris ses sens. Néanmoins il lui fut impossible de me donner la moindre explication sur la cause première de son naufrage, et je craignis même un instant que l'accident n'eût affecté sa raison. Au contact avec les roches du. rapide, il devait s’être fait des blessures assez sérieuses, car il se plaignait sans cesse du mal de tête et de douleurs à la poitrine.

Et maintenant un problème difficile à résoudre se dressait devant nous. Qu'’allions-nous faire dans ce point de la forêt, sans canot pour avancer ou reculer et après avoir perdu le moyen de nous en procurer un ? L'état physique et mental de mon compagnon était tel qu'il y aurait eu cruauté à lui proposer de retourner au Fort Georges me chercher un autre canot et de nouveaux rameurs. Mais lui, bien qu'il fût plus mort que vif, comprit mon embarras et il s’offrit de lui-même à faire ce que je n'aurais jamais osé lui demander.

Il repartit donc presque aussitôt, et, se dirigeant sur le cours du fleuve — car il n’y avait pas l'ombre de sentier — il finit par arriver au village quelque temps après minuit.

Quant à moi, je restai seul sur les bords du fleuve, veillant à la garde de mon bagage.

Quelle nuit affreuse je passai dans cette situation ! Seul, sans feu, sans armes, dans un lieu fréquenté par les bêtes

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