‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 136 sur 178 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Et, comme le mystérieux étranger semblait s’obstiner à ne pas se montrer, mon Johny se disposait à retourner vers ses compagnons quand des objets d’une blancheurimmaculée, en partie enfouis danslesable du rivage, attirèrent son attention. Il fit quelques pas en avant, puis s'arrêta net en préseuce de ce qu’il avait sous les yeux.

— Un squelette ! s’écria-t-il tout surpris. Et, qui "lus est, un squelette de sauvage ! ajouta-t-il.

En effet, un squelette presque intact gisait là, à moitié

ensablé sur la grève du Fraser ; la partie inférieure de la

mâchoire manquait seule, avec une ou deux côtes qui avaient disparu, probablement sous la dent de quelque bête fauve.

— Qui a pu venir s’échouer ici? se denaids Johny en se penchant vers les ossc;a1ents blanchis pour les examiner.

Son incertitude ne fut pas de longue durée. Se relevant soudain, il laissa échapper un cri.

— Mon frère ! Mon James si longtemps perdu, c’est donc toi ! fit-il.

Puis il courut vers ses compagnons pois leur faire port de sa découverte.

IL avait reconnu les restes de son cousin germain — en Porteur tous les cousins sont frères — à une particularité de ses dents ainsi qu’à la ceinture à cartouches qu'il portait lors du naufrage et qui adhérait encore àson squelette.

Les ossements furentreligieusement déposés dans le canot, puis ramenés au Fort-Georges où ils reposent maintenant à l'ombre de la Croix enattendantle jour de la résurrection.

. CHAPITRE Xil

Sommaire. — Retour inattendu. — Un ours qui s'exclame. — Agapes fraternelles. — L'« Américain ». — Beati pauperes spiritu ! — Confiance dans le prêtre. — Un caribou ‘bienvenu. — Naïveté du sauvage. — La cause des maladies.— Crédulité du sauvage.— La colère du Gros-

: Tom. — Le désespoir d'une vieille femme,— Une confirmation sans mitre.— Baptème de cloche. — Des voyages de découverte.

Nous voici de nouveau au lac Stuart. Avant de reprendre notre vie errante, qu’on nous permette une vue d’ensemble sur notre mission, quelques détails caractéristiques sur ses habitants qui nous mettront encore plus en état d’en saisir la physionomie générale.

Plus de dix ans se sont écoulés depuis mon arrivée chez les Porteurs et les Babines. À quel point mes efforts ont-ils été couronnés de succès ? J'ai bien eu mes déboires ; mais, somme toute, je crois pouvoir affirmer queles consolations l'ont emporté sur les déceptions. Un trait en dira long sur l’action exercée par le missionnaire sur ces cœurs encore neufs.

Tout le monde connaît la loi du taiion, dent pour dent, œil pour œil, qui prévalait chez les Juifs lors de la vie publique de Notre-Seigneur. Nos aborigènes, qui ressemblent sous plus d’un rapport à la nation déicide, avaient ce code barbare en tel honneur que, chez eux, tout sang versé, même accidentellement, demandait du sang comme compensalion. L'esprit de corps et l'amour des proches étaient si grands qu'on ne laissait jamais un homicide impuni, alors même que cet homicide eût été le fait d’un ami, le résultat d’un accident tout à fait imprévu.

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