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CHAPITRE XII

Vers le soir, nous quittons la rivière aux Saules pour nous enfiler dans ce fameux ruisseau, et je constate que les difficultés de sa navigation ne m'ont pas été trop exagérées. C’est une eau croupissante entre un fond de vase et un tapis de grands nénuphars à la surface.

Bientôt nous ne pouvons plus avancer. Nous devons porter à dos notre bagage pour alléger d'autant le canot que nous pouvons alors traîner à la main sur l’eau.

Le soir, nous longeons une colline pierreuse où nous entendons «siffler les premières marmottes que nous rencontrons. Duncan qui, dit-il, ne hâble jamais, se fait fort d'en abattre une pour notre déjeuner de demain.

Nous campons dans un nid de maringoins, sur une petite prairie agrémentée de quelques bouquets de saules.

19 juillet. — Duncan revient d’une tournée aux marmottes sans avoir rien tué. Il en a manqué deux, pas par sa faute, naturellement : Duncan ne manque le gibier qu’en cas d’impossibilité de l'abattre — du moins c’est ce qu'il dit.

Nous nous enfilons au travers des nénuphars qui recouvrent un petit lac d'une demi-lieue de long, faisons le portage de bagages et canot el nous voilà sur le lac d'Ours. Désormais vogue la nacelle ! Plus d’entraves à notre marche.

A droite, et presque au milieu du lac qui baigne de chaque côté les bases de hautes montagnes enneigées, mes pagayeurs me montrent une île sur laquelle un blanc, au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson, fut jadis massacré par les Indiens.

Non loin du village qui se trouve à l'extrémité septentrionale du lac d’Ours, pièce d’eau de onze mailles de

long et par le 56° 10° de latitude nord, nous entendons

sonner la corne qui appelle les fidèles à l’église pour la prière du soir. C’est là une preuve évidente de la pensé

vérance de nos sauvages même après une très longue ab-

sence du prêtre.

Nous abordons au milieu des acclamations de la foule.

Jeudi, 25 juillet. — La mission est presque terminée, et nous voici à la veille de notre départ pour notre longue course en pays inconnu. Du lac d’Ours je dois me rendre à pied au Fort-Graham, poste de traite sur la rivière Finlay non loin des Montagnes Rocheuses, où se réunissent, à cerlaines époques, de nombreuses bandes de sauva ges sékanais qui n’ont jamais vu le prêtre.

La population du lac d'Ours est un peu cosmopolite, puisque quatre races, à savoir : l’atna, la Porteur, la sékanaise et la nahanaiïse, s’y trouvent représentées. Malgré cela, elle n’est pas très nombreuse, d'autant plus qu'il y a beaucoup d’absents.

Les Nalianais ont leur Labitat dans la vallée de la Stickine, par le 58° degré de latitude, et il leur à fallu plus d'un mois pour venir me trouver avec leurs familles.

Ces sauvages m'ont donné beaucoup de consolations sous le rapport religieux ; mais quand je leur ai demandé deux compagnons à ajouter à ceux qui m’avaient amené à leur village, ils ont refusé net. Ils ont mis tout en œuvre pour me dissuader d'entreprendre mon voyage projeté, et m'ont déclaré que je n'arriverais jamais vivant au Fort- Graham, Comme il n’y a point de sentier frayé, que nous aurons continuellement à franchir des montagnes couvertes ou bien de troncs d'arbres tombés, ou bien d'éclats de rochers qui nous déchireront les pieds, el que, par ailleurs, j'ai la réputation d’être assez piètre marcheur, on a eu peur d’être obligé de me laisser en route. L'un d’eux m'a même assuré qu’il me faudrait juste deux mois pour faire le trajet.

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