‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 129 sur 178 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Je ne noterai ici qu'un détail de cette tournée en pays quasi-civilisé. Il sera destiné à donner une idée de l’abondance du gibier dans la région que nous traversâmes. Nous tombâmes à l’improviste sur une famille de chevreuils si peu farouches que nous mîmes littéralement la main sur un des petits que M. Wilson déposa même un instant dans sa voiture, pensant l’élever une fois rendu à sa résidence, et cela, qu'on ne l’oublie pas, sur la grande artère vicinale de la Colombie Britannique.

Nous voici maintenant auprès de Mgr notre Vicaire apostolique et des Pères missionnaires réunis pour la retraite.

Comme j'arrivai en retard, je dus me contenter des miettes du festin.

Puis, les exercices une fois terminés, ceux des Pères qui étaient le plus pressés de rentrer dans leur mission se hâtèrent de visiter en passant la Mission des Skwahomich où Mgr Durieu et le R. P. Chirouze avaient déjà commencé une retraite pour les sauvages de la mer. Quant au R. P. Lejacq et à moi, plus favorisés que les autres,

nous primes notre temps et accompagnâmes les sauvages

du Fraser et ceux de la tribu des Douglas de l’intérieur qui devaient prendre part aux mêmes exercices.

Un peu de géographie devient ici nécessaire.

La Mission du lac Stuart est située au 54° 25 de latitude nord tandis que le Fraser a son embouchure tout près du 49° degré après avoir baigné de ses eaux peu transparentes la ville naissante de New-Westminster, qui s’honore aujourd’hui du siège du premier évêque de la Colombie Britannique. À une douzaine de milles au nord;l’achèvement du chemin de fer transcontinental a fait surgir une puissante rivale sous le nom de Vancouver. C’est le terminus de la ligne Canadienne-Pacifique. Cette nouvelle ville, qui

compte aujourd’hui plus de 15,000 âmes, esten même temps un excellent port de mer, assise comme elle est sur les bords d’une baie profonde et étroite qui la met à l'abri des grands vents.

Or le village des Skwahomich se trouve juste en face de Vancouver, à environ trois milles de là. À veu près 75 milles au nord, et toujours sur la côte de l'Océan Pacifique, nous pourrions visiter une autre station de chrétiens indigènes non moins fervents qui portent le nom de Sichals.

Mais pour le moment contentons-nous du village des Skwahomich.

Notre flottille se composait de soixante-seize canots dirigcs par plus de sept cents sauvages. Nous aurions pu effectuer le trajet en un jour; mais, pour ménager aux Skwahomich et aux autres sauvages de la mer le temps de préparer la réception qu'ils voulaient nous faire, nous préférâmes camper en chemin.

Quelque temps avant d’arriver,le R.P.Peytavin, qui était alors spécialement clagé des Indiens du Bas-Fraser, fit orner les canots d’une multitude de lanternes vénitiennes aux couleurs variées qui, allant du haut du mât à la proue et à la poupe, produisaient, vues de loin, un eifet ravissant. Les statues de la Sainte Vierge et de saint Joseph, chacune sur un trône décoré avec soin, occupaient la place d'honneur dans les deux plus grands canots.

Nous allions apercevoir le village des Skwahomich au détour d'un cap, quand le diable, qui ne devait pas voir tout cela de bon œil, nous envoya nne pluie battante pour nous déconcerter. Mais les sauvages ne se découragent pas pour si peu. Personne ne prit garde à ce contretemps et le ciel, du reste, se rasséréna peu à peu.

Aussitôt les soixante-seize canots se rangent en ligne et nous saluons d’une fusillade bien nourrie la Mission des ‘5kwahomich que nous découvrons là-bas, coquette et fière,

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se mirant dans l'azur de la baie. Quatre formidables coups de canon nous répondent du rivage. A £e moment, la fanfare des sauvages Douglas confie à la brise un de ses plus beaux morceaux. Celle des Skwahomich leur répond par une symphonie de bienvenue. Vient ensuite le chant du canot et alors commence l’indescriptible : canons, instruments de musique, voix d'hommes et voix de femmes,’ tout se met de la partie.

C'est ainsi que nous ahordons au village exclusivement chrétien, totalenient pratiquant et, je pourrais dire, exceptionnellement pieux des Skwahomich. Toutlemondeestsur

. pied pour nous recevoir, cela va sans dire ; je seraismême étonné que la maladie ou les infirmités eussent retenu Las quelqu'un sous son toil. ss

Après avoir présenté nos hommages à Mgr Durieu et donné l’accolade fraternelle au P. Chirouze, nous serrous la main à tous ces bor:, sauvages rangés en ligne pour nous recevoir. À mesure que la cérémonie s’accomplit, chacun se retire dans l'église, où nous entrons les derniers, pour adorer le Saint-Sacrement, et où nous sommes reçus aux sons harmonieux de l'orgue touché par une métisse du village.

Après quelques moments de repos, nous inspectons à la hâte le village et ses habitants.

Ï y a huit ans que je vins ici pour la première fois. Que de changements ! Que d'améliorations ! C’est à ne plus s’y reconnaître. L'ancienne église, en planches blanchies à la chaux, a fait place à une église nouvelle, plus spacieuse, plus solide et plus élégante, bâtie aux frais des sauvages de la place. Les maisons du village, après la maison de Dieu, Regis ad exemplar, se sont également agrandies et ont fait une nouvelle toilette.

Et puis, ces Indiens à l'uniforme sombre, à la démarche militaire, obéissant au commandement de leurs chefs avec la précision des vieilles troupes, ne les prendrait-on

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