‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 139 sur 178 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de velléités provocatrices. Ajoutez à cela un bégaiement d’un genre des plus divertissants et une naïveté d'enfant, el vous verrez que nous avions dans l'Américain un type d’une individualité peu ordinaire. Aussi les enfants, espiègles comme dans {ous les pays, s'en donnaient-ils à ses dépens, et parfois même étaient la cause de ses nombreuses mésaventures.

Indépendamment du mauvais vouloir d'autrui, sa propre infirmité lui causait-assez souvent des accidents qui auraient pu lui être fünestes. |

Fig. 23. — Magasin aérien (1).

J'étais un jour à réciter mon bréviaire devant le Saint- Sacrement quand j’entendis, dans un coin de l’église, une voix gémir; puis, après unsilence, des paroles entrecoupées de longs soupirs s'échappèrent d’une poitrine reconnaissante, et ces paroles élaient une prière.

— Bonne Marie, je te remercie de ce que tu m'as préservé la vie sauve, disait la voix... Je me suis presque tué, et pourtant me voici assez bien pour venir le trouver. Merci !..Sans toi j'étais perdu. Merci, Marie!... Maintenant aide-moi encore. Dis aux sauvages de me faire entrer chez eux quand ils me verront. Inspire-leur de me donner du

(1) Se trouve, en quantité égale à celle des maisons, près des villages Porteurs. Construit en pieux ou minces troncs d'arbres, il sert à garder les provisions de bouche, surtout le saumon sec et la viande ou les fruits desséchés.

saumon sec quand j'aurai faim... Ja suis bien à plaindre, tu le sais. Je n’ai plus mes yeux, je ne puis ni chasser ni pêcher... Aide-moi, Marie, ma mère ; aie pitié de moi.

Ainsi priait Taltsi dit l'Américain qui se croyait seul dans l’église de Natléh.

Le vieux Paul, lui, était moins modeste. Au lieu de demander au ciel le saumon sec qui est la nourriture quotidienne de l’Indien, Paul, qui avait vécu dans les forts de traite, demandait à saint Joseph de lui procurer du pain.

—" Et surtout, ajoutait-il, n'oublie pas d’y mettre un peu de beurre !

Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum cælorum (1).

Ces supplications naïvessont parfois exaucées d'une manière si frappante que nos indigènes ont la plus grande confiance dans l'efficacité de la prière.

Cette confiance même est la cause inconsciente de certains mécontentements, de reproches plus ou moins formulés qui, dans d’autres ‘bouches, seraient des blasphèmes. Ils prient de leur mieux, et, si le bon Dieu ne les exauce pas au gré de leurs désirs, ils s’imaginent faciiement qu'ils en sont délaissés, et en sont tout disposés à se fâcher avec lui.

Du reste ils reportent sur le prêtre, son représentant ici-bas, un peu de cette confiance naïve qui le leur peint comme un être presque tout-puissant auprès de Dieu.-On se recommande à ses prières en toutes sortes d'occasions : un malade lui demande la santé, un pécheur converti sollicite la grâce de la persévérance, un chasseur à son départ désire bonne chance pendant sa tournée, etc. Malgré que je ne

(1) Bienheureux les pauvres d'esprit, car le HOAUne des cieux est à eux. Matth., V,3

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