‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 134 sur 178 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

reuse, et le silence qui avait succédé‘aux prières ajoutait encore au sombre caractère de la lugubre scène, lorsque les chefs des tribus se levèrent et dirent, chacun dans sa iangue : « Le Christ est mort! Le Christ est mort ! »

« Quelques sanglots étouffés rompirent seuls le silence qui suivit : des larmes jaillirent de bien des yeux et les psalmodies plaintives recommencèrent.

« Peu à peu cependant, les prières se curent et les personnages du drame se dispersèrent. La foule, silencieuse et recueillie, s’écoula. Le soleil se voila d'épais nuages et une pluie, tranquille et chaude, recommença à tomber. Je m'approchai du Crucifix solitaire. Les planches de l’estrade où il était fixé étaient toutes nes et le sang du Christ coulait tor jours.

« O sang de mon Sauveur ! C’est ainsi que tu couleras sur la terre jusqu'à la fin des temps, afin de laver les péchés sans cesse renouvelés dans notre triste humanité ! » (1)

Puisque nous en sommes 2ux citations, je ne puis m’empêcher de reproduire également ici ce que M. le Juge Routhier dit plusloin des fêles et cérémonies qui s’ensuivirent au cours de la même mission.

Et d’abord voici la silhouette qu’il trace de l’ensemble de ia réunion :

« Le camp des sept tribus offrait dans la soirée un panorama des plus pittoresques. Des centaines de feux pétillaient aux portes des tentes et projetaient au loin des reflets rougeâtres et tremblotants. Hommes, femmes et enfants, accroupis en cercle autour de ces feux, fumaient et causaient. Pendant quelque temps, les papouses (2) crièrent,

(1) Petites Annales de la Congrégation des missionnaires O. M. I. Décem-

bre 1893, p. 415 et seq.

(2) Les bébés au maillot,

les chiens aboyèrent et hurlèrent, puis le silence se fit, les feux s’éteignirent, et l’on ne vit plus passer que quelques ombres errantes (1) à travers les tentes. »

Voici maintenant comment la journée suivante fut employée.

«Le lendemain matin, une cérémonie funèbre imposante eut lieu dans la grande tente cathédrale ; c'était ua service solennel pour le repos de l'âme du regretté évêque de New- Westminster, Mgr d'Herbomez. Sa Grandeur Mgr Lemmens, évêque de Victoria, officiait.

« La fanfare des Indiens exécuta avec une rare perfection les marches funèbres les plus connues, et tous les motets, le Xyrie, le Dies iræ, le Libera, furent chantés, en latin et par cœur, par les quatre ou cinq cents voix de la foule.

«J'ai rarement entendu un concert sacré plus grandiose et plus touchant. Une particularitédecechœurétait le chant des jeunes filles sauvages, dont les voix sont d’une octave plus haute que celles des femmes. J'ai cru d’abord, en les entendant, qu’il yavait des violons dans la fanfare et que c'était un accompagnement de chanterelles ; je me retournai et conslalai qu’il n’y avait pas d’autres chanterelles que des gosiers de jeunes filles. Seules, ces voix seraient criardes ; mais dans ce chœur nombreux et puissant, elles produisaient un effet à la fois curieux et beau.

«Et voilà donc, pensais-je, ce que la religion a fait de ces

barbares ! Comment les missionnaires ont-ils réussi à les civiliser à ce point? Comment font-ils pour leur apprendre à chanter par cœur un hymne comme le Dies iræ? J'avoue que cela me semble prodigieux » (2).

— De l'apparat que tout cela, un vernis de civilisation qui n’est pas incompatible avec des mœurs déréglées, fera peut-être observer un critique disposé à l'incrédulité.

(1) Probablement les watchmen ou surveillants chargés de veiller à ce qu'aucun désordre ne se produise.

(2) 1bid., p. M8.

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